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La chronique de Jacques Plaine : Lettres d'amour, d'Agnès Pierron

le 31 juillet 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 338 fois

La chronique de Jacques Plaine : Lettres d'amour, d'Agnès Pierron
Jean-Honoré Fragonard - La lettre d'amour

Les grands de ce monde écrivent des lettres d'amour, en reçoivent et les sèment aux quatre vents… ou les publient…ou les abandonnent aux indiscrets, aux curieux ou aux marchands. Agnès Pierron est partie en chasse… et a fait bonne pêche.

Avec une impudeur qui ne les honore pas mais qui témoigne de leur sincérité, ces Céladons de la plume s’oublient parfois dans des propos de midinettes. C’est Gustave Flaubert qui appelle Louise Colet (huit amants durant les six années précédant leur rencontre) « sa madone » celle-ci lui répondant par des « mon buffle indompté ». C’est Karl Marx qui écrit « mon cœur chéri » à Jenny Von Westphalen qui lui donne du « mon petit sanglier », ou Marlene Dietrich signant « Ta grande » à « son ange » Jean Gabin, sans oublier François Mitterrand appelant « mon Zou chéri » une très jeune et très jolie personne qui en deux ans lui aurait envoyé pas moins de deux mille quatre cents lettres. Cette beauté blonde atteinte de prurit aiguë épistolaire, n’était autre que la speakerine vedette de l’ORTF, Catherine Langeais.

Agnès Pierron, lexicographe, gourmande de mots - Dictionnaire de la langue du cirque, Dictionnaire de la langue du théâtre, Dictionnaire des mots du sexe, et auteur de tant d’autres essais langagiers - vient de publier son encyclique du cœur en trois livrets : Lettres d’amour, Lettres érotiques, Lettres de rupture.

Si certaines de ces lettres étonnent voire détonnent - je pense à l’incroyable déclaration du vieux Michel-Ange à un éphèbe de 23 ans - d’autres, comme celle de George Sand à Pietro Pagello, sont de magnifiques pages de littérature à cent lieues de la gaudriole. A Venise, George Sand est au chevet de Musset et tombe dans les bras d’un Italien, médecin de son amant : « Nés sous des cieux différents, nous n’avons ni les mêmes pensées ni le même langage […] Je veux ignorer ce que tu fais de ta vie et quel rôle tu joues parmi les hommes. Je voudrais ne pas savoir ton nom, cache-moi ton âme que je puisse toujours la croire belle ».

Agnès Pierron a sélectionné d’autres lettres, passionnées, fiévreuses, ardentes, exaltées. Confidences d’amours interdites comme celles de Marie-Antoinette pour un jeune Suédois qui sera toujours là, travesti en cocher, lors de la fuite à Varennes. Ou au contraire lettres ouvrant « une autoroute à deux voix » à un amour absolu comme celui que propose Pierre Curie à Marie sa future femme et future double Prix Nobel : « Ce serait cependant une belle chose à laquelle je n’ose croire, que de passer la vie l’un près de l’autre. »

Jacques Plaine

Lettres d’amour, d'Agnès Pierron, Le Robert, 9,90 €.



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