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Jean-Louis Gagnaire (PS) : « Ne pas affoler les Français et de ne pas ajouter la crise politique à la crise économique »

Loire le 25 août 2014 - Mathieu Ozanam - Agglomération stéphanoise - article lu 859 fois

Sur le fond Arnaud Montebourg a-t-il raison de demander à ce que le gouvernement donne « la priorité à la sortie de crise » et à « faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits » ? Qu’il y ait des débats c’est normal, mais là il y a eu une orchestration incroyable avec le disours de Frangy-en-Bresse.

Sur le fond Arnaud Montebourg a-t-il raison de demander à ce que le gouvernement donne « la priorité à la sortie de crise » et à « faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits » ?

Qu’il y ait des débats c’est normal, mais là il y a eu une orchestration incroyable avec le disours de Frangy-en-Bresse. Parler d’austérité ça me paraît être un abus de langage. Il suffit de voir ce qui se passe dans les pays du sud pour voir ce que veut dire l’austérité : en Espagne le PIB a baissé de 20 % avec un chômage de 20 %. Les traitements des fonctionnaires ont été diminués et les pensions de retraites ont été gelées. Ce n’est pas ce que nous avons en France.

Lors de la primaire avant l’élection présidentielle Arnaud Montebourg aurait pu rallier Martine Aubry. Il a préféré François Hollande, c’était en connaissance de causes. Il a lui-même participé à la politique de ce gouvernement d’abord comme ministre du Redressement productif puis avec des compétences élargies à l’Economie ensuite.

Les résultats de la politique de François Hollande tardent cependant à montrer leurs effets sur la croissance et sur le niveau du chômage ?

On sait qu’il y a beaucoup d’inertie dans les systèmes, mais le chemin pour le gouvernement est extrêmement étroit. Je rappelle tout de même que l’on a atteint 2 000 Md€ de dette. Ça peut exploser n’importe quel moment ! François Hollande a hérité de cette situation de Nicolas Sarkozy qui a doublé la dette pendant son quinquennat. On n’échappera pas à une réduction des dépenses publiques. Je le dis clairement : je suis pour ma part partisan d’une politique à la Schroeder qui a ensuite donné les résultats que l’on connaît en Allemagne. Mais il faut avoir conscience que plus on attend et plus les marges de manœuvres vont se réduire.

Arnaud Montebourg a appelé à « hausser le ton » vis-à-vis de l’Allemagne. Il n’est pas le seul à le dire même si c’est sous une forme moins directe...

L’Allemagne ne pourra pas continuer comme cela sans fin quand il y a une telle disparité en Europe, notamment avec les pays du Sud. Il faut faire en sorte que les autres pays ne s’écroulent pas. Bien sûr qu’il faut négocier, mais on ne peut le faire qu’en position de force. Je crains que dans les semaines qui viennent cela ne soit très difficile.

Un gouvernement Valls 3 aura-t-il les moyens de mener sa politique avec une majorité loin de lui être acquise ?

Ne pas accorder la confiance au gouvernement, on en connaît déjà les conséquences : c’est la dissolution. Les députés doivent savoir s’ils se trouvent dans la majorité ou en dehors. Notre avenir est très lié aux uns et aux autres. On a le droit de discuter, je ne suis pas de ceux qui sont tombés en extase devant François Hollande je suis donc très à l’aise pour en parler, mais il y a un principe de solidarité avec la majorité à laquelle on appartient. Certains n’ont pas encore compris qu’ils ont été élus en 2012 grâce à François Hollande. Je pense qu’on a le devoir de ne pas affoler les Français et de ne pas ajouter la crise politique à la crise économique. Ça ne contribue pas à rendre la confiance aux Français.

Dans le cas d’une dissolution quelle serait la situation ?

On parle d’austérité avec le plan d’économies du gouvernement de 50 Md€, mais l’UMP propose un plan alternatif à 130 Md€ ! Je prends aussi très au sérieux le sondage réalisé par l’hebdomadaire Marianne cet été qui met Marine Le Pen à 26 % et Nicolas Sarkozy à 25 %. Et dans le cas d’un second tour à l’élection présidentielle Le Pen-Sarkozy je ne suis pas sûr que les électeurs de gauche voteraient pour un candidat de droite après le précédent de 2002.

Propos recueillis par Mathieu Ozanam

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