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Il était une foi : François Varillon, perinde ac cadaver (1)

le 15 octobre 2015 - Alain Eck - Actualités - article lu 174 fois

Il était une foi : François Varillon, perinde ac cadaver (1)
Pierre Ducruet - Le père Varillon au collège Notre-Dame de Mongré

René Rémond a dit de lui : « Il est des quelque quinze ou vingt religieux dont l'influence a été décisive et sans lesquels la figure du catholicisme français ne serait pas ce qu'elle a été depuis une trentaine d'années. » Et Étienne Fouilloux affirme que son influence fut marquante comme « aumônier de mouvements de jeunesse, animateurs de groupes de foyers, conférencier infatigable, prédicateur, directeur spirituel ».

François Varillon, né en 1905 à Bron et décédé à Lyon en 1978, fut ordonné prêtre en 1937 et entra dans la Compagnie de Jésus en 1945. La revue jésuite Études a publié son  Abrégé de la foi catholique en 1967. Ses conférences furent réunies sous le titre Joie de croire, joie de vivre (Ed. du Centurion). Il n’est pas d’un abord facile. Avec des propos tels que : « Notre béatitude éternelle (la résurrection) sera vraiment une béatitude d’homme, c’est-à-dire conforme à la nature de l’homme : sociale, incarnée et divine. » Ou encore : « Si vous niez l’enfer, ayez le courage de dire que Dieu n’est pas amour ».

Pendant la guerre, il participe à Lyon à la création de Témoignage chrétien, avec les pères Fessard et Chaillet, ainsi qu’au groupe « théologiens sans mandat » qui, avec le père de Lubac, joue un rôle de directeur de conscience des catholiques face au nazisme. Cependant il restera éloigné du champ politique, à l’exception notable d’interventions contre la torture pendant la guerre d’Algérie, une des questions graves qui nécessitent à ses yeux un engagement du prêtre dans le combat public.

Proche de Paul Claudel, dont il éditera le Journal dans la Pléiade, attaché à Lyon où il donne régulièrement des conférences, on ignore ce qu’il a pensé du Concile, sans doute, selon Charles Ehlinger dans La Croix, parce que « le neuf de Vatican II était pour lui une perspective déjà intégrée et qu’il s’inquiétera plutôt du blocage traditionnaliste ou des applications trop irréfléchies ».

Mais la vie de François Varillon fut aussi marquée par un épisode trouble relaté dans un roman de Lucien Rebatet2, Les deux étendards (Gallimard, 1951). Curieusement, Varillon n’y fait aucune allusion dans son autobiographie posthume (Beauté du monde et souffrance des hommes), alors qu’il en parlait dans un Journal qu’il avait tenu de 24 à 25 ans.

Le jeune Varillon s’était épris, d’une jeune fille, Simone Chevallier3, et, le 28 septembre 1923, sur la colline de Brouilly, dans le Beaujolais, ils s’étaient juré une fidélité éternelle et chaste : « Sans parler, nous restions longtemps, vierges de pensées et d’actes, tandis que notre cœur se dilatait à l’infini ». Deux ans plus tard, le confesseur jésuite de Varillon exige la séparation des « deux amants célestes ».

Rebatet, qui deviendra alors l’amant de Simone jusqu’en 1933, accusera Varillon d’être responsable de la vie de débauche que celle-ci mènera : « La femme qui t’a aimé et de quel amour, tu l’as moralement anéantie. (…) De ton meilleur ami, tu as fait un mécréant irréductible. »

Jusqu’à la fin de ses jours, à chaque anniversaire de la nuit de Brouilly, Varillon disait une messe à l’attention de Simone Chevallier. À la fin de ses jours, Varillon confiait à l’un de ses amis lyonnais que son plus grand regret était de n’avoir pas eu d’enfant4.

Alain Eck

1 Cette « devise » des jésuites est souvent démentie par les jésuites eux-mêmes. Loyola a pourtant écrit dans les Constitutions de l’Ordre : « Chacun doit se laisser guider et diriger par la divine Providence (…) comme s’il était un cadavre (perinde ac cadaver) ».

2 Lucien Rebatet avait été un camarade étudiant de François Varillon. Journaliste et écrivain fasciste, il sera condamné à la Libération. On vient de rééditer Les Décombres, un de ses grands succès pendant l’Occupation (Robert Laffont).

3 Née en 1908, elle a passé sa jeunesse à Bron et à Brouilly. « Suicidée en 1980, elle est enterrée secrètement à Lyon, dans le caveau familial où son nom ne figure même pas » (Pascal Ifri, in Les deux étendards, dossier d’un chef-d’œuvre maudit).

4 Témoignage de Régine Bernardin, fille de Claude Bernardin, qui avait animé avec François Varillon, le Comité lyonnais pour le respect des droits de la personne (contre la torture en Algérie).

Sources

- Abrégé de la foi catholique, Études, octobre 1967

- Joie de croire, joie de vivre, le Centurion, 1981

- Journal d’une passion, le Centurion, 1994

- Les deux étendards, Gallimard, 1952

- Les deux étendards, dossier d’un chef-d’œuvre maudit, L’âge d’homme, Genève,  2001

- La Croix, 21 novembre 2007



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