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L'industrie de guerre, deuxième front dans la Loire en 1914

Loire le 16 octobre 2015 - Daniel Brignon - Expositions - article lu 426 fois

L'industrie de guerre, deuxième front dans la Loire en 1914
Daniel Brignon - Le canon de 75, vedette de 1914, bientôt relégué par l'artillerie lourde

Dans le cadre du centenaire 14-18, le musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne revient sur l'important effort de guerre fourni par le bassin stéphanois pendant ces années, sur le front industriel, pour répondre aux commandes de l'État en armes et matériel militaire. Dans l'exposition intitulée « Bénéfices de guerre, guère de bénéfices ? », il interroge, sans trancher toutefois, sur la réalité des bénéfices engendrés par le conflit.

Cette exposition offre une opportunité de « sortir de nos réserves les richesses dont nous disosons dans le domaine des armes de guerres, singulièrement avec le dépôt de la collection de la Manufacture d’armes par le musée de l’Armée », commente Nadine Besse, commissaire générale de l’exposition. Ainsi voit-on dans un cheminement chronologique l’évolution de la production d’armes de la Manufacture d’armes de Saint-Étienne (Mas) pendant la Première Guerre. Du fusil Lebel produit à trois millions d’exemplaire entre 1887 et 1904 pour doter l’armée française, à toute une gamme de nouveaux fusils automatiques développés par la Mas qui en produira 1 482 000 pendant la durée de guerre, en passant par la mitrailleuse Saint-Étienne, produite à 39 500 exemplaires pendant le conflit.

En regard, la production de ce qui deviendra un autre arsenal majeur, la compagnie des Forges et aciéries de la marine (Fam) à Saint-Chamond. Sollicitée par le gouvernement, replié à Bordeaux dans les premiers mois de la guerre, les Fam assureront la direction de la production armurière de la région. Les Fam qui produisent le canon de 75, canon de campagne léger, vedette de l’armée française en 1914, se tournent vers l’artillerie lourde exigée par la guerre de position et la production massive d’obus. De plus 400 chars parmi les premiers modèles français sortis de ses ateliers.

Les autres secteurs de l’industrie locale seront mobilisés aussi, la passementerie dans la fabrication de sangles, le secteur des tresses et lacets, de fils divers, le tissage dans l'équipement du soldat et l’empennage des premiers avions de guerre. On recense sur le seul périmètre de Saint-Étienne, 495 entreprises de toutes tailles travailleront pour la guerre.

De 2 000 employés en 1914, la Mas atteindra un effectif de 12 000 en 1916. L’effectif des Fam approche en 1917 les 18 000, dont 5 000 femmes.

Pour répondre à la commande d’État d’armes et de munitions dont la production s’est repliée des bassins sidérurgiques du nord et de l’Est vers le bassin stéphanois, les industriels procèdent d’abord par le rappel des ouvriers du front puis recourent à la main d’œuvre féminine. Rapidement ils ne suffiront pas. Il est fait appel aux travailleurs coloniaux, puis à la main d’œuvre étrangère, d’Espagne, de Grèce et bientôt de Chine avec laquelle des accords son passés. 6 660 étrangers sont employés dans les usines de guerre du bassin stéphanois en 1917.

Des cantonnements sont édifiés par les Fam pour les recevoir à Saint-Chamond, puis à  Firminy et Unieux dans le giron des sites métallurgiques Holtzer et Verdier.
À Saint-Etienne il n’y a pas de dispositif d’accueil et il a fallu absorber dans l’existant une main d’œuvre abondante, ce qui a favorisé « une paupérisation du logement, souligne Nadine Besse, un retard pris dans le logement, qui durera », estime la commissaire générale, comme solde débiteur aux « bénéfices » de cette guerre de l’arrière, question qui traverse toute l’exposition. Les bénéfices sont pesés. L’organisation de la production a gagné en méthode, intégrant au passage le taylorisme. La population y a plutôt perdu, souffrant de malnutrition et  des longues journées de travail…

Les industriels titulaires des marchés de guerre auront-ils engrangé des bénéfices ? La question est posée par une loi du 1er juillet 1916 qui prévoit une contribution extraordinaire sur les bénéfices exceptionnels ou supplémentaires réalisés depuis le début de la guerre. Une contribution de peu de rapport, apprend-on, malgré la permanence du débat sur la taxation des profits de guerre tout le long des années 1920, et réactivé en 1936.

Daniel Brignon

Bénéfices de guerre, guère de bénéfices ? 14-18, du 9 octobre au 14 mars.

Georges Rivoire - Du 9 octobre 2015 au 14 mars 2016 au musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne
  • Georges Rivoire - Du 9 octobre 2015 au 14 mars 2016 au musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne
  • Georges Rivoire - Marc Chassaubéné, adjoint à la culture-Gaël Perdriau- Nadine Besse, conservateur en chef du patrimoine, directrice du musée d'Art et d'industrie pour l'inauguration
  • Georges Rivoire - Gaël Perdriau maire de Saint-Etienne a inauguré l'exposition
  • Georges Rivoire - Une partie des invités pour l'inauguration
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  • Georges Rivoire - Les commissaires de l'exposition Stéphane Rivoire et  Eric Perrin
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Parcours de Stéphanois

La partie de l’exposition qui introduit dans le cœur de la guerre sur ce front industriel est introduite par une première partie qui dresse l’état de lieux de l’industrie stéphanoise avant la Grande Guerre, à travers neuf portraits de Stéphanois, qui recoupent tous les archétypes de situations professionnelle et familiale. C’est François, armurier, rappelé du front ; Louise, mère de deux enfants qui au départ de son mari pour le front sera employée aux Fam puis à la Mas ; Félix un enfant orphelin de père en août 1914 ; Moukrane, paysan kabyle engagé aux usines Holtzer avec 770 autre Kabyles d’Algérie ; Émile, paysan, affecté dans l’artillerie ; Léon, mineur, parti pour le front avec le 38e RI ; Paul, outilleur à Manufrance, affecté au service de l’aviation naissante ; Eugénie, fille d’un rubanier, devenue infirmière volontaire, Marie, tresseuse et syndicaliste…



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