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Jean-François Barnier (AFM42) : « A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles »

Loire le 25 novembre 2015 - Mathieu Ozanam - Société - article lu 401 fois

Jean-François Barnier (AFM42) : « A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles »
Georges Rivoire - Jean-François Barnier : « Ce vade-mecum était attendu par tous les maires »

Après l'instauration de l'état d'urgence par le président de la République, le préfet de la Loire a reçu les maires pour leur présenter les dispositifs mis en place. Jean-François Barnier, président de l'Association des maires de la Loire (AMF 42), réagit à l'actualité de ces derniers jours.

Lors du rassemblement des maires, le président de l’AMF a rendu public le « Vade-mecum de la laïcité » qui était en préparation depuis plusieurs mois. Il était nécessaire de rappeler les règles de la laïcité ?

Ce vade-mecum était attendu par tous les maires. Il faut insister sur le fait que la laïcité c’est une protection pour ceux qui croient, comme pour ceux qui ne croient pas. Les maires sont confrontés chaque jour à des situations où la laïcité est interrogée.

Par exemple pour la restauration scolaire, l’AMF rappelle que l’obligation alimentaire incombe aux familles et non aux communes. La restauration scolaire, lorsqu’une commune a fait le choix de la mettre en place, répond aux impératifs suivants : assurer aux enfants de pouvoir manger et « bien manger » d’un point de vue nutritionnel, le midi, au cours d’une pause agréable et conviviale ; appliquer la réglementation relative à la qualité nutritionnelle des repas ; faire l’apprentissage du goût et de la diversité des saveurs. Il appartient donc aux parents d’inscrire ou non leurs enfants à la cantine en ayant connaissance des menus qui y seraient servis. Les familles doivent s’adapter aux règles prévues dans le règlement intérieur de l’école républicaine et laïque et non l’inverse.

Lors de l’assemblée générale de l’AMF de la Loire en avril, le sujet de la déscolarisation avait été abordé. C’est une question qui vous préoccupe ?

Absolument, je l’ai déjà dit au conseil départemental de l’Éducation nationale. Je ne peux pas admettre que l’on puisse accepter que des enfants soient déscolarisés. Si on n’a pas confiance en l’école laïque de notre pays on n’a, d’une certaine façon, plus sa place dans la société. Ces questions ne relèvent pas des maires, mais de l’Éducation nationale, c’est pourquoi le président de l’AMF, François Baroin, s’est adressé au ministre en charge de l’Éducation nationale sur ces sujets. Certes on peut avoir de l’école à distance, mais cela ne doit pas profiter à des minorités qui veulent se mettre hors de l’Etat et de la laïcité française.

La loi qui porte interdiction du port du voile et des signes religieux date de 2004, vous estimez que le climat s’est tendu depuis cette date ?

Oui, tout à fait. C’est incroyable les demandes de dispense pour que des enfants ne participent plus à des cours de gymnastique, ne fassent plus de la musique. Cela arrive malheureusement dans les cas les plus extrêmes, les professeurs et les instituteurs font ce qu’ils peuvent, mais on se sent désarmés. On constate que le nombre de cas double pratiquement chaque année, cela fait vite effet boule de neige. Ce qui était un cas isolé ne l’est plus aujourd’hui dans la Loire. Il faut absolument que le législateur se penche sur ces sujets-là. On sent bien que c’est une forme de radicalisation qui se développe. Et en plus on ne demande même pas son avis à l’enfant !

Le préfet a réuni les maires de la Loire la semaine dernière pour rappeler les dispositions prises à la suite de l’instauration de l’état d’urgence. Quelle est votre réaction ?

C’est à la demande du président de la République qui avait invité l’ensemble des préfets que les maires ont été réunis. Nous étions tout de même déjà en Vigipirate, et là c’est renforcé. Je pense pour ma part que à situation exceptionnelle il faut des mesures exceptionnelles. Le chef de l’Etat et le gouvernement ne sont pas à la tête d’une dictature qui va rogner toutes nos libertés tout de même. A force de donner trop de libertés, on se trouve démuni contre les fanatiques. Cette reprise en main pour 3 mois ne gêne pas les élus que nous sommes. Cela peut gêner une petite frange de la population, toujours bien pensante, mais j’ai vu un sondage qui indique que ces mesures sont bien comprises par les Français. Il faut les maintenir jusqu’au point de juguler ces fanatiques qui viennent chez nous avec des discours, avec une radicalisation, une pression sur notre jeunesse qui n’est pas acceptable.

Autre sujet, mais que certains associent aux attentats : les réfugiés. La France doit-elle revoir sa position quant à leur accueil ?

J’ai toujours dit qu’il revenait à l’Etat d’organiser cet accueil. Il faut que la répartition se fasse de façon équitable d’un point de vue géographique sur le territoire français. Et la Loire n’est pas à part du territoire national. Mais au final on constate qu’il n’y a pas tant de réfugiés que cela. Dans ma commune (au Chambon-Feugerolles, Ndlr) nous avons prévu deux appartements. Trois réfugiés devaient venir la semaine dernière, que l’on n’a pas vus et un qui devrait venir cette semaine.
Dans le cadre de mes fonctions au sein du Comité des Régions, je suis allé visiter le centre de rétention de Calais en septembre. En principe les Syriens cherchent à aller en Allemagne ou en Angleterre où ils ont beaucoup de famille, la France les intéresse moins. Il faut tout de même avoir à l’esprit que l’immense majorité de ces personnes, ce sont des pauvres gens qui sont obligés de quitter leur pays. Ils sont plus à plaindre qu’à blâmer. On ne quitte pas son pays comme cela par plaisir.

Propos recueillis par Mathieu Ozanam

Le préfet de la Loire reçoit les maires

Le préfet de la Loire, Fabien Sudry, a convié les maires en préfecture vendredi 20 novembre pour leur présenter la déclinaison territoriale de l’état d’urgence et la mise en œuvre des dispositions du plan Vigipirate renforcé. 200 maires étaient présents à la rencontre destinée à « favoriser une coopération efficace à la hauteur des enjeux que connaît notre pays ».
Si l’état d’urgence « ne touche pas au pouvoir de police des maires », le préfet les invitait à « coopérer » sur plusieurs points, d’abord dans la lutte contre la radicalisation : « identifier les personnes qui présentent une évolution radicale » ; ensuite dans la « sécurisation des rassemblements ». Si le préfet considère « judicieux et utile que la vie collective continue », il invite à « poursuivre sur cette voie avec des précautions particulières, en priorisant l’action des forces de l’ordre ».

Daniel Brignon



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