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La chronique de Jacques Plaine : Les Bals, de Bruno Testa

le 31 janvier 2015 - Mathieu OZANAM - Livres - article lu 503 fois

La chronique de Jacques Plaine : Les Bals, de Bruno Testa

Un village du Forez loin de « la grand route ». Un village avec son prieuré du XIe, ses champs, ses vaches, ses prés, sa mairie et ses deux écoles. Celle des filles et celle des garçons.

C’était au temps des Trente glorieuses, les filles d’un côté, les garçons de l’autre. A l’école comme à la messe. Après avoir volé les pommes du voisin, rempli d’encre rouge les bénitiers du curé, déniché les mésanges, poussé les crapauds à la fume, gonflé les grenouilles avec une paille, les garagnas du pays s’en prenaient aux filles. Chaque chose en son temps. La kermesse du sexe en ligne de mire.

« Après avoir maraudé et chassé tout ce qui était possible dans la nature, il nous fallait marauder et chasser des femmes. » Voilà qui est dit : à nous les filles, à nous les femmes. Une ère nouvelle s’ouvrait sous les semelles de vent de la bleusaille. Après avoir fait - comme le chantait Brassens - le brouillon de ses baisers sur les statues alentour la voilà en rut dans le noir des cinoches de la grand’ ville. Montbrison. Première étape vers de nouveaux émois, une approche décomplexée du frotti-frotta de la vie, premiers pas à la découverte d’un terrain de jeux aussi excitant qu’inédit : le bal. Le bal, terre d’accueil d’une géographie paillarde des joyeusetés pour nouvelles grandes personnes.

Dans un style alerte et débondé, Bruno Testa passe en revue la vie exaltée des coqs de village qui dès le lundi matin à l’heure où blanchit la campagne, les sangs encore échauffés par les extravagances du week-end, « pas lavés ou à peine, les oreilles engourdies, les yeux gonflés, le foie pas frais, la bouche pâteuse » lancent à la cantonade, la porte de l’usine à peine franchie : « plus que cinq jours ». Plus que cinq jours pour « tirer la queue du singe ».  Comme à la vogue.

Toujours sur la crête de la vague, à la limite du hors-jeu et du carton rouge, se souciant comme d’une guigne de la litote - je rappelle pour mémoire la définition : « figure de rhétorique qui consiste à atténuer l’expression de sa pensée pour faire entendre le plus en disant le moins » - il nous promène - causant comme jamais - le verbe coquin, l’adjectif égrillard, l’adverbe vagabond, de bal en bal, de cavaleur en cavalière, de bringueur en alcoolo, et s’attarde avec délectation là où nos grands-mères se fussent empressées de faire un détour.

Jacques Plaine

Les Bals, Bruno Testa, Utopia Editions.

 

Vendredi 30 janvier à 18 h et à l’ancienne MRASH, enregistrement public sur RCF de l’émission « A plus d’un titre » avec Bruno Testa. A 17 h 15, même lieu, enregistrement public d’une « Carte Blanche » avec Michel Karpinski pour son livre Un faiseur d’anges.



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