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La chronique de Jacques Plaine : L'Affaire des vivants, de Christian Chavassieux

le 16 janvier 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 444 fois

La chronique de Jacques Plaine : L'Affaire des vivants, de Christian Chavassieux

Charlemagne, un drôle de prénom pour un paysan sorti de rien à l'automne du Second Empire. Charlemagne un colosse au regard de silex. Charlemagne Persant, un parvenu, héros d'une magnifique saga née au cœur d'une ville : Mérives.

Mérives ? Mais c’est où Mérives ? Plus modeste que Saint-Étienne, plus petite que Roanne, près d’un fleuve, sur un canal, Mérives est une ville imaginaire. Une ville rêvée par l’auteur et située à une centaine de kilomètres de Lyon. Une ville qui « ressemble à toutes les villes qui lui ressemblent. » Mais attention ! Christian Chavassieux est Roannais.

C’est son grand-père - le seul individu fréquentable d’une famille d’abrutis - qui avait déclaré Charlemagne à l’état civil. C’est lui qui avait réveillé le maire - encore « engourdi de sommeil et de vieil amour » - et l’avait entraîné à la maison commune. Charlemagne, un nom qui devrait faire de son petit-fils un être à part. Un prince auréolé de pompe et d’or. « Ton nom te dira quoi faire, ton nom fera de toi un roi, un maître, on t’élèvera, sans même comprendre pourquoi…on t’en dira plus qu’aux Paul et aux Michel. Parce que tu es Charlemagne ».

Le pire c’est que ça a marché. Colosse intelligent, froid comme le serpent, carnassier comme le félin, pragmatique et calculateur, rien ne l’arrêtera. Pour atteindre son but, pour grandir, pour dominer, pour faire des affaires. Pour faire de l’argent. Comme les grands squales des océans il puisera son oxygène dans l’action et en oubliera de transmettre, de regarder l’autre, de partager, de lui donner sa chance. Pas de cœur, pas d’amour. Il découragera l’affection et l’amitié. Arrivé au sommet de sa puissance, habitué à humilier les faibles, à les faire plier, il oubliera que la négociation a ses vertus.

Mais le charisme infernal de Charlemagne ne masquera pas la personnalité de ceux qui l’entourent, le servent ou le combattent. Alma, une Emma Bovary menée à la cravache. Amédée, un bâtard de Victor Hugo, Hortense sa femme, créature digne de l’univers balzacien. René et Joseph, qui rejoindraient allégrement les Rougon-Macquart et Rosine les contes de Maupassant. Tapis rouge enfin pour Ernest sans doute héros en creux de « L’Affaire » - un garçon à la sexualité compliquée, peu en phase avec son temps - et pour Louis, un gamin échappé de La Guerre des Boutons qui deviendra Louis Lumière… ou presque !

Jacques Plaine

 

L’Affaire des vivants, de Christian Chavassieux, Phébus, 21 €.


Vendredi 16 janvier à 18 h et au Chok Théâtre, 24 rue Bernard-Palissy,  où est programmée ce jour-là en soirée la pièce de Christian Chavassieux : Pasiphaé, enregistrement public sur RCF de l’émission « A plus d’un titre » qui lui est consacrée.



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