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La chronique de Jacques Plaine : Camille s'en va, d'Eliane Girard

le 03 juillet 2015 - Jacques Plaine - Livres - article lu 101 fois

La chronique de Jacques Plaine : Camille s'en va, d'Eliane Girard
Camille s'en va, Eliane Girard, Buchet Chastel, 15 EUR.

Camille, 18 ans, deux mois et cinq jours fut jadis le plus beau bébé de France. « Bébé savon », disait la pub. En plus de sa photo publiée urbi et orbi elle avait reçu 30 000 francs. Une belle somme placée sur un livret de caisse d'épargne et qui avait fait des petits : 6 818 € avec les intérêts.

Aujourd’hui l’ex « bébé savon » est majeure. Depuis deux mois et cinq jours exactement. Le lendemain de son anniversaire elle s’est rendue dans une banque, a ouvert un compte, y a déposé la moitié de son avoir et a reçu quelques jours plus tard un carnet de chèques et une carte de crédit. Aujourd’hui, jeudi 23 mars, elle met en marche son plan A. Celui qu’elle a dans la tête depuis toujours : elle s’en va, elle part, elle taille la route.

Pourquoi pas hier, pourquoi pas demain ? Elle ne sait pas. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle s’en va. Qu’elle se barre sans prévenir sa mère, sans lui laisser la moindre explication sur sa décision. Direction Naples et Pompéi. Pourquoi Naples et Pompéi ? Parce que toutes ses recherches sur Internet l’attirent au pied du Vésuve.

Ce grand voyage elle le fera en stop. C’est dit. Elle ne lèvera pas bêtement le pouce en demandant « vous n’iriez pas à Pompéi par hasard ? » Non, son projet est plus ingénieux. Elle se fera passer pour une Lituanienne - qui baragouine un peu le français - et qui descend au Sud en tant que concurrente d’une téléréalité des pays baltes. Un jeu télévisé dans l’esprit de l’émission qu’elle préfère. Une émission où les participants doivent parcourir 10 000 km en ne dépensant qu’un euro par jour. Cette idée lui est venue pour préserver son anonymat, pour voyager à l’œil et pour faire des rencontres inédites comme on n’en voit pas dans la vraie vie.

D’ailleurs dans la vraie vie - dans sa vraie vie - il n’y a rien à voir. Il n’y a  jamais  eu rien à voir et c’est pour ça qu’elle s’enfuit. Dans la vraie vie - dans sa vraie vie - il n’y a que sa mère. Une paranoïaque, une détraquée, une malade qui n’a pas fait le deuil de son mari. Un type parti acheter des cigarettes il y a douze ans et qui n’est jamais revenu. Non pas qu’il ait pris  le maquis comme certains, mais victime innocente d’un braquage. Explosé par des malfrats dans l’estanco du buraliste. Depuis, elle vit cloîtrée à la maison, abrutie par les médicaments, pas lavée, pas peignée, pas levée ou avachie devant la télé. Zombie domestique qui tient sa fille à la longe, la prive d’amis, chronomètre ses sorties, lui impose des cours par correspondance pour l’avoir à sa botte et lui interdit tout et même le reste.

Et voilà pourquoi Camille s’en va.

Jacques Plaine

Camille s’en va, Eliane Girard, Buchet Chastel, 15 €.



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