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Joseph Apprin, bien au-delà des clichés

Isère le 27 novembre 2015 - Xavier ALIX - Expositions - article lu 1059 fois

Joseph Apprin, bien au-delà des clichés
Musée de l'Ancien Évêché Collection Jean-Louis Roux - Une baignade dans la Drac par Jospeh Apprin

Consacrée à la photographie, la nouvelle exposition du musée de l'Ancien Évêché à Grenoble valorise l'œuvre de 1890 à 1908 d'un amateur grenoblois : Joseph Apprin. « Le spectacle des rues et des chemins », ensemble inédit de 110 clichés qui offre un témoignage unique sur la vie en Isère à cette époque. Le tout dans un style d'une surprenante modernité.

En bon bourgeois de son époque, Joseph Apprin a suivi le bon « ton ». Celui qui consiste pour un homme de son milieu durant la « Belle époque », à consacrer ses loisirs à la photographie amateur. Mais le chemin pris par Joseph Apprin diffère de celui de ses amis de la Société amateurs de photographie de Grenoble. C’est tout l’intérêt de l’exposition que le musée de l’Ancien Évêché consacre à son œuvre.

Elle aurait d’ailleurs pu être privée plus longtemps de cette postérité sans l’annulation d’un autre projet. « Nous avions programmé pour cet automne une exposition qui n’a pas pu se faire. Très rapidement, nous sommes partis sur cette nouvelle idée en travaillant sur les collections du journaliste grenoblois Jean-Louis Roux, spécialiste de la photo », raconte Isabelle Lazier, conservatrice en chef, responsable du musée. Jean-Louis Roux, qui avait d’ailleurs déjà travaillé sur une précédente exposition du musée consacrée à la photographie (« L'Isère et ses premiers photographes 1840-1880 »), avait en effet acquis auprès d’un collectionneur parisien un fonds contenant 640 négatifs sur plaque faisant apparaître des prises de vue sur Grenoble et l’Isère à la fin du XIXe siècle. Si un tiers de ces clichés était inutilisable, le musée, s’est ainsi attelé à un énorme travail de tri et d’identification (y compris de l’auteur) du printemps jusqu’à octobre. 110 photos ont ainsi été sélectionnées. La plupart prise à Grenoble et sa banlieue. Mais Joseph Apprin a aussi fait irruption dans les campagnes à la faveur de promenades que l’on imagine dominicales comme le montrent ces prises de vue au lac de Saint-Sixte, dans le Vercors, la Chartreuse ou encore l’Oisans.

« Pour identifier les lieux, la chance que nous avons, c’est que les montagnes sont toujours là. Ce qui permet de savoir si là on est au bord de l’Isère, ici au bord de la Drac, là dans tel massif, note Isabelle Lazier, certaines séquences, par exemple l’extraction de graviers dans la Drac étaient éparpillées. Un vrai jeu de piste ! Nous n’avons cependant pas pu tout localiser.» Plus difficile encore : dater. La fourchette va de 1890, début des activités de J. Apprin et 1908, son décès. Quelques clichés ne font cependant aucun doute. Par exemple ces scènes d’ouvriers au travail sur le chantier de la première version du pont de la Porte de France.

Des ouvriers saisis dans leur labeur : avec Joseph Apprin, cela n’a rien d’anodin. « Il très particulier pour son époque, explique Isabelle Lazier. Comme les autres, il met en valeur les grandes réalisations de l’Homme : monuments, ponts et immeubles, bref l’aménagement du territoire dans une cité en plein bouleversement. Il y aussi ces paysages typiques de société amateur, très picturaux. Mais là où Joseph Apprin se distingue, c’est dans les scènes du quotidien, de ville ou de campagne où il se concentre sur les personnages sans qu’ils posent.» Ce sont eux et leur activité le sujet. Une sensibilité extrêmement moderne qui a bien 20 ans d’avance sur les photos amateurs de l’époque et que l’on retrouve aussi dans ces scénettes familiales aux mises en scène originales : un enfant sur un escabeau, ses petites filles et nièces en train de jouer à la dinette. Tout cela est alors très inhabituel. C’est l’apport émouvant de Joseph Apprin au-delà même d’une fabuleuse documentation illustrée donnant parfois à voir le réel de ce qui n’avait été jusque là qu’écrit.

Xavier Alix

« Le spectacle des rues et des chemins. Joseph Apprin. Photographies (1890-1908). » Du 28 novembre au 29 mai 2016 au musée de l’Ancien Évêché 2 rue Très-Cloîtres à Grenoble. Rens. sur www.ancien-eveche-isere.fr .

L’œuvre d’un inconnu révélée

L’auteur de ces clichés, Joseph Apprin a été identifié par le travail de deux mois d’un jeune historien. Vincent Seban, en stage au musée de l’Ancien évêché a permis de donner un nom à ces images. Né en 1859 à Saint-Geoires-en-Valdaine et décédé en 1908 à Grenoble à seulement 49 ans, Joseph Apprin était greffier à Grenoble.En 1890, il adhère dès sa création à la Société amateurs de photographie de Grenoble. En membre très actif, il y fait ses premières armes de photographe, pas seulement sur les prises de vue aussi sur le développement et le tirage. A noter une publication issue de l'exposition : Le spectacle des rues et des chemins. Joseph Apprin. Photographies (1890-1908), éditions Musée de l’Ancien Évêché,  120 p. illustrées, 16 €.



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