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L'Homme qui savait la langue des serpents, de Andrus Kivirähk

le 28 mars 2013 - Florence Barnola - Livres - article lu 126 fois

L'Homme qui savait la langue des serpents, de Andrus Kivirähk

Le journaliste et essayiste Andrus Kivirähk est Estonien. Son roman relate la fin d'un Atlantide, une Estonie ancestrale succombant au modernisme et à la perte de ses racines. C'est drôle, beau, magique et triste, un peu.

Très connu dans son pays, l’auteur est prolifique : pièces de théâtre, scénarios de films d’animation pour enfants, fictions diverses. Bref, il maîtrise l’écriture et l’imaginaire. Ça se voit, ça se lit, ça se ressent! Dans cette histoire estonienne, la langue serpent représente ce que l’anglais est aujourd’hui dans nos sociétés, un kit de survie. Tout est facile quand vous savez siffler : votre copain est un serpent couronné qui vous invite à hiberner dans son trou, les loups deviennent montures et les louves vaches à lait, les ours sont amants de votre mère, époux de votre sœur et de toute façon de grands coureurs de jupons, vos voisins australopithèques ont pour animal de compagnie un pou géant, les chevreuils viennent de leur plein gré s’offrir pour le diner, et surtout vous ne vous laissez pas impressionner par le vieux fou sanguinaire de la forêt obsédé par les sacrifices… C’est dans une Estonie féérique, celle des légendes, des temps anciens que s’enracine cette histoire. Tout débute, déjà, avec l’exode de ses hommes des bois vers la modernité, laissant la forêt exsangue de ses humains. Le monde parallèle, la nouvelle Estonie, est de l’autre côté, là où on a dompté la forêt devenue champs de blé pour faire le pain et où il faut absolument oublier le langage reptilien, mélodie diabolique. Alors commence la lente extinction de cette civilisation sylvestre où la légendaire salamandre qui jadis défendait l’estonien des bois contre l’envahisseur (le chevalier germanique) se transforme en vraie arlésienne. Ce récit ne fait pas l’apologie du passé ni du monde contemporain, il est plutôt contemplatif, plein de poésie et de tristesse, il vous laisse fermant le livre avec la chair de poule et aux bords des larmes. Quant à la traduction française (Jean-Pierre Minaudier, agrégé d’histoire, notamment spécialiste de l’Estonie), c’est du travail d’orfèvre : fidèle, intelligente, très poétique et drôle (car ce livre est vraiment truculent).

Florence Barnola

 

L’homme qui savait la langue des serpents, d’ Andrus Kivirähk, Editions Attila, 440 p, 23 €.



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