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Saint-Chamond : l'Hôpital du Gier veut sortir du cercle vicieux

Loire le 22 mai 2015 - Xavier Alix - Sciences, Santé, Environnement - article lu 1124 fois

Saint-Chamond : l'Hôpital du Gier veut sortir du cercle vicieux
Xavier Alix - Derrière la perennité de l'hôpital, se joue l'attractivité du territoire

Afin d'en finir avec les déficits chroniques des hôpitaux publics du sud Loire, l'Agence régionale de santé (ARS) a lancé il y a bientôt un an des travaux de réorganisation. L'hôpital du Gier craint pour son offre. Même si l'ARS se veut rassurante sur sa maternité et ses urgences, la CGT et les élus appellent à une marche dans les rues de Saint-Chamond le 31 mai.

La situation de l’hôpital du Gier : une illustration typique de la privatisation rampante de l’offre hospitalière ? Voilà au moins un point sur lesquel les syndicats CFDT et CGT du personnel sont d’accords.

Ce qui n’est pas le cas sur le fait de lancer une marche dans les rues de Saint-Chamond le 31 mai. « L’ARS se veut rassurante sur la maternité et les urgences mais si elle s’attaque à d’autres services, nous aurons des pertes en cascades. Rappelons que depuis 2012, nous avons perdu 15 postes sur notre partie Ehpad, la moitié des effectifs du service gastroentérologie ainsi que 5 aide soignantes en réanimation. Le 31 mai, il s’agira de  montrer la volonté de la population et du personnel d'un maintien d’un service public de qualité, de ses emplois, clame Habiba Ouali, aide soignante et secrétaire de l’union locale CGT. Mais aussi de dire aux habitants qu’ils doivent continuer à venir se soigner ou accoucher ici, où se trouvent des soins de qualité. »

Pour Chantale Petiot, secrétaire de la section CFDT à l'hôpital, ce « tapage » risque au contraire d’empirer les choses : « cela va porter préjudice à l’image de l’hôpital. On va accentuer les rumeurs de fermetures de certains services, faire peur, donc risquer une nouvelle baisse de fréquentation ou encore faire fuir des médecins. Ce n’est pas le moment ! Et la politique s’en mêle alors que rien est tranché même si on sait qu’à terme, entre Saint-Chamond, Firminy et le Forez l’ARS ne laissera qu’une seule maternité complète et qu’une seule chirurgie complète. » La manifestation a le soutien des principaux élus de la vallée du Gier. A commencer par le maire de Saint-Chamond Hervé Reynaud qui en a informé son conseil municipal mardi dernier et fait le point sur la situation. Le maire rappelle qu’avec 1 100 salariés, « l’hôpital est le premier employeur de la ville, que des laboratoires dépendent à 50 % de son activité, que diminuer son offre, ce serait affaiblir l’attractivité d’un territoire déjà en difficulté. »

Concurrence du privé

Que reproche l’ARS à l’hôpital du Gier ? Son déficit chronique comme c’est le cas dans environ 50 % des établissements de soin public. Un déficit de 535 000 € en 2014 sur sa partie soin auquel s’ajoutent un peu moins de 400 000 € pour la partie Ephad, touchée, comme bien d’autres, par l’ineptie des emprunts toxiques… Paradoxe : l’activité est en légère hausse ces deux dernières années alors que de douloureuses économies successives ont déjà permis de faire diminuer d’environ de moitié le déficit de la partie soin selon la directrice de l’établissement Laurence Narte. « Nous n’avons plus de marge pour augmenter l’activité, les prévisions d’activité de l’ARS sont trop ambitieuses. La population doit cependant venir se faire soigner ici et comprendre que nous avons une offre de qualité avec d’excellents spécialistes. On a déjà été beaucoup fait pour aller dans le sens de l’ambulatoire (hôpital de jour, Ndlr) comme demandé mais l’enveloppe de l’ARS reste fermée. Le budget de notre  hôpital, c’est 70 % de dépenses de personnel. Or, on subit des décisions nationales qui augmentent et nos charges, et la concurrence déloyale du privé qui obtient des agréments ! Par rapport au privé, nous ne jouons pas avec les mêmes règles : les nôtres sont plus contraignantes plus strictes. Par exemple, si un membre de notre personnel tombe malade ou part en congé maternité, c’est à notre budget d’assumer le remplacement comme la prise en charge du congé. Le privé lui bénéficie de la Sécurité sociale.»

Et sans doute beaucoup plus de la systématisation en 2003 de la « T2A », la tarification à l’activité, c’est-à-dire le financement en grande partie par l’Etat des hôpitaux aussi bien publics que privés selon le nombre d’actes effectués. Une mise en concurrence qui pour certains amènent à faire tourner le plus rapidement possible les malades les moins coûteux. Logique incompatible avec une mission de service public.  Qui plus est, le privé aurait de plus en plus tendance à débaucher dans le public.

C’est ce qui se serait passé, les perspectives liées à la réorganisations de l’ARS s'ajoutant, avec la maternité de Saint-Chamond qui va perdre la plupart de ses médecins actuels d’ici la fin de l’année alors que son chef de service part à la retraite. « Notre recrutement est en cours, assure cependant L. Narte, nous y arriverons d’ici la fin de l’année. Nous sommes en plein test pour prendre les meilleurs possibles. » La CGT confirme avoir vu des médecins en test.

H. Reynaud siège au conseil de surveillance de l’établissement. A ce titre, le maire a participé aux réunions de travail du « comité stratégique » de l’ARS : « L’ARS parle beaucoup méthodologie mais laisse des non dits sur ses réelles intentions, estime le maire. Par exemple, sur notre maternité qui a d'ailleurs connu + 2,3 % d’accouchements en 2014 (980), elle dit d’un côté qu’elle n’est pas menacée. Mais elle dit aussi qu’en dessous de 1 000 accouchements annuels, aucune maternité n’est sécurisée. C’est un jeu de dupe ! En outre, on demande à des médecins, du coup mals à l’aise, de travailler sur des hypothèses pour leur propre organisme de tutelle. Facile du coup de les amener là où on veut. C’est pernicieux.»

Xavier Alix

ARS : « Nous ne voulons pas supprimer la maternité et les urgences »

Contactée, l’ARS a accepté de répondre à nos questions par la voix de Marc Maisonny, son délégué départemental sur la Loire. « Nous ne voulons pas supprimer la maternité, martèle ce dernier, et encore moins les urgences tant le nombre de passages le justifie ». En revanche, « on ne peut pas tenir éternellement avec ce déficit. L’établissement ne dégage pas les marges nécessaires à son investissement courant et au remboursement de ses emprunts. Et les recettes ont été inférieures sur la partie de tarification activité (l’Ephad n’est pas concerné Ndlr) de 3 % en 2014 aux prévisions. Rappelons que nous avons été contraints de donner 1,5 M€ supplémentaire à l’établissement en 2014 auxquels s’ajoutent 2 M€ d’avance de trésorerie. Il faut trouver des solutions. Et cela se fera avec un projet territorial élaboré avec les médecins des établissements et qui doit être présenté début juillet. II pourrait effectivement amener une chirurgie exclusivement ambulatoire dans les hôpitaux du Gier et du Forez. Quant à la maternité, elle sera maintenue tant que les recrutements de médecins seront effectués d’ici cet automne. »



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