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La chronique de Jacques Plaine : La part des flammes, de Gaëlle Nohant

le 03 décembre 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 156 fois

La chronique de Jacques Plaine : La part des flammes, de Gaëlle Nohant
D.R. - Une du supplément illustré du Petit Journal n°339 du 16 mai 1897

Le 4 mai 1897, le Bazar de la Charité est la proie des flammes. 125 morts. Mais le Bazar de la Charité n'est pas le Bazar de l'Hôtel de Ville, ni le Bon Marché, ni la Samaritaine, ni le Printemps, temples de la consommation du 1er janvier à la Saint Sylvestre. Non, le Bazar de la Charité est une vente de bienfaisance. Une immense vente... de quatre jours.

En 1897 - et pour la première fois - le Bazar a lieu rue Jean-Goujon. Dans un hangar en bois spécialement décoré. La fine fleur de la noblesse française a joué des coudes et d’influence pour être là et se transformer en simples boutiquières vendant bibelots, lingerie et colifichets. Au profit des plus pauvres de ses pauvres.

Le 4 mai sera le grand jour. Après la bénédiction du nonce apostolique, la journée sera honorée par une Altesse Royale. La duchesse d’Alençon, membre de la Maison royale de Bavière, sœur de l’impératrice « Sissi » et petite-fille par alliance du roi des Français, Louis-Philippe Ier.

Ce jour-là, sacrifiant à la mode, le comité d’organisation présente une invention dont on s’ébaudit dans les dîners en ville, le cinématographe. Un spectacle de foire, dit-on, où pour cinquante centimes on peut voir les images animées des frères Lumière : la Sortie de l’usine Lumière à Lyon, L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat et L'Arroseur arrosé. Proximité saugrenue dans la cabine de projection de tubes d’oxygène et de bidons d’éther, allumette grattée bêtement ? Toujours est-il que le feu démarre dans l’appentis des techniciens et se propage à la vitesse de l’éclair. Des rideaux brûlent, le vélum du plafond s’enflamme, au secours ! Au feu ! Des cris, des galopades, les 1 500 invités s’affolent, tentent de fuir, se bousculent, se piétinent.

Au comptoir numéro 4 la duchesse d’Alençon est entourée de Constance une jeune femme qui vit un amour contrarié et de la comtesse de Raezal une veuve magnifique au passé que l’on dit sulfureux. Toutes trois tentent d’échapper aux flammes. La duchesse s’engage dans une impasse, exprès ? Allez savoir ! Les deux autres se tiennent par la main mais la foule les sépare. Le destin de ces trois rebelles qui fuient la mort - à moins qu’elles ne la cherchent - est à jamais scellé. Par les flammes. Par le feu. Par l’incendie grandiose du Bazar de la Charité.

Jacques Plaine

La part des flammes, Gaëlle Nohant, Ed. Héloïse d’Ormesson, 22 €.

Vendredi 4 décembre à 18 h et à la Librairie de Paris, enregistrement public sur RCF de l’émission « A plus d’un titre » avec Gaëlle Nohant. A 17 h 30, même lieu, enregistrement public d’une « Carte Blanche » avec Jean-Luc Bayard pour son livre P.O.L. nid d’espions (P.O.L.)



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