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La chronique de Jacques Plaine : La Promesse de Jean-Guy Soumy

le 26 décembre 2014 - Jacques Plaine - Livres - article lu 972 fois

La chronique de Jacques Plaine : La Promesse de Jean-Guy Soumy

En ce temps-là, le suicide était un crime. Le plus affreux des crimes. « Un homicide contre soi-même. C'est-à-dire contre Dieu et contre le roi ». Prix Claude Fauriel 2008 pour « La Chair des étoiles », Jean-Guy Soumy livre son nouveau roman.

Le procureur royal pouvait requérir contre le cadavre et si « l’homicidé » avait agi en totale possession de ses moyens la condamnation était alors infamante. Eternelle. Le nom du coupable était oublié pour toujours, rayé des livres, effacé des registres. Son cadavre, attaché sur une claie, était traîné la tête en bas par les rues de la ville, face contre terre, puis pendu par les pieds. Pendant 24 heures. Enfin il était jeté à la voirie « avec les immondices et les carcasses d’animaux comme indigne d’une sépulture chrétienne »

Jeanne - la marquise Jeanne de Coussac - avait été retrouvée morte au pied de la tour du château. Défenestrée. Avait-elle enjambé la balustrade de son plein gré grâce à un marchepied récupéré à l’autre bout des communs ? Quelqu’un de mal intentionné l’avait-elle poussée dans le vide ? Mais au fait, avait-elle toute sa raison ? Ne la disait-t-on pas « extravagante » ? Son père n’avait-il pas lui-même des comportements qui défiaient le sens commun ? Et puis - fait aggravant - n’avait-on pas trouvé sous son oreiller un exemplaire des Souffrances du jeune Werther ? Un livre qui faisait fureur partout en Europe et y aurait même déclanché une vague de suicides. Les autorités de Leipzig, ville où le livre était paru en avaient même interdit la vente.

Jeanne serait donc jugée. Mais comment juger un mort ? Elémentaire mon cher Watson ! Il suffit de le faire revivre dans le corps d’un vivant. « Un curateur » comme le stipule l’ordonnance de 1670. Un bien vivant désigné par le magistrat instructeur et qui sera l’incarnation du suicidé : son corps et sa voix. « C’est vous que l’on désignera en parlant d’elle. Vous qui répondrez aux questions qui lui seront posées. Le procès sera ouvert contre vous Camille Gralis, curateur du cadavre de la marquise Jeanne de Coussac accusée de s’être homicidée elle-même.»

Camille Gralis, seule parentèle crédible de Jeanne Camille. Son cousin avec lequel elle a passé une enfance merveilleuse. C’était il y a bien longtemps. Douze ans exactement. Ils avaient vécu alors le meilleur de leur enfance. Et puis la vie les avait séparés. Ou plus exactement la mère de Camille avait fait en sorte que la vie les sépare. Jeanne n’en avait jamais guéri… et avait fait siennes les souffrances du jeune Werther.

Alors, à votre avis, coupable ou pas coupable ?

Jacques Plaine

La Promesse, Jean-Guy Soumy, Robert Laffont, 18 €.



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