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J'ai testé pour vous une matinée à la crèche

Loire le 03 avril 2015 - Xavier ALIX - Société - article lu 342 fois

J'ai testé pour vous une matinée à la crèche
Xavier Alix - La durée des activités varie mais aucune ne passe les 30 min

Plongée dans une matinée au cœur de l'ambiance de travail des auxiliaire puéricultrices. En l'occurrence une des structures de la Ville de Saint-Chamond : la crèche du Dauphiné…

La petite fille, une « grande », 2 ans au moins, me regarde d’un air suspect. Même si cette crèche municipale a la particularité de proposer des demi journées ouvertes aux parents, rares sont les papas à pouvoir (ou vouloir ?) le faire.

Le reste de la troupe semble indifférent à ma présence. Je la passe en revue : ils sont une quinzaine ce jeudi matin. Agés de quelques mois, les jeunes recrues sont au tapis, apprenant seuls à s’asseoir, dans les bras d’une des deux auxiliaires puéricultrices ou encore dans un transat. Les vétérans - plus ou moins 2 ans - se promènent enthousiastes, le pas quelque peu vacillant. Les arrivées se succèdent depuis 7 h 30, l’ouverture. Certaines jusqu’à 10 h 30, selon les contrats passés avec les parents... Pour l’arrivée, rituel systématique : pointage électronique dont le « bip » ne lasse pas d’amuser certains des bambins puis déshabillage (chacun a son espace vestiaire attitré). Avant son entrée dans la salle principale, le nouveau venu est souvent vite repéré par les camarades déjà à l’intérieur. ces derniers s’agglutinent derrière la porte vitrée afin de constater de qui il s’agit, laissant d'adorables empreintes sur la vitre. Les places sont chères, on hésite pas à pousser !

Les auxiliaires sont contraintes d’élever un peu la voix pour exiger le laissé passé. Ça y est, la voie est libre. Retentissent de francs « bonjours » suivis de « monsieur » pour le papa et du prénom pour l’enfant. « Comment ça va aujourd’hui Aurélien1 ? », sourit Sylvette, les yeux dans ceux du petit. La vraie réponse vient des parents. Petit bilan de santé : on accepte ici les malades. Mais tout médicament doit être accompagné d’ordonnance. Non négociable : « une règle dans la plupart des crèches, ce n’est pas notre métier de prescrire », explique Amandine, éducatrice petite enfance et directrice. Avant l’au revoir, déchirant ou non, toute consigne est scrupuleusement notée. La gestion individuelle est à paramètrer avec le groupe. Cette crèche de 250 m2 refaits à neuf il y a peu, compte 25 enfants inscrits ; en moyenne 18 présents par jour. Les trois encadrant par demi- journée sont toutes diplômées. Exigence de la Ville.

On sociabilise

9 h. On a retardé pour moi le premier moment collectif : une séance de chants. Pas un enfant n’a protesté, il faut dire que le plus loquace n’en est pas encore vraiment au stade du phrasé. Mais la convocation provoque un rassemblement impatient sur le tapis d’éveil. Les bouts de choux connaissent la musique : tirage au sort de leurs mains de cinq chants. Petit escargot, La Boite à outils... : certains imitent les paroles et gestes d’Amandine à la manœuvre. « Ils ont une capacité d’écoute impressionnante, assure-telle. Même ceux qui se promènent à côté, l’air de rien, écoutent ! » Je repense coupable à mon langage les soirs d’ASSE/OL…

Pendant ce temps, les deux autres employés s’occupent du reste et de la suite. Des petits partent pour une sieste matinale. « Toutes les 15 min, nous allons au dortoir voir si tout va bien », explique Myriam. Durée des sommes libre... Celle des activités varie mais aucune ne passe les 30 min. Après les chants, la danse, chacun avec son voile coloré à agiter. On m’invite à sautiller. La petite fille dont j’ai appris depuis que c’était un garçon me regarde toujours aussi intrigué, sourcils quelque peu froncés, agitant du coup très mollement son voile. Là encore, la séance dure un éclair. La suite est déjà en place. « Non Tom, explique Sylvette, il n’y a plus de place, il faut attendre.» Trop d’affluence autour du jeu calme à table et assis consistant aujourd’hui à enfiler des petites pièces en plastique. Heureusement que des legos géants à empiler de l’autre côté de la salle attirent eux aussi. Surtout quand il s'agait de mettre à bas la tour  patiemment construite par un camarade ! Les petits architectes sont rarement choqués :  « à ce stade, il s’agit en fait plus de prendre conscience de son contrôle que de construire », m'explique-t-on. Encadrer ce petit monde n’est pas de tout repos. Toujours quelque chose à surveiller, animer, préparer... Mais l’ambiance est sereine : peu de pleurs et cris. Les petits « savons » pour turbulence excessive sont en fait assez rares.

Un semblant de printemps permet une sortie au petit jardin. Dehors, un concours du plus beau caillou à ramener est lancé empiriquement par les marcheurs. Peu de jeux fixes adaptés : « les deux chevaux fixes sur ressort, c’était plus pour les 2-3 ans, autrefois accueillis ici, explique Amandine. On va les remplacer par un petit toboggan. » A l’intérieur, le turnover des jeux est lui régulier : toutes les 6-8 semaines. Mais la très prisée piscine à balles est en CDI. L’organisation des « coins » aussi : celui moteur, celui d’imitation des adultes, celui de la mise en scène, celui enfin des bébés. On les fait les participer, on sociabilise ce petit monde aux autres, aux différences.

10 h 40. Retour à l’intérieur. Une autre adulte arrive. Elle est là pour préparer le repas. L’odeur du rosbif-purée-champignons tomate amène un blondinet à s’installer à table avant l’heure, jetant des regards insistants vers la cuisine. Des contes parviennent à faire patienter les autres. 11 h : le lavage des mains effectués, le repas débute. Il sera long et laborieux. Mais on est là pour tout apprendre. « Merci d’aider mais ne restez pas assis sur la table. On leur apprend le contraire ! » Oups. 11 h 30. Il est temps d’y aller. De toute façon, la sieste va bientôt dépeupler les lieux...

Xavier Alix

(1) Les prénoms ont été changés



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