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Jean-Paul Rahon, le tram de sa vie

Loire le 30 avril 2015 - Florence Barnola - Actualités - article lu 762 fois

Jean-Paul Rahon, le tram de sa vie
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Jean-Paul Rahon a le tram dans la peau. Il est l'ingénieur et urbaniste qui a redessiné Saint-Etienne depuis plus de 40 ans en traçant ses lignes de tram. Il est l'un des fondateurs du musée des transports urbains dont il est le président.

Inauguré en 1993, le musée des transports urbains de Saint-Etienne prend place dans un hangar de 1 200 m2 sur le site de la Stas à Saint-Priest-en-Jarez. « Il a fallu deux ou trois ans pour faire les aménagements », raconte celui qui est devenu le président en 2000 de cette association de passionnés, gérant le lieu et mettant à disposition du public leurs collections personnelles. « J’ai soufflé l’idée d’un musée au président du syndicat intercommunal. Nous sommes la seule ville de France à avoir gardé sans interruption nos trams en centre-ville.»
Jean-Paul Rahon est né dans le Cantal mais a grandi à Saint-Etienne. « Quand mon père me baladait dans Saint-Etienne, il y avait encore des trams dans pratiquement toutes les rues. » Une obsession va se développer chez ce petit garçon qui le conduira bien plus tard à dessiner et prolonger le réseau de tram que nous connaissons aujourd’hui. « J’ai un parcours un tout petit peu folklo… », confie malicieusement l’ingénieur urbaniste dans un rire étouffé, assis face au PCC, fameux tram jaune aux liserés verts. « En préparant ma licence d’Histoire-géographie, je me suis intéressé à l’évolution des villes donc aux moyens de transport », poursuit-il marquant des pauses dans la conversation.

Séance de rattrapage

En 1965, devant effectuer son service militaire, il enseigne l’Histoire-géographie dans une école de sous-officiers à Issoire. « J’avais du temps libre. J’ai fait alors toute une série de maquettes et de propositions d’aménagement de la Grand’Rue. » En 1967, libéré de ses obligations militaires, il demande une entrevue au maire stéphanois d’alors, Michel Durafour, pour lui présenter son projet. « Je me suis fait jeter, » raconte-t-il finissant sa phrase dans un rire étranglé, plongeant son interlocutrice dans des réminiscences télévisuelles d’Alain Chabat grimé en savant espiègle. Jean-Paul Rahon propose alors ses maquettes au directeur départemental de l’équipement, le service qui contrôle le réseau. « Il m’a pris au sérieux et j’ai eu droit à une séance de rattrapage », narre-t-il, l’œil pétillant, avec force détails, prêt à lâcher un rire raclant les poumons. Ses interlocuteurs emballés l’embauchent et l’inscrivent à l’Ecole nationale des ponts et chaussées. Deux ans plus tard, le Stéphanois d’adoption en sort ingénieur et employé de l’Etat. « J’ai toujours dépendu des Ponts et chaussées et j’ai été pratiquement toute ma carrière mis à disposition du réseau, du syndicat intercommunal, à Nantes, à Strasbourg, à Bordeaux… J’ai fini ma carrière à Saint-Etienne Métropole où je supervisais tout ce qui était transports urbains.  »

Gare de Carnot : pour la couleur « c'est pas moi ! »

Sur son bureau sont rangés en pile des registres de la CFVE  (compagnie des chemins de fer à voie étroite) qui officia jusqu’en 1981, année où la Stas fut créée. « Autrefois il y avait 110 km de lignes de tram. Aujourd’hui, il y en a 11,9 km. Si on n’avait pas eu dans les années 50 un directeur du réseau fana de tram, on n’aurait plus de tram du tout », raconte celui qui a tracé les lignes de tram à Saint-Etienne. « Tous les aménagements de la Grand’rue, les prolongements ont été dessinés en 1975. J’ai fait le projet de mise en site propre de la totalité de la ligne entre Bellevue et la Terrasse, à l’époque tout était mélangé avec les voitures. J’ai prolongé la ligne existante en reconstruisant des bouts qui avaient été abandonnés entre Bellevue et Solaure, autrefois c’était la ligne de Firminy . De l’autre côté de la ligne, j’avais imaginé un prolongement en vue de la construction de l’Hôpital Nord… » cette partie ne s’est faite qu'en 1990. On lui doit également la deuxième ligne de tram entre la place du Peuple et la gare de Châteaucreux : « Je l’ai proposée en 1978. Elle n’intéressait pas beaucoup de monde. Comme côté élus je sentais que ça allait être difficile à faire accepter, j’ai trouvé une solution de rechange : construire une gare à Carnot. La couleur, ce n’est pas moi…» Homme d’anecdotes et de détails, il enchérit : « Ce n’est pas une gare SNCF mais de tramway, elle a été construite par le Siotas. C’est la seule gare de France qui n’a pas de toilettes. » Pour autant, le projet de la ligne desservant Châteucreux a depuis vu le jour : « Ce qui n’était pas prévu c’est qu’elle passe par le cours Victor-Hugo. C’était une idée de Michel Thiollière qui a absolument voulu que le tram passe par là pour redynamiser la rue. »
Jean-Paul Rahon bien qu’à la retraite depuis dix ans, n’est pas étranger au projet de la future ligne qui ira jusqu’au quartier du soleil. « Il y a trois tracés. Un correspond à ce que j’avais proposé en 1978. La ligne part de la rue Claude Odde, dessert le parking du stade Geoffroy Guichard, la zone du Technopôle, le soleil avec trois variantes. Moi, je n’avais que deux variantes. La troisième a été pensée par la Ville de Saint-Etienne… » Le premier tram électrifié, à l’armature de bois, est éclairé par le soleil traversant de par et d’autre le musée tandis que son président suspendant son discours reste plongé dans un souvenir, les yeux fixés sur la carrosserie avant d’une motrice Alsthom-Vevey.

Florence Barnola
 

Date : 1958, l’arrivée des trams PCC

Lieu : Saint-Etienne

Personnalité :  Henri Desbarres, le directeur du réseau de Saint-Etienne qui a sauvé la ligne Bellevue-Terrasse

Phrase : Le tram à Saint-Etienne est un ascenseur horizontal

Ambition : Faire connaître la longue marche pour arriver à faire réintroduire le tram en France



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