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Isabelle Rabineau, la non conformiste

Loire le 30 janvier 2015 - Florence Barnola - Livres - article lu 1494 fois

Isabelle Rabineau, la non conformiste
DR - Isabelle Rabineau Commissaire générale de la Fête du Livre

Avant de poser ses valises à Saint-Etienne en 2012, la commissaire générale de la Fête du Livre a vécu mille vies. Pour autant le fil conducteur de son parcours professionnel a toujours été le livre. Véritable navigatrice explorant les eaux culturelles, Isabelle Rabineau aime être en terre inconnue.

Nous avons rendez-vous dans les bureaux de la Fête du Livre, sorte de loft sous les toits. Au centre, une petite estrade faisant face à un grand tableau blanc strié, numéroté, où sont inscrits au feutre des noms d’auteurs et d’œuvres. Nous prenons place sur cette hauteur pour papoter devant un café. « Papoter » car Isabelle a l’art de vous faire entrer dans son intimité comme si vous étiez une copine de longue date.
Son jardin secret « si j’en ai un » est le dessin qu’elle pratique. Si elle était une allégorie ce serait sans doute celle de la forêt, de montagne, parsemée de plusieurs sentiers s’entrelaçant, filant vers le sommet. « Le livre a toujours été au centre de mon parcours. Bon an mal an je me disais que s’il y a un truc que j’aime, c’est lire et écrire. Je pense qu’un livre ce n’est pas seulement qu’une surface plane. Quand on aime lire, les dimensions imaginaires se lèvent et vous pouvez évoluer dans cet espace. »
Isabelle a une voix radiophonique, douce et légère mais dynamique. La radio, un média qu’elle a beaucoup écouté dès l’enfance : « ça m’a formé autant que lire. Il y avait l’émission de Chancel, Radioscopie, et il y avait aussi celle d’Anne Gaillard assez polémique diffusée l’après-midi. Souvent quand ma mère venait nous chercher en voiture après l’école, cette femme hurlait, elle était comme on pouvait l’être dans les années 70, extrêmement tempétueuse. Elle avait une très belle voix. J’étais dans cette voiture et je me disais que j’aimerais faire ça. Je sentais que je pouvais le faire. »
Sylvain, son assistant, pianote sur son ordinateur, sourit de temps à autre prêtant une oreille distraite à notre conversation.
A 18 ans, la Strasbourgeoise se retrouve à Paris. « Je suis tombée amoureuse donc je suis partie avec 5 cartons pendant que mes parents étaient en vacances. Il fallait trouver de quoi becqueter. Je n’étais pas faite pour suivre des itinéraires tout tracés. J’ai fait plein de boulots qui m’ont beaucoup servis, en même temps j’étais en littérature à la Sorbonne. » Elle vivait alors avec un artiste et allait tous les soirs à la Bibliothèque nationale dévorer des livres en tous genres.
Un jour, une camarade de faculté lui propose de la remplacer dans une librairie spécialisée dans la psychologie et la psychanalyse freudienne, Navarin Editeur, fondée par Lacan et tenue par sa fille Judith Miller.  Rapidement, celle-ci propose à Isabelle de collaborer à son trimestriel, L’Âne. « Sans vouloir jamais être journaliste, j’ai appris les rudiments, je me suis dit que j’allais comprendre comment ça fonctionne. »
A partir de là, la jeune femme va se rapprocher de son rêve d’enfant. Une connaissance la recommande pour effectuer des décryptages pour l’émission littéraire Panorama diffusée sur France Culture. « Je me retrouve devant la Maison de la radio, c’était ce que j’avais toujours voulu faire. » Elle pousse les portes, papillonne, s’enivre de lever le voile magique que revêtait pour elle le lieu… Puis rencontre le producteur Jacques Duchateau : « Quand il est arrivé, il sortait de son émission, il était énervé. Il m’a demandé de me présenter, je lui montré le journal et il m’a répondu : " je le reçois en service de presse je m’en fous." J’avais à peine dit trois mots qu’il me dit : " vous, vous ne passerez jamais derrière le micro "». Elle rit à gorge déployée de ce souvenir : « Je me rappelle je suis sortie et suis allée voir mon petit ami qui m’attendait en bas, j’étais dévastée.» Une semaine après elle passe un essai et intègre l’équipe de chroniqueurs animateurs de l’émission. Elle travaillera 12 ans pour Radio France. A la même période elle écrit pour La Quinzaine littéraire.
Isabelle aime le challenge. Quand elle a eu soif de nouveaux horizons, elle quitta la radio. La télévision (et la haute couture) lui a tendu les bras et fit de sa voix celle de Mode 6 « J’étais à M6 et en même temps j’ai proposé au magazine Elle de faire des feuilletons à base de mode, Les Comédies de la mode.» Durant quatre ans, elle croise Lagerfeld, Christian Lacroix et consorts… métissant son goût pour l’art et l’écriture. La suite de ses aventures la plonge dans la création d’un journal littéraire, Topo, qui existera 5 ans :« j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui a bien voulu être le mécène de ce mensuel. Il a voulu que l’on soit dans un groupe de presse (Alvisa) et c’est ce qui nous a coulé », raconte-elle tout en montrant des « Comédies de la Mode », allant chercher un livre du cancérologue David Khayat qu’elle a écrit parmi d’autres essais, livres d’art et  biographies qu’elle a réalisés. Elle a également fait du documentaire télé, du cinéma, a participé au salon du Livre de Paris... Le parcours d’Isabelle donne le vertige. « J’aime beaucoup de choses différente », lâche-t-elle au détour d’une phrase « j’aime autant Huysmans que Serge Lama » ou Alexandre Astier. Décidément, une Isabelle Rabineau peut en cacher une autre.

Florence Barnola

Date : Je suis plutôt du genre à ne pas savoir à quelle date se situent les choses…

Lieu : la Mitteleuropa que je retrouve ici place du Peuple

Personnalité : Bernard Lamarche-Vadel

Phrase : « Ich weiß nicht, was soll es bedeuten, daß ich so traurig bin » (Heinrich Heine)  Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire que je sois aussi triste ? 

Ambition : continuer à m’amuser



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