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La chronique de Jacques Plaine : La cote 400, de Sophie Divry

le 15 juillet 2015 - Mathieu Ozanam - Livres - article lu 239 fois

La chronique de Jacques Plaine : La cote 400, de Sophie Divry
La cote 400 de Sophie Divry, Editions 10/18.

Il y a vingt-cinq ans après avoir raté son CAPES, elle entrait - par la petite porte - dans une bibliothèque de province. Affectée à la cote 910. La cote de la géographie. Une cote poubelle….où elle est toujours. « Elle », c'est la narratrice.

Dans les sous-sols de cette bibliothèque - du mardi au samedi et de dix heures à dix-sept heures - elle fait « bip-bip » avec les codes barres comme le poinçonneur des Lilas faisait des trous, toujours des petits trous, avec des tickets de métro.

En s’adressant à un pauvre type qui a passé la nuit dans son antre mais qui ne semble pas trop réveillé puisqu’il ne l’interrompt jamais, elle monologue de tout et de rien. De la peste noire qui en 1348 a envoyé ad patres le tiers de l’Europe comme des Américains « qui ne sont que des Européens qui ont raté le bateau de retour » ou de Robespierre, son grand homme, qui n’eut qu’un tort, celui d’avoir abandonné le calendrier républicain.

Mais c’est autour de son quotidien de petite main invisible du dernier sous-sol que ses pensées vagabondent avec le plus de sel, de poivre et de vinaigre. La classification décimale de Dewey, par exemple, et l’aberration de la cote 400, la cote orpheline à laquelle elle préfère ne pas penser car elle lui rappelle un bain en haute mer qui faillit lui être fatal, les clochards et les chômeurs qui l’hiver se mettent au chaud parmi les thésards et les magistères ou ce génie d’Eugène Morel, un petit jeune qui en 1908 avait secoué le cocotier de l’Ecole des chartes.

Tout y passe sans ordre, sans plan, comme ça vient dans sa petite tête de mère Cottivet des Lettres et des Belles lettres. Mais, vous-mêmes, faites-vous un plan quand en comptant les moutons vers les trois heures du matin vous avez tout par un coup une, deux ou trois fulgurances qui vous projettent au Nord, au Sud ou de l’Est à l’Ouest ?

Parlant littérature, elle taille un costume à l’arnaqueur du siècle, l’inventeur du copié-collé, vous avez reconnu Balzac, tout en s’esbaudissant sur Guy de Maupassant, deux cent quatre-vingt-dix nouvelles, sept romans, la Seine à la rame, six femmes dans son lit en une heure chrono. Un sacré gaillard, un type qu’elle rêve avec des rouflaquettes. Car elle adore les rouflaquettes. D’ailleurs son copain Arthur avait des rouflaquettes. Un salaud pourtant, sa «peste noire » cet Arthur qui a pris la tangente avec une ingénieure de la centrale nucléaire. Alors que Martin... Oui Martin… Ah Martin, un sans grade, un anonyme qui réapparaît de page en page comme les hirondelles au printemps ou le monstre du Loch Ness en été mais un perfectionniste, un acharné, un obsessionnel. En un mot un mec qui mériterait d’avoir des rouflaquettes. Lui.

Jacques Plaine

La cote 400, Sophie Divry, 10/18, 6,60 €.



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