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Janot à la hauteur, toujours et encore

Loire le 10 juillet 2014 - Xavier Alix - Agglomération stéphanoise - article lu 1970 fois

Fini Spiderman.

Voici Batman. Au Club 42 d’Andrézieux, Jérémie Janot sort d’une réunion de travail en bermuda, s’excuse de sa poignée de minutes de retard et propose un café qu’il fait et sert lui-même plutôt que de sonner un employé. Passer de la lumière à l’ombre ? Pas de quoi couper ses ailes. « Je vis ça très bien. » Car « bien sûr que c’est fini. Je vais avoir 37 ans… J’ai bien eu quelques sollicitations, des états-Unis par exemple… En fait c’était clair dans ma tête depuis le dépôt de bilan du Mans (liquidation judiciaire prononcée le  15 octobre 2013, Ndlr). Ça a été comme un signe…»

C’est donc dans la Sarthe que l’emblématique gardien vert aura achevé son parcours atypique. Plus de 2 ans après son départ de l’ASSE, l’ex portier provoque encore des débats passionnés sur la toile. Le fait qu’il ait marqué l’Histoire de ce club, son club, n’en fait aucun. Parce que n° 1 des matchs disputés au poste de gardien avec 386 apparitions. Devant le mythique Curkovic. Parce que fidèle depuis l’âge de 15 ans à ses murs qui l’ont formé. Parce que 16 saisons consécutives en pros. Parce qu’un côté excentrique et déconneur assumé devant les caméras. Aussi rare dans le foot moderne qu’une coupe de cheveu sobre et symbolisé par cette tenue de Spiderman lors d’une réception d’Istres en mai 2005. Parce que supporter autant que joueur. Parce que record d'invincibilité à domicile en L1. Parce que performances de haute volée. Parce que style atypique. Parce que taille atypique…

Cette fameuse taille… Son mètre 76 l’aura poursuivi toute sa vie de joueur dans un milieu où le dogme n’accorde de crédit qu’aux gardiens de plus d’1 m 80. Pas vexé, Janot en parle volontiers : c'est une constante  « source de motivation, dit-il, à chaque palier à franchir, on me balançait : “là ça va mais au-dessus, ça passera pas“. C’est toujours passé. Chaque nouvel entraîneur doutait. Chaque nouvel entraîneur m’a fait jouer. » Il les énumère, donne l’addition : « j’en ai connu 18 à l’ASSE (intérims compris, Ndlr) ! On m’a longtemps répété que je ne ferai pas carrière, alors, aucun regret. »

« Je serai entraîneur des gardiens de l’ASSE »

Pas d’aigreur donc. Pas même quand un certain Ruffier le détrône de son statut acquis de haute lutte en 2002/03 après 6 ans surtout sur le banc. Acquis et entretenu par le travail acharné, les sacrifices. « J’aime me faire mal à l’entraînement, j’ai besoin de me dépenser à fond. Je continue à m’entretenir avec un coach personnel. Stéphane ? Galtier m’avait dit que je serai n° 1 tant qu’il n’aurait pas réussi à faire venir ou lui ou Douchez. Je n’ai pas été pris en traître. Le club franchissait un pallier, Stéph' était meilleur. Point. Après, des médias voulaient une guerre. Le piège était prévisible, on n’est pas tombé dedans. Si je suis parti, c’est que le terrain me démangeait, c’est tout. » Sans rancune donc : parmi d’autres, le maillot du n° 2 des Bleus décore un mur du Club 42.

