Fermer la publicité

La chronique de Jacques Plaine : La Maison-Guerre, de Marie Sizun

le 01 janvier 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 820 fois

La chronique de Jacques Plaine : La Maison-Guerre, de Marie Sizun

Un jour de juin 1943, au plein de la guerre, Véra fait la petite valise de Marie et sans plus d'explications - « tu comprendras plus tard » - prend un bus puis un gros autocar avec l'enfant.

Une heure ou deux de route et les voilà loin de Paris dans la grande maison. Une maison un peu délabrée, un peu sauvage. Une grande bâtisse au cœur d’un parc immense. La « Maison-Guerre » comme l’appellera plus tard Marie. Mais une maison de vieux. La maison « des tantes ». Tante Mathilde, tante Gabrielle, oncle Albert - par analogie - sans oublier « La très vieille dame » un personnage un peu singulier, un peu dérangé,  une actrice célèbre de la fin du XIXe, carrément hors du temps. Il y a là aussi les domestiques, Joséphine, Mme La Violette, Guibert le jardinier. Des vieux encore des vieux.

Véra était repartie. Tout de suite. Après un pauvre signe de la main « on ne peut pas faire autrement. Il faut, avait-elle dit ; ici tu seras en sécurité ». Marie avait vécu longtemps à la Maison-Guerre. Dans l’attente de Véra. Elle y avait été heureuse auprès de son arbre, le grand sapin bleu à l’ombre duquel elle allait se cacher « à l’abri des regards et des voix », malheureuse aussi de l’absence de sa mère. Dans l’espoir d’une lettre, d’une visite. Elle va venir ! Elle va venir ! Mais elle venait rarement et repartait presque aussitôt. Une fois, une seule, elle était restée dormir.

Du haut de ses quatre ans, presque cinq, Marie essaie de comprendre, de décrypter les silences, d’entendre les confidences chuchotés, d’interpréter celles qui ne lui sont pas destinées. Elle sent qu’il y a des choses qu’on ne lui dit pas, des choses qu’elle voudrait savoir mais qu’elle a peur d’apprendre. Il y a aussi les mots. Des mots volés dans la conversation des grands et dont le sens lui échappe. Qu’est-ce que « la guerre » pour une enfant de son âge ? « Dieu » dont sa mère ne lui parlait jamais ? « Noël, la crèche, les Allemands » ? Et pourquoi  n’a-elle pas le droit de franchir le portail de la grande maison ? Pourquoi ne voit-on jamais personne ici ? Pourquoi y parle-t-on toujours de Marc, un monsieur qu’elle n’a jamais vu et qui serait son père, prisonnier en Allemagne depuis avant sa naissance ? Mais qu’est ce qu’un « père », un « prisonnier » ? Et pourquoi Véra ne vient-elle pas ? Et pourquoi n’écrit-elle plus ? Jamais plus ?

Elle en est sûre, Véra est morte. Comment ? Pourquoi ? Elle l’ignore, mais ce dont elle est certaine, c’est que tous ces menteurs le savent et ne le disent pas.

Jacques Plaine

 

La Maison guerre, Marie Sizun, Editions Arléa, 20 €.



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide