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Jean Dasté, le destin d'un comédien

Loire le 16 octobre 2014 - Daniel Brignon - Spectacle, Théâtre - article lu 1289 fois

Jean Dasté, le destin d'un comédien
Archives départementales de la Loire 8ETP147

Il y a juste 20 ans, le 15 octobre 1994, disparaissait Jean Dasté à l'âge de 90 ans. Pionnier de la décentralisation, il a fondé le 2e Centre dramatique national, la Comédie de Saint-Etienne, née en 1947, qu'il a dirigée pendant un peu plus de 20 ans. Le chef de troupe et metteur en scène s'est toujours considéré avant tout comme un comédien.

La mère de Jean Dasté, qui aurait voulu être comédienne, le faisait réciter des poèmes et l’inscrivit à 13 ans, en 1917, à un cours de diction, donné par un comédien de la Comédie française. C’est lui qui l’introduira au théâtre du Châtelet où à quatorze ans et demi il est embauché pour jouer de petits rôles. Ce n’est pas là que s’éveillera véritablement son goût pour la scène mais à l’école du Vieux Colombier où il se présente en 1922, un jour d’octobre « décisif pour ma destinée de comédien », écrira-t-il. Il est reçu par Jacques Copeau qui l’engage aussitôt. Jean Dasté y fait son apprentissage et s’en va hors de Paris partager  l’aventure des Copiaux en Bourgogne que dirigeait aussi Jacques Copeau engageant une première tentative de décentralisation théâtrale. A l’issue de cette expérience en 1931 Jean Dasté joue dans la compagnie des Quinze, mais de manière irrégulière heureusement suppléée par des engagements au cinéma. Il joue successivement dans deux films de Jean Vigo, Zéro de conduite et L’Atalante, et en quelques années il apparaît dans plusieurs films de Jean Renoir, dont La Grande Illusion, Boudu sauvé des eaux, le Crime de M. Lange.
Avec deux autres comédiens il constitue une troupe, la compagnie des Quatre saisons, qui jouera deux saisons à New-York, puis un théâtre ambulant la Saison nouvelle qui emmène dans les campagnes Molière ou Marivaux. Son désir de s’éloigner de Paris sera comblé quand il est appelé à Grenoble pour prendre la tête d’une première troupe décentralisée. La résidence à Grenoble sera de courte durée, deux ans, après quoi, le maire de Grenoble refusant la subvention qui conditionne l’aide de l’Etat, la troupe se fixe à Saint-Etienne, en 1947, constituant l’un des premiers centres dramatiques nationaux.
C’est avec peu de moyens que Dasté commence à installer un théâtre sans murs, avec le grenier de l’école  des Mines pour monter les spectacles, et des salles éparses au fil de tournées dans le département et les départements voisins, enfin les places publiques de Saint-Etienne l’été où les représentations prenaient l’allure d’une fête. Le théâtre, il l’a eu plus tard au Mutilés du travail après que le projet de la maison de la culture de Saint-Etienne créée pour qu’il s’en empare lui échappe finalement.
Jean Dasté monte les grands classiques de Molière à Shakespeare. Il a découvert Brecht et monté pour la première fois en français Le cercle de craie caucasien créé en 1956 tourné en France et au-delà. Ce fut un tournant, dit-il, pour la Comédie de Saint-Etienne, et pour lui dans sa conscience de comédien qu’il questionne tout au long de sa carrière. La distanciation brechtienne l’a interrogé sur son propre métier. La distance entre le comédien et le personnage qu’il faut établir : « tu devrais te fiche de toi pour laisser venir “l’autre“ », disait-il aux jeunes comédiens, et laisser monter, « l’évolution lente, complexe, imprévisible des personnages ». Il s’agit pour le comédien d’être « disponible » en écartant tout projet de « bien faire » et se laisser « porter hors de lui-même ». Tout un programme que Dasté s’est appliqué à poursuivre après s’être libéré de la direction de la Comédie en 1970 à travers des spectacles en solo, des récitals de poèmes et jeux de masques qu’il a continué à produire sur de grandes et petites scènes en familiarité avec le public. « Le comédien lorsqu’il joue, écrit Dasté, est relié par un fil mystérieux à tous les spectateurs, il a besoin d’eux pour que son personnage s’éclaire, s’élance, invente, improvise, se découvre lui-même, pour qu’enfin il s’épanouisse. » Cette phrase sera retenue comme ultime message sur la stèle qui lui est dédiée à Saint-Etienne.

Daniel Brignon

 

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Hommage

Le nom de Jean Dasté a été donné à un collège stéphanois, à la salle de spectacle à Rive-de-Gier et au théâtre de la Comédie de Saint-Etienne après sa rénovation. Le théâtre Jean-Dasté avait été inauguré par Jack Lang, ministre de la Culture, en 1981.
La ville de Saint-Etienne a rendu hommage à Jean Dasté en élevant sur le parvis de la médiathèque Tarentaize en 1997 une stèle portant une sculpture de Roger-Louis Chavanon, qui illustre le comédien dans le jeu.
Pour l’anniversaire de la mort de Jean Dasté cette année pas d’hommage qui ne se soit concrétisé si ce n’est une soirée d’hommage le 6 décembre 2014 à la médiathèque d’Ivry-sur-Seine, à l’initiative de sa fille Catherine Dasté.



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