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La chronique de Jacques Plaine : Les près refleuriront, d'Antonin Malroux

le 21 août 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 137 fois

La chronique de Jacques Plaine : Les près refleuriront, d'Antonin Malroux
D.R. - Salers

Salers et son charme austère de pierres volcaniques. Salers, ses hôtels particuliers et ses maisons à tourelles. Salers, ses champs, ses prés et ses vaches à robe rouge. Salers et ses hameaux. Et parmi eux : Les Grands Tilleuls.

Aux Grands Tilleuls, deux fermes et une maison bourgeoise. Dans les deux fermes des paysans arc-boutés sur leurs traditions, leur histoire, leur passé. Les beaux jours elles voisinent, s’entraident, collaborent et peuvent même y aller d’une bourrée auvergnate, cette Marseillaise des Cantalous, les mauvais jours - quand les chèvres ont sauté le mur du jardin ou que les vaches broutent où il ne faut pas - à nous les vieux démons, bonjour la soupe à la grimace. La maison bourgeoise, elle, attend les riches bordelais qui l’été viendront étaler au soleil leurs belles et bonnes fortunes.

Dans la première ferme, les Marteloup. Une famille écrasée  par la veuve Santiane. Une dure à cuire la vieille, obsédée par la transmission de son patrimoine. On est en 1932 mais elle raisonne toujours façon 14. C’est moi le chef et je déciderai seule du jour où je passerai la main. Son fils et sa bru sont aux ordres et attendent ce jour improbable où devant notaire ils deviendront les patrons. Donatien, le fils adoptif, quatorze ans, un enfant de l’Assistance qui sait d’où il vient et n’a pas envie d’y retourner. Un brave gars, travailleur acharné, unique espoir pour la veuve que ses terres et ses prés ne tombent un jour dans l’escarcelle de la famille Sapierce.

Dans l’autre ferme, justement, la famille Sapierce. Pas d’ancêtre ici pour empoisonner la maisonnée mais deux fils de seize et quinze ans. Plus Line. Une nièce du même âge qu’ils ont recueillie à la mort de ses parents. Line, une fille pour trois garçons ? Attendez voir ! Car à ses deux cousins et au Donatien d’en face il faut rajouter les deux fils des Bordelais. Un joli petit mignon bien sympathique et un Parisien gros bec. Line depuis toujours a fait son choix. Mais pour l’heureux élu le quotidien ne sera pas de tout repos. On a le sang chaud en terre volcanique. Surtout quand la Santiane y met son grain de sel. Heureusement Line a du répondant. La Santiane, moins un demi-siècle dans les veines. Et le jour où la maison des Bordelais sera ravagée par le feu, elle verra des choses. Oui elle verra des choses et elle n’en parlera à personne. Du coup, plus tard, quand la guerre aura mis sa part de folie et que les prés auront refleuri, il se pourrait bien qu’aux Grands Tilleuls la patronne change de nom.

Jacques Plaine

Les près refleuriront, Antonin Malroux, Calmann-Lévy. 19 €.



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