Le « retraité » Janot ne manque pas d’activités. Un peu de politique déjà, en tant que président du comité de soutien de la liste UMP-UDI aux municipales stéphanoises. Soutien hérité d’un autre : celui à Bayrou aux présidentielles de 2012 puis transféré à Gilles Artigues, longtemps lieutenant local du Béarnais. Et en 2014 n° 2 de la liste Gaël Perdriau : « ce sont des hommes que je soutiens, pas un parti », avertit-il. Et pas de strapontin à l’hôtel de ville à l’instar d’autres anciens Verts populaires : Guillou, Revelli... Sa principale occupation ? Les  6 000 m2 de son Club 42. Salle omnisports, très marquée foot à cinq cependant et dont il a eu l’idée. Ouverte en 2009, il en partage les parts - entre autres - avec l’actuel capitaine de l’ASSE, Loïc Perrin. Passé actionnaire majoritaire, il l’a désormais directement en mains. Sans se cacher  derrière un mur. Janot fait le tour des locaux pour les aérer. Janot répond au téléphone pour une réservation. Janot se met à la caisse en attendant ses employés.

Après l’épisode du Mans, faire sa vie « d’après » ailleurs que sur Saint-étienne ne faisait même pas l’ombre d’un but. « Je suis Stéphanois et ma femme est d’ici. » Il habite aujourd’hui Fraisses à côté de Firminy, avec ses trois enfants : deux filles de 12 et  6 ans, un garçon de 10 ans. Sa maison de campagne est à Chalmazel. Sa mère y habite. Non pas qui l’ait fait venir dans la région. C’est au contraire elle qui, en raison d’une mutation, l’a emmené à Saint-Etienne en 1992. Janot a 15 ans. Et une détermination à devenir pro intacte malgré un frais renvoi du club de Valenciennes. Le jeune Jérémie frappe à la porte de l’ASSE. Et parvient à convaincre. « Je suis arrivé comme un clodo à un essai, avec mon vieux survêt usé renforcé par ma mère car les tenues de gardien coûtaient trop chers. Et elle est très bonne couturière. C'était solide au point où à Valenciennes, les autres gamins lui demandaient si elle pouvait leur faire la même tenue ! A Sainté, c’est Alain Blachon, “la Blache“, qui m’a fait signer. » Le plus dur commençait.

Avant cela, il y avait eu le Nord, Valenciennes. Des parents séparés depuis tout petit. Une enfance dans le quartier chaud de La Briquette, à une borne de Nungesser, le stade de VAFC, « mon autre club de cœur. » Janot l’avait rejoint en poussins. Déjà comme gardien. « Mon oncle l’était aussi avec sa petite réputation au niveau DH. C’est venu en jouant avec lui. Il y avait aussi les arts martiaux (il est resté fan de full contact, pour « la discipline que cela réclame et que j'admire ») : je faisais du sport tous les soirs, ça m’évitait la rue. S’il n’y avait pas eu le foot, j’aurai tenté de rester dans le plongeon : ceux des plateformes pétrolières ! Dans mon quartier, un ancien faisait ça et nous racontait... » Diplômé d’un BEP compta et récemment de management sportif avec pour tuteur son ex président Romeyer, il se dit « ambitieux » pour ses affaires. Football compris. Janot a gardé du milieu une foule de contacts et bien des amis. Il s’est déniché une place d’entraîneur U19 à Villars, histoire de se faire les armes et travaille les diplômes pour aller plus loin, beaucoup plus loin… « Ce que fait Galtier, j’en suis incapable. Moi, je veux devenir entraîneur de gardien. Pour un coach général, il y a tellement de paramètres qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été au haut niveau. Mais sur ce poste spécifique, rien ne remplace le vécu. » On avait crû comprendre qu’une reconversion au sein de l’ASSE l’attendait… « Un papier a bien été signé, sans fixer de date. Mais je sais qu’un jour, ça se fera : je serai entraîneur des gardiens de l’ASSE. » Et quand Janot est déterminé...

Xavier Alix

 

 

Lieu : « Chalmazel : ma seconde maison,  j’aime retrouver son calme ses gens. »

Date : « Quatre : 10/10/2001, 18/10/2003, 30/12/2007, naissance de mes 3 enfants ; 23/06/2001 : mon mariage. »

Personnalité : « L’abbé Pierre. Un saint. Je l’ai rencontré grâce à mon beau-père travaillant à Emmaüs. »

Citation : « Souvent touché jamais coulé ! »

Ambition : « Rester heureux »



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