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La chronique de Jacques Plaine : « Comme une respiration… » de Jean Teulé

le 28 décembre 2016 - Jacques Plaine - Livres

La chronique de Jacques Plaine : « Comme une respiration… » de Jean Teulé
Licence CC par Michael Jastremski - Des cumulus dans le ciel

Dessinateur et scénariste de bandes dessinées - pilier de L'Echo des savanes - Jean Teulé pose pinceaux et crayons au bout de dix ans et se tourne vers la télévision – l'Assiette anglaise, Nulle part ailleurs, Quand je serai grand, Jamais sans mon livre – tout en s'intéressant au cinéma où l'adaptation de son livre « Rainbow pour Rimbaud » obtient le Prix de la jeunesse au festival de Cannes. Nouveau challenge en 1997 : l'écriture avec à la clef le Prix Charles Exbrayat pour « O Verlaine ! »

« J’en avais marre de raconter des histoires qui ne colportaient que des horreurs. » Pour son seizième roman Jean Teulé décide donc de tourner la page et fait son Tour de France des petites gens qui ont réalisé « de belles choses ». Des bonnes gens à qui il pose la même question : « racontez-moi si dans votre vie il s’est passé quelque chose qui était plus ou moins grave et où à la fin on respire ». Un bouquet d’histoires dont il propose ici celles qui l’ont le plus ému, fait rire ou rêver.

L’éditrice par exemple qui à l’inauguration de Salon du livre de Paris « tire une taffe sur un pétard ». « Un zdabada » qu’un de ses écrivains vient de lui tendre et qui l’incite, au lieu de rentrer par le métro direct, à faire dans le zig et dans le zag un grand détour par des stations dont les noms l’inspirent : Montparnasse-Bienvenüe, Gaîté, Plaisance, Concorde, Liberté, Goncourt pour tomber enfin - à l’heure où blanchit la campagne - dans les bras de son mari.

Les deux petits vieux aussi qui la veille de Noël débarquent aux pompes funèbres et s’achètent deux urnes funéraires, en demandent deux paquets cadeaux, l’un bleu l’autre rose, et s’en retournent bras dessus bras dessous, soulagés : « Bon, la mort c’est réglé. Maintenant, on peut vivre… »

J’ai bien aimé aussi le changement de cavalier de la mariée de Constantine qui le jour de ses noces saute du taxi qui l’emmène devant monsieur le maire et se jette dans la voiture d’un inconnu… avec lequel elle coulera 50 ans de bonheur partagé.

Sans oublier le type au petit doigt fantôme, le gamin qui aimait les punitions, Alain Lelièvre  boucher à la retraite et chasseur de chevreuil tous terrains, Joli-Thorax l’impayable barjot et néanmoins pacha de sous-marin, le petit gars qui ne savait pas nager et jouait au ludion à « perd pied », le chirurgien trop bavard dans la salle de réveil, le deuxième ligne de rugby sauvé de la noyade par un préservatif et toute une collection d’histoires minuscules illuminant pour l’éternité le quotidien de vies très ordinaires.

Jacques Plaine

Comme une respiration… Jean Teulé, Julliard, 17,50 €.



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