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L'ASSE mise sur l'école des fans

Loire le 24 février 2015 - Xavier ALIX - Sports - article lu 1588 fois

L'ASSE mise sur l'école des fans
R. Somnez, ASSE/Karabükspor, août 2014 - Pour diversifier ses recettes, l'ASSE n'a qu'une ressource : montrer qu'elle a des fans

Depuis 2010, bien sûr plus qu'aidée par des résultats sportifs positifs, la direction du club a pris le virage d'une politique économique visant à diversifier les revenus. Objectif : réduire le déficit structurel de près de 10 M€ comblé chaque année par les ventes de joueurs. Situation qui n'a rien de catastrophique pour l'Hexagone. Mais l'ASSE, qui ne bénéficie pas des largesses de mécènes providentiels, essaie de former son modèle. Et pour cela mise sur ses fans.

L’ASSE n’a pas de pétrodollars mais elle a des idées. Des idées et des fans : d’après les études de la LFP entre 1,8 et 2 millions de sympathisants en France et à l’étranger. Dans ce championnat de France du cœur, les Verts sont 3es. Mais n’en profitent pas assez économiquement. Pas encore.
Placé sur une autre planète depuis l’arrivée des Qataris, le PSG peut non seulement compter chaque année sur un « abandon des créances » considérable afin d’honorer de monstrueux transferts. Mais aussi sur des revenus fixes (les 5es d’Europe) tout aussi monstrueux : 474,2 M€ en 2013-2014 selon le rapport annuel du cabinet Deloitte. Revenus issus principalement des sponsors et du merchandising (69 %, proportion cependant largement dopée par un juteux contrat avec… Qatar tourisme !) suivis des droits audiovisuels dépendant des résultats européens et nationaux à 18 % et de la billetterie à 13 %. Sur une autre échelle, l’ASSE travaille avec un budget prévisionnel 2014/15 basée sur une 8e place de L1 qui devrait friser les 70 M€. Budget en voie de diversification au niveau de ses revenus. Proportionnellement en recul (- 10 % par rapport à 2012/13) et c’est une bonne nouvelle, la part des droits télé y est cependant encore énorme : 55 %, le sponsoring étant à 20 % (14,66 % il y a 2 ans), la billetterie à 15 % (12,37 % il y a 2 ans), le merchandising et autres produits à 10 % (8,33 % il y a 2 ans). L’objectif est évidemment de poursuivre cette diversification déjà initiée.
Et si en 3 ans, ce budget a progressé de près de 20 M€, « il faut avoir conscience que nos charges augmentent plus vite que les recettes », avertit le président du conseil de surveillance Bernard Caïazzo à la tête du club avec Roland Romeyer. L’augmentation de budget permet en réalité de ne pas décrocher plutôt que de progresser. Entre la taxe à 75 % (certes bientôt abandonnée), les investissements du club à amortir (centre d’entraînement, restaurant et boutique propres…) et une masse salariale toujours plus pesante, 8 M € de charges se sont ainsi ajoutées depuis 2010/11. Avant cela, le club, comme tous ceux de L1, avait eu à subir la suppression en 2009 du Dic (Droit à l'image collective, permettant d'alléger les charges salariales).

 

