Fermer la publicité

Jacques Gerbault : « l'époque est mûre pour la relève »

Isère le 20 juillet 2015 - Arnaud de Jubécourt - Économie - article lu 299 fois

Jacques Gerbault : « l'époque est mûre pour la relève »
DR - A gauche Jacques Gerbault fait le titre de France Soir en 1983. A droite : aujourd'hui, avec son assistante Claire Balle

Vis à vis de la défiance face à l'impôt, lorsqu'on relit le livre de Jacques Gerbault « Entreprendre en France, pour le pire et le meilleur », on jurerait qu'il a été écrit la semaine dernière, alors que les propos remontent à près de 20 ans. Cela vient il de la modernité du discours ? Ou bien de la constante dénonciation de problèmes identiques ? Les deux sans doute.

Président du Cidunati (Confédération intersyndicale de défense et union nationale d'action des travailleurs indépendants) au milieu des années 1990, Jacques Gerbault a vécu la grande époque de cette glorieuses confédération syndicale d’entrepreneurs et commerçants : une véritable aventure et une épopée.

Démarré peu après les « évènements » de 1968, (et s’inspirant du discours de Pierre Poujade), le mouvement prend sa source dans une contestation spontanée typiquement iséroise concernant une nouvelle cotisation obligatoire : né autour de la Tour-du-Pin, un véritable mouvement de révolte se propage de village en village à une vitesse hallucinante, et finit par gagner la France entière.

Il lance des pétitions, rassemble des milliers de personnes dans des manifestations et des meetings, organise des opérations « coup de poing » mémorables : holdups sur les dossiers fiscaux de la perception de la Tour-du-Pin (butin : neuf camionnettes de dossiers…), blocage de Bourgoin par les manifestants, affrontements avec des CRS, brûlage de feuilles d’impôts et d’assurance maladie jusqu’à Morlaix (près de 50 ans avant les bonnets rouges !), opérations escargot à Paris et chahuts multiples dans tout le pays, avec quelques aller-retour des dirigeants entre prison et plateaux télé.

L’humour est souvent de la partie, avec des paiements d’impôts au moyen de brouettes de centimes. Le « mouvement de la Tour-du-Pin » comme on l'appelle d'abord, se structure,  s’organise autour de sa tête d’affiche Gérard Nicoud, dont tous les plus de 50 ans ont nécessairement entendu parler et dont l’impétuosité pourrait faire paraître José Bové comme un garçon soumis et bien élevé. Le Cid est né, qui deviendra Cidunati et sera progressivement reconnu comme un interlocuteur dont l’avis compte : c’est ainsi que ses dirigeants, pour une grande part du Nord-Isère, seront reçus par MM. Pompidou, Giscard, Mitterrand, Ils travailleront avec des ministres comme MM. Boulin, Bérégovoy, Royer, sans oublier Jean-Pierre Raffarin avec lequel Jacques Gerbault a longuement échangé à propos de la situation de la boulangerie artisanale notamment. Le mouvement parvient à infléchir des tendances et des lois, dont la fameuse loi Royer qui prend largement en compte ses avis.

« Notre époque actuelle offre un contexte très similaire »

Et aujourd’hui ? Si le Cidunati existe toujours officiellement,  son siège de Saint-Clair-de-la-Tour, témoin de la grande époque, a été transféré à Paris et le bâtiment revendu, et sa notoriété flamboyante a disparu. Mais pour Jacques Gerbault, si le volcan s’est éteint, « une partie de l’esprit demeure : beaucoup de nos membres ou anciens membres ont infiltré le système,  en siégeant dans des instances comme la CCI, la chambre des métiers, le RSI, et peuvent peser sur les décisions ».

Et de poursuivre : « notre époque actuelle offre un contexte très similaire à celui des années 1970 pour ce qui est des entraves au métier d’entrepreneur ; notre discours est repris, des consciences s’éveillent pour dénoncer les problèmes que nous rencontrions déjà à l’époque ; tout à changé, mais rien n’a changé ; l’époque est mûre pour la relève ! » Toujours commerçant en Isère, Jacques Gerbaut a créé et anime avec une équipe de chefs d’entreprise ce Groupement Economique des Vallons de la Tour (GEVT) qu’il préside.

Arnaud de Jubécourt



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide