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Jacques Bois, designer économe

Loire le 01 avril 2015 - Florence Barnola - Économie - article lu 309 fois

Jacques Bois, designer économe
Georges Rivoire - le designer stéphanois Jacques Bois

Natif de Saint-Etienne, le designer industriel Jacques Bois est resté sur le territoire ligérien afin de développer sa collaboration avec les entreprises. Son crédo ? Le pragmatisme. Son design code ? Economie, ergonomie et ludisme.

Machine à Berlingos, lampe torche, poussette customisée, packaging et autres ingéniosités sont exposés sur des étagères ou bien rangés dans des coins. Cet atelier a des airs de repaire de Géo Trouvetou. Des faux-airs, tout objet ici a une utilité. « Le design rentre profondément dans l’objet pour trouver son sens, sa finalité, croit Jacques Bois. Le mot design est galvaudé. Pour beaucoup c’est un bel objet, pour moi cela ne suffit pas. L’intéressant est que cet objet ait toutes les qualités requises dans ses fonctionnalités, qu’il ait un confort, un plaisir d’usage. Le design n’est pas dans la mode car elle rend très vite un objet obsolète. Dans le design il faut donner beaucoup de sens aux choses, la durée du produit est importante. »
La grande baie vitrée baigne les lieux de soleil bien que l’atelier-appartement se situe au rez-de-chaussée, le store donne de l’intimité et de l’ombrage. L’aménagement du lieu est justement pensé : un coin cuisine, un immense bureau au centre avec plusieurs postes de travail, un coin salon avec des fauteuils en cuir très design... « J’ai déménagé deux fois. Je suis ici depuis dix ans ». Nous sommes au siège de Pa Design, acronyme de Plasticiens associés pour la recherche en design industriel. « Je me suis installé à mon compte quand j’ai eu mon diplôme en 1984. Au démarrage, c’était une association de quatre personnes puis de deux. Après dix ans, j’ai continué tout seul. » Indépendant, il recherche toutefois le collectif : « J’intègre souvent des équipes ou c’est moi qui les intègre. »
En 2006 il fonde le collectif Designers + avec Jean-Pierre Tixier et Philippe Moine « Les designers installés dans la région stéphanoise n’étaient pas tellement écoutés des instances publiques du design... ». Les mots se précipitent dans sa bouche comme des idées jaillissantes. « Le conseil général est venu nous voir pour nous aider mais pour cela il fallait se monter en association. Nous avons choisi pour président Bernard Laroche, alors jeune retraité de France Télécom. Il était exactement ce que nous n’avions pas. Grâce à lui, nous avons vraiment monté en compétences. » Depuis l’association d’une centaine d’adhérents, devenue régionale, est la seule grappe d’entreprises des métiers du design reconnue nationalement. C’est avec les Designers + Bernard Laroche et l’ergonome Brigitte Ruef, qu’il a rédigé un guide méthodologique Design pour tous pour une conception pour le plus grand nombre. « Je travaille toujours sur un cahier des charges, qui est rigoureux. Pour certains il ne laissent pas la place à la créativité, pour moi c’est l’inverse. Un objet doit répondre forcément à un usage, à un confort de la personne, et parfois cela passe par des éléments assez complexes. »

« J’ai appris sur le terrain »

Jacques Bois se remémore un cours qu’il a particulièrement apprécié au collège : « J’étais à Notre-Dame de l’Espérance. J’ai adoré les cours de travaux manuels qui étaient donné dans un atelier, j’ai appris plein de techniques ». Ce petit-fils d‘ébéniste avait choisi le meuble pour sujet de son diplôme de fin d’études aux Beaux-Arts. « J’en ai fait peu après. Depuis le début je me disais que notre tissu local était riche en entreprises. Je suis donc allé voir des industriels. Cela a démarré tout de suite. » Il a commencé sa carrière de designer industriel avec Obut dans les années 90 : « Je suis allé les voir parce que je savais qu’ils cherchaient un packaging. C’est un beau souvenir. J’avais fait une maquette à l’échelle 1 dans laquelle on pouvait mettre des boules de pétanque en plastique pour les enfants. J’avais rendez-vous avec le staff et le directeur marketing, je n’ai pas eu le temps d’extraire totalement la maquette du sac qu’il a dit " génial ! J’attendais ça depuis des années."  Leur ventes ont changé, avant ils vendaient dans des magasins spécialisés.»
Bien qu’il n’aime pas figer les choses, la devise « c’est en forgeant que l’on devient forgeron » lui siérait cependant plutôt bien. « L’école se limite à la créativité et ne forme pas pour le commercial et la gestion. J’ai appris sur le terrain. Les premiers projets que j’ai eu, il fallait un volet technique. Du coup j’ai rencontré des gens qui connaissaient la technique. J’ai appris que ce n’était pas que la forme qui comptait pour qu’un projet aille à terme. C’est une forme avec un coût de production à côté.» Son parcours de designer est marqué par l’apprentissage du pragmatisme et de l’économie : « J’ai appris à dessiner économiquement grâce au père d’un de mes copains qui était en école d’architecture qui m’a dit : "quand tu traces un trait sur ta planche à dessin, il faut que tu saches combien coûte ce trait en fabrication ". Cela je l’ai compris en travaillant avec les ingénieurs. Comme l’économie prime, je l’ai intégré.» Et il l'enseigne, il donne des cours de design à l’Ecole des Mines : « Si on me demandait de former des designers de manière très pragmatique je le ferais. Mais on ne m’a jamais demandé dans une école d’art d’enseigner. J’intéresse les écoles d’ingénieurs...»

Florence Barnola
 

Date : Je n’ai pas la mémoire des dates

Lieu : Venise est une ville extraordinaire

Ambition : Aucune. Ça arrive ou pas, il faut être philosophe

Personnalité : Comment voulez-vous que je trouve une personnalité plus qu’une autre ?

Phrase : Si je vous en dit une, dix jours après elle ne sera plus valable.



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