Vendre pour survivre

L’ASSE comme les autres clubs français subit ainsi d'une concurrence européenne déloyale : malgré une progression de ses revenus sponsors et audiovisuels, le football hexagonal est passé en termes de résultats sportifs du 2e au 6e rang européen de 1995 à 2014. Les revenus des autres championnats majeurs progressent plus vite avec moins d’embûches. L’UCPF (Union des clubs professionnels de football) a détaillé en novembre dernier les causes dans son livret Le décrochage : solidarité plus forte avec le foot amateur et la L2, absence d’alcool dans les stades (vente et pub), frais de police, charges patronales de 2,3 à 15,5 fois plus élevées et charges sociales des joueurs 4,4 à 60 fois plus élevées. Moralement justifiées ou non, ces règles, les plus drastiques des 7 meilleurs championnats d’Europe, placent la compétitivité d’un football qui emploie 26 000 personnes dans un cercle vicieux.
La majorité des clubs s’en sort grâce avant tout par la vente de joueurs. A l’ASSE, celle-ci permet entre autres de combler un déficit annuel d’environ 10 M€. Le club est pourtant un bon élève aux yeux du gendarme financier français, la DNCG. Sur ce déficit structurel, « nous sommes dans la moyenne de L1, assure le directeur général du club Stéphane Teisser. Bordeaux, Rennes et Lyon sont bien au dessus. Et les déficits entre 15 et 20 M€ sont plus nombreux que ceux entre 5 et 10. Or, contrairement à ce qui est dit, nous avons malgré tout, une politique d’acquisition dynamique : Corgnet, Hamouma, Tabanou, Erding, c’est 4 à 7 M € pour chacun ces dernières années. Leur amortissement annuel se répercute. Toutes les ventes sont réinjectées dans le projet sportif. Sur une base 10 M€ de vente, 2,5 M€ va à la structure du club, son désendettement, la création de produits ; 5 dans l’acquisition de joueurs ; 2,5 dans la masse salariale.»

« Le modèle socios allemand »

Masse salariale toujours plus pesante malgré la mise en place depuis plusieurs années, dans le cadre de la politique antidéficitaire, du fameux salary cap à 90 000 € par mois. Pourquoi ? D’abord, parce que ce plafond peut-être largement dépassé par des primes en cas de bons résultats. Et depuis 3 ans, l’ASSE a de bons résultats. Ensuite, parce que « là où nous avions en gros 12 bons joueurs de L 1 il y a 5 ans, aujourd’hui, il y en a 18 », précise S. Teissier. Le club progresserait-il en augmentant un peu ce salary cap ? « Pour obtenir une gamme supérieure, il faudrait au minimum le doubler, c’est impossible. » Déjà un défi de conserver des Ruffier, Perrin et Gradel… « Notre objectif, c’est de ne plus avoir à vendre des Payet, Matuidi, Zouma, Goulham, Aubameyang pour équilibrer nos comptes, martèle Bernard Caïazzo. Or, aucun Qatari ou autre ne viendra à Saint-Etienne. » Pour le président du conseil de surveillance, le PSG restera une exception : « on voit ce que ça donne à Monaco. Toulouse, Bordeaux, Nice ont cherché sans trouver. Les grands mécènes ne veulent pas du modèle des clubs français, des associations de pros avec une vitrine de PME. Ils préfèrent l’Angleterre ».
L’ASSE, elle, regarde plutôt vers l’Allemagne et le développement de revenus autres qu’audiovisuels… « Notre idée, c’est un modèle de socios à l’allemande. En France, on ne peut pas faire comme en Espagne avec le public. Il faudrait une démarche boursière. Ce serait un non sens. Il ne s’agit pas de faire gagner de l’argent à des actionnaires mais de fédérer, étape par étape, notre potentiel de supporters. C’est l’objectif de la carte membre (lire par ailleurs : http://lessor.fr/asse-une-strategie-d-appartenance-9191.html). Nous visons 100 000 cartes d’ici 5 ans. En France, c’est novateur. » En Allemagne, c’est très courant. Et là-bas, le foot se porte bien, qu’il s’agisse de résultats sportifs ou financiers malgré des revenus audiovisuels moindres qu’en France.
L’ASSE essaie donc de fabriquer un modèle autre que ceux de « Rennes, Lille, Lyon, Bordeaux ou l’OM où les actionnaires contribuent directement ou indirectement sans cesse, constate B. Caïazzo, contrairement à ce que certains disent, moi et Roland ne gagnons pas de l’argent avec le club, nous prenons même à notre charge nos frais. Mais pour sa pérennité, nous partons du principe qu’il ne faut pas dépenser l’argent que l’on a pas. D’autres propriétaires de clubs finiront par se lasser et eux aussi passeront à un modèle anti déficitaire. » A l’ASSE de prendre de l’avance…

Xavier Alix



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