Fermer la publicité

L'Histoire par les os

Isère le 23 novembre 2015 - Caroline THERMOZ-LIAUDY - Expositions - article lu 42 fois

Depuis le mois de décembre dernier, et pour encore quelques semaines, le musée dauphinois propose une immersion dans le monde de nos ancêtres les plus lointain, à travers ce qu'il nous reste d'eux : crânes et ossements. « Confidences d'outre-tombe », ou quelles réponses des squelettes ?

Que peuvent nous apprendre les morts de leur vie ? Que recherchent les archéologues en exhumant des défunts des siècles passés ? Quelles représentations avons-nous aujourd’hui du squelette humain ? Autant de questions pour lesquelles les ossements ont un rôle capital. C’est pourquoi le Musée dauphinois, le Musée archéologique Grenoble Saint-Laurent, La Casemate, et l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) proposent une exposition commune pour croiser leurs regards.

La nécropole Saint-Laurent de Grenoble avec ses 1 500 squelettes exhumés, est un exceptionnel terrain d’études qui renseigne sur les occupations humaines successives en Isère. En effet, les archéologues interprètent les rites funéraires, les pratiques culturelles et l’organisation sociale des communautés à travers les âges. De nouvelles techniques d’investigation permettent de faire « parler » les ossements sur l’âge, le sexe et l’état de santé des individus ainsi « auscultés ». Au cœur de l’exposition, des dispositifs numériques et interactifs, créés par La Casemate, proposent aux visiteurs de découvrir les méthodes et les outils de l’archéologie contemporaine.

L’exposition invite le visiteur à rencontrer quelques-uns de nos grands ancêtres exhumés par des archéologues lors de fouilles pratiquées depuis un siècle dans le département. Dans le premier espace, le visiteur rencontre quatre squelettes inhumés pendant la préhistoire. Par exemple, le crâne d’« Alexandre », le squelette d’un homme â d’environ 24 ans, trouvé en position fœtale par Hippolyte Müller en 1904 dans la grotte de Balme-de-Glos à Fontaine. Rencontre aussi avec « La Dame assise » découverte en 1967 par Aimé Bocquet dans la grotte des Sarrasins à Seyssinet-Pariset dans une sépulture individuelle, qui laisse présumer d’une attention marquée pour la défunte.

Au fil des salles, le visiteur découvre des spécialités liées à l’archéologie comme la géomorphologie, l’anthropologie, la stratigraphie, qui permettent de renseigner sur le mode de vie des sociétés qui nous ont précédés. On y apprend aussi l’histoire des cimetières grenoblois. D’abord situés le long des voies d’accès, à l’extérieur des centres urbains, les cimetières s’installent en ville près des églises à partir du VIIIe siècle. Ils sont expulsés à nouveau pour des considérations d’hygiène, et par manque de place, sous le règne de Napoléon. Les rites funéraires aussi ont évolués, Avec le recul de la pratique religieuse. C’est la naissance des cérémonies civiles. 

Plus loin, l’étude des squelettes s'effectue dans le laboratoire, où divers dispositifs interactifs proposent de s'exercer au diagnostic des squelettes présentés.Enfin, le dernier module aborde une réflexion sur le statut et le devenir des restes humains dans les musées. Les polémiques actuelles, dont la Vénus hottentote ou les têtes maories tatouées sont les plus connues, montrent que ces vestiges particuliers ne sont pas un patrimoine comme les autres. Ils méritent le respect que l'on doit à tout être humain, quelle se soit la période durant laquelle il a vécu, et dont les musées ne sauraient être exemptés.


Caroline Thermoz-Liaudy
 

 

Du symbole de mort, à la catacombe artistique

Le squelette est porteur d’une force allégorique et s’immisce dans la littérature, les beaux-arts, l’art contemporain, le design, la haute couture, la musique, le spectacle vivant... Cette symbolique est traduite dans l’exposition parallèle : [K]RÂNES42 - Catacombe artistique au Musée dauphinois. Le musée a en effet demandé à des peintres, graphistes, sculpteurs, dessinateurs de toutes tendances, de poursuivre et de renouveler la tradition des memento mori. 42 œuvres ont ainsi été créées pour l’exposition, à partir d’un modèle unique : la réplique d’un crâne humain de plâtre blanc. Le projet s’inscrit dans la volonté du musée d’inviter les artistes à se confronter à l’histoire et au patrimoine, voire à s’exprimer sur les questions de société soulevées par ses expositions. Au-delà de leur diversité et de leur singularité, les sculptures se répondent pour composer une œuvre unique : une « catacombe artistique ».
 



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide