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Installations à habiter

Loire le 03 octobre 2015 - Daniel Brignon - Expositions - article lu 336 fois

Installations à habiter
Daniel Brignon - OEuvres en forme de séquences, de Bae Bien-U (en haut) et de Nina Kovacheva (en dessous)

Deux nouveaux univers flanquent les deux expositions estivales du musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne maintenues jusqu'au 24 janvier : ceux du Coréen Bae Bien-U et de la Bulgare Nina Kovachev. Ils viennent, en contrepoint, inviter le visiteur à habiter les œuvres comme le suggèrent déjà Giovanni Anselmo et la Fondation Volume.

Habiter est, au sens propre, l’invitation de la Fondation Volume à travers des pièces réunies au musée d’Art moderne qui ont toutes la même thématique : la maison. Des artistes internationaux ont laissé, en passant à la Fondation romaine, une œuvre inédite et singulière, mais commune par la création de maisonnettes standard, toutes pareilles ou presque, d’une forme cubique avec un toit en pente, mais interprétées à leur gré.

Habiter, peut encore s’appliquer à l’installation centrale de Giovanni Anselmo, artiste emblématique du mouvement Arte Povera italien des années 1960-1970. À l’aide de son vocabulaire récurrent, de blocs de granit, il compose un parcours à expérimenter. L’artiste invite à marcher de pierre en pierre, à tourner jusqu’au centre, marqué par un cercle de pierre, réduite en poudre : du sable, souvenir de la pierre. Pesantes où légères, quand elles sont tendues sur un mur à l’aide de câbles, les pierres alignées ou groupées comme des astres dans leur révolution, composent sur un horizon changeant un univers en mouvement où s’interrogent dans l’expérience le temps et l’espace. À vivre.

Forêt enchantée de Bae Bien-U

Le photographe coréen Bae Bien-U se partage, pour l’ouverture de l’Année de la Corée en France, entre deux sites d’exposition simultanément : le domaine national de Chambord et le musée d’Art moderne de Saint-Étienne. Ici toute une pièce lui est dédiée, élevée de grands formats disposés en séries ou en séquences.

Bae Bien-U use d’un vocabulaire exclusif : des prises de vues d’arbres entrelacés, des troncs saisis dans la brume matinale dans les forêts sacrées en Corée. Les arbres sont des pins, «  symboles de l’âme du peuple coréen », selon l’artiste.

Saisis dans la pâleur d’une lumière frontale, les troncs obscurs, en contraste, s’éclaircissent dans la profondeur, nimbés d’un brouillard évanescent.  Ils invitent, dans une sorte de silence habité, à pénétrer dans le paysage.

Les photos, marouflées sur une plaque métallique et recouvertes d’une vitre de plexiglass, laissent au surplus le jeu au reflet qui accentue encore l’effet de profondeur et de contraste des plans, déroutant le regard dans l’aventure de ce voyage onirique où il est emporté dans un monde voilé, protégé, secret.

L’artiste coupe volontiers en séquences de larges plans photographiques, fragmentés de césures, comme une gamme. À habiter encore.

Du ciel à l’enfer

Pour réveiller de sa torpeur, le visiteur, Nina Kovacheva convoque, au cabinet graphique, des images moins paisibles. Le noir et le blanc y jouent semblablement mais sans les nuances. Des applats, des traits hâtifs à l’encre de chine impriment sur l’écran blanc du papier, comme au pochoir, des personnages en suspension, évoquant l’enfance et l’innocence, voire empruntées à l’univers de la BD. Elles sont confrontées à des images liées aux armes, à la guerre, à la brutalité.

Inquiétants rapprochements, sans discours… tel ce personnage souriant portant un pistolet à sa tempe, ou, tout aussi souriante, cette réplique dessinée d’Olympia de Manet, un fusil sur les cuisses. Le titre de l’exposition donne une clef : Le mariage du ciel et de l’enfer, titre emprunté à William Blake dans son apologie du mal, qu’il affirme composer l’être humain tout autant que son contraire, indivisibles. À méditer.

Daniel Brignon

Giovanni Anselmo et Fondation Volume, jusqu’au 24 janvier.

Bae Bien-U et Nina Kovacheva, jusqu’au 31 janvier.

Local Line 18 : habiter deux lieux insolites

Dans le programme Local Line, dédié aux jeunes créateurs, la séquence d’exposition n° 18, en « résonance » avec la Biennale d’art contemporain de Lyon 2015, est répartie sur deux sites, répondant à un appel à projets propre. À l’église Le Corbusier de Firminy, il s’agissait pour les artistes d’entrer en correspondance avec le site, lui même une œuvre d’art, et réinterpréter des espaces en revisitant, matériau, motifs, architecture.
L’autre défi, au musée d’Art moderne : habiter un lieu muséal, le module type, neutre à l’inverse. Il s’agissait d’habiter et mettre en scène des espaces nus aux murs blancs.
5 artistes s’y sont prêtés au Mamc, jusqu’au 15 novembre ; 9 artistes à l’église Le Corbusier à Firminy, jusqu’au 4 janvier.



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