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L’Algérie, entre opportunités et difficultés administratives

Loire le 31 juillet 2014 - Laurent Marchandiau - Actualités - article lu 883 fois

L’Algérie, entre opportunités et difficultés administratives
La capitale Alger et son port (© Stocklib)

De par leur histoire commune, la France et l’Algérie ont conservé de nombreux liens économiques comme politiques.

Premier fournisseur pendant plusieurs décennies, l’Hexagone s’est vu ravir cette position privilégiée (11,4 % de part de marché) l’an dernier par la Chine  (12,4 % de part de marché. Quatrième client après l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne, la France demeure son premier investisseur (hors hydrocarbures) avec une présence très diversifiée en Algérie.
Pas moins de 450 entreprises françaises sont implantées sur ce pays employant 40 000 salariés soit 100 000 emplois indirects. En l’espace de 12 ans, les échanges commerciaux franco-algériens ont été multipliés par trois dépassant les 10 Md€ en 2010. L’an dernier, les exportations à destination de l’Algérie s’élèvent à 5,9 Md€. Rhône-Alpes représente un partenaire fidèle pour ce pays : 12e fournisseur avec près de 741,4 M€ de produits importés et 17e client avec 593,2 M€ réalisés à l’export en 2013 selon les données de la CCI Rhône-Alpes.

Identifier les décideurs

Pour les entreprises ayant des velléités commerciales sur le Maghreb et plus largement l’Afrique, « l’Algérie est une très bonne école particulièrement formatrice pour un nouveau vendeur », affirme Pascal Beauchamps, PDG de l’entreprise iséroise Beauchamps SA, spécialisée dans la découpe et la transformation de matières souples (joints d’étanchéité notamment). Commerçant depuis 1996 dans les pays du Maghreb, « l’important », pour lui, « est de se rendre sur place. » Comme dans toutes négociations commerciales, il s’avère nécessaire d’établir une relation de confiance avec son interlocuteur, à condition que ce soit la bonne personne. « Là-bas, tout le monde est un peu chef. Il est important de savoir si c’est un décideur », souligne Pascal Beauchamps. Ce qui est particulièrement vrai dans les entreprises publiques ou, du fait, d’une rotation importante du personnel, les entreprises doivent tenir constamment à jour leur listing d’interlocuteurs. Sans compter que culturellement, il est préférable d’envoyer une personne qui a de l’expérience, l’âge jouant un rôle non négligeable dans la tractation commerciale, tout comme connaître les us et coutumes du pays comme des entreprises locales. Être organisé et patient sont les maîtres mots pour réaliser du business avec les Algériens.
À l’image de la France, l’Algérie dispose d’un système administratif complexe. « C’est un peu comme il y a 20 ans dans notre pays », s’exclame Pascal Beauchamps. À ce titre, les règles changent souvent à la différence que les entreprises ne sont pas toujours informées en temps et en heure des modifications réglementaires et législatives. « Il n’y a aucune règle qui tient debout », précise Jean-Claude Chapuis, directeur général d’Appro Services, entreprise viennoise membre du réseau Socoda, spécialisée dans la distribution d’outillages et d’équipements professionnels pour l’industrie et le BTP. « Même en passant par le crédit documentaire permettant un paiement sécurisé, le matériel est contrôlé sur place et il faut souvent négocier afin d’obtenir la sacro-sainte réception définitive nous octroyant ainsi le paiement de la commande », explique Jean-Claude Chapuis. Et de poursuivre : « entre temps, ils peuvent demander des pièces comme des certificats. Il est nécessaire d’avoir du personnel commercial et technique sur place afin de régler d’éventuels litiges. »
La problématique de sécurisation des paiements demeure importante. « il existe deux  systèmes pour sécuriser les paiements en Algérie : la remise documentaire et le crédit documentaire (Credoc). Dans le premier cas, le paiement n’est pas sécurisé par la Banque de France. Dans ce cas, il se peut que le dédouanement se fasse seulement quand ils ont besoin de la marchandise. La remise documentaire leur évite de domicilier un dossier administratif lourd comme dans l’impose le Credoc auprès de leur banque », explique Philippe Cuilleron, PDG de Fabrique d’outillage de Saint-Étienne (FOS). Malgré ces quelques aléas, ces chefs d’entreprises sont unanimes : « les Algériens préfèrent travailler avec les Français malgré les conflits que l’on a pu avoir par le passé. Ce sont des personnes chaleureuses, conviviales à qui il faut leur porter beaucoup d’attention et de temps afin d’établir une relation sereine. Cela ne paie pas tout de suite, mais sur le long terme. Il y a du business pour tout le monde en Algérie notamment dans l’agriculture, le pays souhaitant s’affranchir de sa dépendance. »

Laurent Marchandiau


Repères :

- PIB/habitant 2012 : 5 438 $ (source Les Echos Data)
- Taux d’exportation de la France vers l’Algérie en 2013 (source : ministère des Affaires étrangères) : 5,9 Md€, 3e client de la France hors OCDE après la Chine et la Russie et 4e après l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne.
- Taux d’exportation de Rhône-Alpes vers l’Algérie en 2013 (source CCI Rhône-Alpes) : Rhône-Alpes est le 17e client avec 593,3 M€ de valeurs importés en 2013 ; + 0,6 % par rapport à 2012 ; son 12e fournisseur avec près de 741,4 M€ de produits importés (+ 23,2 %) ; plus de 450 entreprises établies en Algérie dont 32 de Rhône-Alpes tandis que 555 sociétés rhônalpines y exportent régulièrement.


Trois conseils d’ami

- Il ne faut pas hésiter à se déplacer dans le pays afin d’identifier les bons interlocuteurs.
- Les règles législatives et réglementaires changeant souvent, il est nécessaire pour les entreprises de faire de la veille juridique et fiscale.
- Le relationnel est particulièrement important. Un décideur commercial avec de bonnes compétences techniques et une connaissance du terrain, âgé, est conseillé pour les négociations.



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