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La Bastille de Grenoble n'est plus radioactive

Isère le 06 février 2015 - Adeline Gailly - Région grenobloise - article lu 2763 fois

La Bastille de Grenoble n'est plus radioactive
Adeline Gailly - Un site aux normes...A quelques exceptions près

En février 2014, le journal satirique grenoblois Le Postillon publiait un article sur la présence d'une forte radioactivité sur le site de l'ancien institut de géologie de Dolomieu, situé sur les contreforts de la Bastille. Qu'en est-il un an après ? Le lieu est-il contaminé ?

« Une irradiation 3000 fois supérieure à celle que l'on trouve en temps “normal” ». C'est ce qu'affirmait Le Postillon après avoir réalisé des mesures, il y a un an, dans une grotte située sur le chemin d'accès à l'ex-bâtiment universitaire. Le journal évoquait la présence de « minéraux, de bidons remplis de liquide et de sacs contenant différents objets contaminés » constituant une véritable « poubelle radioactive » à deux pas de l'établissement. Des déchets radioactifs, Jean-Luc Lacroix, conseiller de prévention des risques à l'Université Joseph-Fourier, gestionnaire du site, confirme qu'il y en a eu mais tout était sous contrôle. « La grotte servait de stockage de décroissance des matériaux, c'est-à-dire qu'il fallait attendre que leur radioactivité diminue pour pouvoir les enlever. Tous les établissements qui possèdent des matériaux de ce genre font ça. » Aucun risque d'irradiation selon lui à moins de rester longtemps à proximité et de s'approcher vraiment très près. Mais puisque l'endroit possède une porte blindée et des barreaux à la fenêtre, personne – en théorie – ne pouvait y accéder. « Si Le Postillon a pu entrer c'est parce qu'ils ont scié une des barres », précise Jean-Luc Lacroix.

La question est de savoir comment des éléments radioactifs ont-ils pu se retrouver dans un bâtiment universitaire ? Tout simplement parce que l'établissement abritait une imposante collection de pierres naturellement radioactives dont certaines ont été ramassées sur le massif de Belledonne. Créé en 1961, entre le musée Dauphinois et la résidence universitaire du Rabot, l'institut de géologie de Dolomieu concentrait des activités d'enseignement et de recherche jusqu'à sa fermeture en 2011. Jean-Luc Lacroix explique que si le bâtiment n'a pas été immédiatement évacué « c'est parce que les chercheurs, notamment des associations de géologues, ont mis du temps à venir récupérer les objets qui les intéressaient. Ils sont venus chacun leur tour. Ça a traîné. »

Il aura fallu attendre le 3 septembre 2014 pour que les derniers déchets soient envoyés à l'Agence nationale de déchets radioactifs (Andra). L'entreprise D&S, chargée de la décontamination du site, confirme que toutes les zones ont été traitées. « Il n'y a plus aucun élément radioactif », assure Yann Jolly, responsable du pôle « réalisation ».

Sur place, plus de traces – ou presque –de radioactivité. Les pièces sont vides. Seuls quelques gravats et morceaux de papier peint parsèment le sol. Le contaminamètre COMO 170 ne relève que des mesures correspondant au « bruit de fond » normal c'est-à-dire une radioactivité de faible intensité naturellement présente dans la plupart des éléments qui nous entourent. A Grenoble, elle est d'environ 15 coups par seconde (cps). Le risque d'irradiation est fixé à deux fois ce chiffre par l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASN). Au détour d'un mur, Jean-Luc Lacroix remarque un bloc de granit près duquel l'appareil affiche 45,6 cps, soit un taux supérieur à la limite autorisée. Rien d'alarmant mais il admet que « l'entreprise chargée de la décontamination aurait pu l'enlever ».

Le plus inquiétant pour Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), c'est la présence de squatteurs qui ont occupé l'établissement depuis sa fermeture. « Les jeunes ont sûrement éparpillé les éléments et ont pu être contaminés ». Il doute que la décontamination ait pu être réalisée correctement : « il y a eu beaucoup de dispersion et il y avait une grande quantité de déchets radioactifs ». Il a sollicité la préfecture pour que la Criirad puisse effectuer une vérification mais sa demande est restée sans réponse. Un risque sanitaire balayé par l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASN). Frank Prévost explique que « le plus grand danger était de se blesser et non pas la radioactivité qui était naturelle. » Aujourd'hui, il semble que les lieux soient déserts même si une des grilles qui entoure le bâtiment a été décalée pour pouvoir permettre le passage. Un vigile patrouille le weekend et la nuit.

Au-delà du débat sur la sécurité du site c'est son avenir qui est actuellement discuté au sein de la préfecture, chargée de la mise en vente. Aucune décision n'a été prise pour le moment. L'Etat reste donc propriétaire mais le dossier est en cours. Le bâtiment voisin, l'institut de géographie alpine, – également déserté – avait été racheté par un promoteur savoyard il y a deux ans.

Adeline Gailly



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