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La chronique de Jacques Plaine : La ferme des Silences, de Maurice Chalayer

le 27 février 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 487 fois

La chronique de Jacques Plaine : La ferme des Silences, de Maurice Chalayer

C'est une histoire d'arbres, de forêts et de bûcherons. Normal car l'auteur, Maurice Chalayer, est président fondateur de l'Observatoire des métiers de la scierie. Il a passé sa jeunesse dans une scierie. Au Bessat.

1959. Dans le Haut Beaujolais, une ferme à l’ancienne. Une ferme qui n’a pas changé et qui ne changera pas tant que Marius sera là. Un dôle de citoyen que ce Marius. Buté comme un âne. Refusant tout progrès, tout changement, toute évolution. Une caricature d’abruti. Têtu, rétrograde et ivrogne par-dessus le marché. Un sale type. On se demande quelle mouche a piqué sa mère pour avoir enfanté une créature de cette espèce.

Autour de lui, Odette sa femme, Françoise sa fille et René son fils, filent doux, très doux. Il n’y a que Michel qui lui tienne tête. Michel, son autre garçon. Celui qui s’entendait si bien avec l’oncle Baptiste, le revenant de Buchenwald. Un amoureux de la forêt, un champion de l’agriculture de montagne. Michel, lui, ne va pas traîner à la ferme. Sa valise est déjà bouclée : 24 mois en Algérie. Objectif « maintien de l’ordre » comme on dit dans le poste.

Une fois en Kabylie le quotidien ne sera pas vraiment la vie de château. Au bled, deux lieutenants vont se le partager. L’un l’aura à la bonne, l’autre dans le collimateur. Là aussi deux caricatures. Le bon et le mauvais. Le bon, un Don Quichotte qui sur sa Rossinante aux allures de Jolly Jumper va chaque jour que Dieu fait parader dans les douars, l’autre, un Thénardier des djebels, n’a qu’une idée en tête, casser du fell. Michel, ingénu tout droit sorti des forêts de Douglas de son Beaujolais va naviguer innocemment sur le fil du rasoir, un statut d’équilibriste qui pourrait le conduire en Conseil de Guerre.

Sauvé de la mort par un fellaga - un Kabyle plus Saint-Bernard que vengeur masqué - il retournera dans ses forêts, blessé et dévasté. Comme le fut jadis le Jules Matrat de Charles Exbrayat. Aussi maladroit avec Solange que Jules Matrat le fut avec Rose. Ravagé dans sa tête et dans son cœur, il retrouvera ses forêts, son frère, sa sœur et le trésor à la pierre bleue mais pas le bonheur ni la sérénité. Obsédé par un passé qu’il n’a su maîtriser, il restera fantôme parmi les fantômes là où les autres ont su tourner la page… voire changer de livre.

Jacques Plaine

La ferme des Silences, Maurice Chalayer, De Borée, 21,50 €.

 

A plus d’un titre

Vendredi 27 février, à 18 h et à la Librairie de Paris, enregistrement public sur RCF de l’émission « A plus d’un titre » avec Maurice Chalayer. Avant l’émission, à 17 h 15, même lieu, enregistrement public d’une « Carte Blanche » à Michel Debout pour son livre Le traumatisme au chômage, Editions de l’Atelier



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