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Jean Xhemal : à bonne allure

Loire le 14 août 2014 - Mathieu Ozanam - Actualités - article lu 1683 fois

Jean Xhemal : à bonne allure
(D.R.)

Un sport de filles le cheval ? Certes la Fédération française d’équitation compte 558 000 femmes licenciées contre 128 000 hommes, mais quand on interroge Jean Xhemal, il hausse les épaules.

Lui-même figure avec un autre garçon au milieu de 34 demoiselles dans le tableau d’honneur de la saison 2014 de la tournée des As poney.
Il tente un semblant d’explication, sans doute un peu pour faire plaisir au journaliste qui est en face de lui : « c’est peut-être parce qu’elles aiment être près des animaux, c’est le côté sensible des filles. » Mais pour tout dire, ce n’est pas vraiment pour lui un problème existentiel, ni même un problème tout court d’ailleurs. Il ne s’est tout simplement jamais posé la question comme cela. « Le monde du poney est souvent féminin, mais il y a plus d’hommes dans le monde du cheval. » Giscard président avait abaissé l’âge de la majorité de 21 à 18 ans. En équitation c’est à 16 ans que l’on doit quitter l’un pour l’autre, tout du moins en compétition avec pour conséquence de se retrouver confronté à de bien plus âgés que soi.
Jean Xhemal a 15 ans et déjà derrière lui un beau palmarès. Il a passé sans attendre la limité d’âge dans la catégorie supérieure. Petit coup d’œil sur ses récents résultats : l’an dernier en juin à Wierden aux Pays-Bas il a fini 7e du Grand Prix du CSIOP (Concours de saut international officiel poney) avec sa ponette Nymphe du Sud, sur 35 participants. En décembre 2012, il avait terminé 1er prix du « Grand Prix Jeunes 130 Vitesse » organisé au salon du cheval de Paris. En février 2013 au « Jumping international » de Bordeaux il obtient la 4e place. A Equita Lyon, l’entraîneur de l’équipe de France poney le remarque et l’invite à suivre les entraînements à Fontainebleau et à participer à des compétitions de l’Equipe de France.

« Ça ne sert à rien de se dépêcher »

De belles performances pour Jean qui a « commencé la compétition plus tard que les autres », explique-t-il. « Vers l’âge de 9-10 ans ». Non qu’il s’en vante, mais parce que c’est comme cela. Et pourtant l’équitation il baigne dedans depuis tout petit. Son grand-père Pierre, son oncle Yvan et son père Xavier ont ouvert à trois le centre équestre d’Unieux en 1988. « Quand on a créé le centre équestre d’Unieux, il y avait deux structures dans la région », décrit Xavier Xhemal. « On était en compétition tous les week-ends en circuit pro, c’était normal pour lui de me voir. » Pour autant le père de Jean, et son entraîneur en titre, n’a pas poussé son fils à s’inscrire dans les pas familiaux. « Ça ne sert à rien de se dépêcher. La compétition n’est pas une fin en soi. On est d’abord là pour apprendre à faire du cheval. Ma motivation, c’est de le voir avec le sourire. Que l’on ait gagné ou pas. Quand on est là-dedans depuis longtemps, on garde la tête sur les épaules. J’en vois tellement des parents qui s’emballent ! »
Et puis être bon cavalier ce n’est pas le tout : il faut encore trouver « le bon cheval au bon moment ». Une condition nécessaire mais pas toujours suffisante. Car le père de Jean le dit en toute franchise : quand un poney ou un cheval fait de bonnes performances, il se fait remarquer et attire l’attention d’acquéreurs potentiels. Compte tenu de la difficulté de tenir un centre équestre et de l’exigence de la compétition, il est bien souvent plus sage de se résoudre à se séparer de l’animal.
Jean Xhémal sait bien que pour continuer à faire de la compétition, « il faut avoir le temps et des moyens financiers ». Il préfère parler de la « sensation qui monte » à l’approche du début de la compétition, de la « confiance réciproque » entre le cavalier et sa monture. Il sait qu’il a encore  des progrès à faire : « je me mets trop en avant. Il faut rester souple et bien se tenir devant l’obstacle ». Lors du Jumping international à Grenoble fin juin, il a terminé 2e le premier jour, 4e de la plus grosse épreuve le deuxième jour, 6e le troisième jour, mais s’est trouvé confronté à un refus d’obstacle lors du Grand Prix. « On a mal formé l’abord avant l’obstacle. J’ai fait une faute de sortie de virage : je n’ai pas gardé le bon galop ». Conclusion pleine de sagesse/résignation : « ça apprend la patience. C’est un couple que l’on forme avec le cheval ». Bien sûr qu’il a encore à apprendre, mais son père trouve qu’il est « archi-doué. Aujourd’hui il est dans les meilleurs dans la Loire »
En arriver là implique des sacrifices. Il n’est pas abonné aux grasses matinées sauf peut-être quand il est en vacances dans le sud de la France. « Parfois j’en ai un peu assez, convient-il doucement. On ne peut pas dire qu’on ne va pas monter un jour. Il faut sortir les chevaux tous les jours pour que les muscles restent souples. »
Et puis il y a les compétitions qui obligent souvent à faire sauter les cours au lycée Saint-Paul à Saint-Etienne. « Sur les 52 week-ends de l’année, il a été en concours 95 % des week-ends », évalue son père. Mais bien sûr, après il faut rattraper les cours. « Je l’ai poussé parce que jusqu’à présent je savais qu’il avait le temps. Mais si sa carrière de cavalier devait s’arrêter demain, ce serait déjà quelque chose d’exceptionnel ce qu’il a fait. Il faut prendre les choses comme elles arrivent… en même temps les choses n’arrivent pas par hasard. » Jean va entrer en 1re S l’an prochain. « Le lycée, ça va », dit-il simplement. Et son avenir ? Le voit-il dans l’équitation ? « Je ne pense pas. Continuer à monter oui, mais en travaillant dans un autre domaine. » Il se verrait bien faire des études de médecine. Mais pas vétérinaire.

Mathieu Ozanam


Date :
27novembre 1998

Lieu :
Firminy

Ambition :
Plus tard j’aimerais faire de très grosses épreuves comme les grands cavaliers,  voire faire les plus importantes telle que les CSI 5

Citation :
« L’expérience, c’est le nom que chacun donne à ses erreurs »



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