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Musique classique : Jean-François Zygel, l'improvisateur

le 07 mars 2015 - Daniel BRIGNON - Musique - article lu 234 fois

Musique classique : Jean-François Zygel, l'improvisateur
Thibault Stipal

Le pianiste et compositeur Jean-François Zygel effectue une tournée dans la région avec l'Ensemble orchestral contemporain. Une série de concerts exceptionnels tous uniques tant ils seront portés par un vent de liberté. Rencontre.

Vous allez jouer avec l’EOC de Daniel Kawka, ce sont des retrouvailles ?

Je connais depuis longtemps Daniel Kawka, nous avons été lauréats la même année de la fondation de France, moi comme compositeur et lui comme chef d’orchestre. Je suis ravi de le retrouver, c’est quelque chose d’émouvant.

Cette suite de concerts est placée sous le signe de l’improvisation ?

L’improvisation, c’est mon métier. Je fais partie de cette espèce rare de pianistes classiques qui improvisent, quand la plupart interprètent. C’est le prolongement d’une tradition ancienne des XVIIe et XVIIIe siècles.

Vous écrivez néanmoins des œuvres ?

Ma vie se partage entre l‘écrit et l’oral, autrement dit l’écriture et l’improvisation. Il s’agit de faire se rencontrer ce jaillissement, cette créativité que l’on a dans l’improvisation avec la rigueur et l’exactitude de l’écrit.

À l’exemple de ce concert qui s’ouvrira avec l’une de vos pièces ?

Un concerto totalement écrit dans sa partie orchestrale sur lequel je vais improviser au piano. La suite du programme, Tierkreis, une pièce de Stockhausen, est aussi en grande partie improvisée. Quant à la pièce suivante de John Adams elle est totalement écrite mais son inspiration vient du jazz, dont on connaît la liberté d’improvisation. La toute fin du concert sera totalement improvisée. 

Entre vous au piano et l’orchestre. C’est un autre genre d’exercice ?

A la fin ce sera un boeuf, une improvisation partagée, comme un dialogue entre les musiciens. C’est comme faire l’amour : on se met à nu métaphoriquement. Chaque concert de la tournée sera pour cela unique et ne se reproduira pas.

Vous aimez casser les cadres, entre classique et jazz par exemple ?

Depuis très longtemps le jazz est en dialogue avec la musique classique. Stravinsky, Ravel, l’ont intégré à leur écriture. La musique classique s’est nourrie de la musique populaire sauf peut-être une musique bourgeoise qui se complait dans ressassement de la musique du XVIIIe. Je suis d’accord sur l’idée que la musique classique vienne puiser dans l’énergie du jazz mais non sur l’expression de casser les cadres ou les codes. La musique classique n’est pas codée comme la chanson par exemple, un genre très codé. La musique classique est très ouverte, c’est une musique vivante.

Comment définissez-vous la musique classique ?

Le mot classique est ambigu, il a deux sens. Le premier désigne la musique de la  deuxième moitié du XVIIIe siècle par opposition à la musique baroque et la musique romantique. Dans un autre sens classique est synonyme de musique savante, par opposition à musique populaire. J’apporterai une nuance à cette acception : la musique classique est pour moi ce qui représente l’art, et le reste le divertissement. La chanson, la musique à danser, la musique d’ambiance, que je trouve tout aussi formidables, accompagnent la vie, elles répondent à une fonction. Dans la musique d’art, on expérimente, on crée des univers, des mondes nouveaux. Elle change la vie.

Vous êtes aussi un « passeur », en popularisant la musique classique ?

Chaque été je fais effectivement deux ou trois émissions sur France 2. Je ne suis pas le seul, Nathalie Dessay a une quotidienne sur Inter, ainsi que Philippe Cassard… Aujourd’hui les créateurs partagent et expliquent leur art, comme un grand cuisinier aime à partager avec vous ce qu’il a mis dans ce plat et comment il l’a préparé. L’artiste du XXIe siècle est un artiste qui se préoccupe de transmission et de réception de son oeuvre. Je ne dirai pas pour autant qu’il est un « passeur », il partage : créer et transmettre participent du même mouvement.

D’ailleurs dans vos concerts vous vous adressez au public, ce sera le cas ?

Je dirai certainement quelques mots entre les pièces car ce que je n’aime pas dans les concerts classiques c’est l’enchaînement des pièces : on sort d’une émotion et on n’a pas forcément envie d’entrer tout de suite dans une autre. Quelques paroles entre les pièces, comme une petite virgule, c’est nécessaire.

Propos recueillis par Daniel Brignon

« Carte blanche à Jean-François Zygel », avec l’Ensemble orchestral contemporain, direction Daniel Kawka

Programme :
Jean-François Zygel : Concerto « ouvert », pour piano et ensemble (2014).
Karlheinz Stockhausen : Tierkreis, pour hautbois, clarinette, percussions et basse électrique (1974).
John Adams : Son of chamber symphony, pour 16 musiciens (2007).
Jam session : séance d’improvisation avec Jean‐François Zygel et les musiciens de l’EOC.

Tournée :
Jeudi 5 mars à 20 h, La Rampe d'Échirolles.
Vendredi 6 mars à 20 h 30, Théâtre de Villefranche-sur-Saône.
Samedi 7 mars à 20 h, Théâtre du Parc à Andrézieux-Bouthéon.
Vendredi 20 mars à 20 h 30, Théâtre de Roanne.
Dimanche 22 mars à 17 h, Théâtre de Bourg-en-Bresse.
Mardi 24 mars à 20 h, Grand Angle de Voiron.
Samedi 28 mars à 18 h, Auditorium de Lyon.



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