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La chronique de Jacques Plaine : La douleur transcendée par les artistes

le 24 avril 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 508 fois

La chronique de Jacques Plaine : La douleur transcendée par les artistes
Trophime Bigot (Musée des beaux-arts de Bordeaux) - Saint Sébastien soigné par sainte Irène

Ancien Doyen de la Faculté de médecine de Saint-Étienne et membre de l'Académie nationale de médecine, le professeur Patrice Queneau est un spécialiste de la lutte contre la douleur. Aujourd'hui il quitte l'hôpital pour les musées et s'interroge sur le regard que les écrivains, les peintres et les sculpteurs portent sur la souffrance.

La souffrance du corps ou celle de l’âme, l’une ou l’autre ou les deux à la fois. « Je suis un sac de larmes », écrivait Henri Calet. Sans remonter jusqu’aux cauchemars que vécut certainement Adam quand Dieu lui arracha une côte pour en faire ce que vous savez, la douleur des hommes remonte à la nuit des temps. Mais elle appartient toujours au malade et ne se mesure pas sur une échelle de Richter de la souffrance. « Tout ce que dit un malade se constate, se vérifie, se mesure, écrit Jean François Deniau, sauf s’il dit qu’il a mal. La douleur est incontrôlable… La science est impuissante à étalonner et juger ses dires. »

Que se passait-il à l’autre extrémité du pinceau quand Edvard Munch peignait Le Cri : « tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtais, fatigué… Je sentais un cri infini qui se passait à travers l’univers… ». Et où allaient les pensées de Jean Cardot quand ses mains créaient Le Taureau mourant ?
D’œuvre en œuvre Patrice Queneau s’interroge. Comment sont nés ces dessins, ces tableaux, ces sculptures où le drame, le sang, la détresse et l’angoisse sont des compagnons de route ? Certes lorsque Frida Kahlo peignait une femme au corps planté de clous et dont la colonne vertébrale était une colonne ionienne brisée, l’artiste était corsetée d’acier suite à un terrible accident survenu vingt ans plus tôt. Mais le mal peut être aussi celui de l’âme. Quand Artemisia Gentileschi réalisa Judith décapitant Holopherne c’est à son violeur, le peintre Agostino Tassi, qu’elle tranchait le cou.
En revanche quand Dufy chante sa joie de vivre, qui se douterait qu’il travaille en fauteuil roulant. De même pour Renoir, atteint de polyarthrite chronique, et contraint d’utiliser un chevalet spécial pour nous régaler de ses si désirables Baigneuses. Pour l’un comme pour l’autre « la douleur passe, la beauté reste »… autre forme de transcendance.

Jacques Plaine

La douleur transcendée par les artistes, Patrice Queneau, Editions Glyphe, 24 €.

Vendredi 24 avril à 18 h et à la Librairie de Paris, enregistrement public sur RCF de l’émission « A plus d’un titre » avec Patrice Queneau. Avant l’émission, même lieu et à 17 h 15 enregistrement public d’une « Carte Blanche » avec Nathalie Baste pour son aide-mémoire :  Sophrologie en 68 notions, Dunod.



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