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L'abstention n'épargne aucune des grandes démocraties

le 23 mars 2014 - Daniel Brignon - Agglomération stéphanoise - article lu 944 fois

L'abstention n'épargne aucune des grandes démocraties
Les urnes électorales de la ville de Saint-Etienne sont stockées dans un entrepôt dont l'adresse est gardée secrète (Photos : Georges Rivoire)

Ce sont les démocraties les plus longuement et solidement établies que « le malaise démocratique » apparaît le plus fortement, observe le sociologue Hamdi Souissi.

Hamdi Souissi prend à témoin la dégradation de la participation électorale au Canada, continue et régulière depuis 1920, passée de près de 70 % à 60 % en un siècle en moyenne, avec dans le détail des écarts de participation encore plus criants entre l’élection de 1958 (79,4 %) et celle de 2008 (58,8 %). La France est aussi épinglée, le Royaume Uni où « l’élection de 1974 a attiré 79 % des électeurs, tandis que la dernière en date, celle de 2010, a vu 65 % de l’électorat se prononcer ». « Aux Etats-Unis la moyenne de participation aux élections présidentielles des années 1960 est de 62 % et pour les années 1970, elle se situe à 54 %. » Le constat est dressé de la crise de la démocratie représentative, avant d’en rechercher les causes, d’abord sur le plan individuel. Hamdi Souissi se réfère aux théories du Public choice, qui voient dans la désaffection des urnes une attitude consumériste de l’électeur qui s’abstient de choisir un bien qui ne lui profite pas. Il la réfute, se rangeant plus volontiers à la thèse de Raymond Boudon défendant le geste de voter comme un acte de foi, un pari pascalien sur le pouvoir de sa voix individuelle.

Des déterminants sociaux ?

Quels déterminant sociaux conditionnent une attitude de retrait ? L’âge, modestement, plutôt les effets de générations, lié au changement social : retard d’entrée dans la vie active, moindre éducation politique. Le statut social joue dans une certaine mesure en défaveur « des classes inférieures », ajoute Hamdi Souissi.

Quels facteurs institutionnels sont en mesure d’infléchir la progression inexorable de l’abstention ? Hamdi Souissi les passe en revue : le vote obligatoire, décisif en Belgique remontant la participation de 11 % mais sans résorber totalement l’abstention ; la représentation proportionnelle ; la mobilisation des partis, déjà à l’œuvre ; l’information médiatique… « La majorité des facteurs observés affectent la participation de façon limitée, mais lorsqu’on les combine la participation est considérablement améliorée », conclut l’auteur qui estime prioritaire encore des « changements institutionnels adéquats » : fréquence des élections, vote postal, financement politique et un travail « d’ingénierie participative ».

Daniel Brignon



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