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Henry Helfre juge humaniste et philosophe

Loire le 23 octobre 2014 - Denis Meynard - Tribunaux - article lu 1911 fois

Henry Helfre juge humaniste et philosophe
(© Denis Meynard)

Le vice-président du tribunal de grande instance de Saint-Etienne, Henry Helfre possède un fort ancrage forézien avec, entre autres, un grand-père maternel qui exerçait les fonctions de sous-directeur des sources Badoit.

« Je n’ai pas exercé à Saint-Etienne par hasard », relève celui qui se revendique volontiers comme un « magistrat atypique ».
« Dès le départ de ma carrière, je n’ai attaché aucune importance à la mobilité comme élément d’avancement. Je trouve d’ailleurs qu’on récompense trop la mobilité et pas assez la permanence des magistrats dans un poste, alors qu’à chaque changement ils doivent effectuer un stage de mise à niveau de plusieurs semaines. La permanence permet de mieux connaître le territoire et ses acteurs. Moi qui ai commencé en février 1979 au tribunal d’instance de Saint-Etienne, j’ai toujours fait abstraction du fait de connaître quelqu’un dans les affaires que j’ai eu à juger », argumente-t-il.
Sixième d’une fratrie de sept garçons, dont la quasi-totalité ont embrassé des professions médicales, l’étudiant Henry Helfre s’est intéressé au droit, qui permet de réguler les relations humaines, d’autant plus volontiers que « la philosophie et l’histoire ne nourrissent pas son homme, à part dans l’enseignement ».
Après quelques années passées à l’ex-tribunal de grande instance de Montbrison, comme juge aux affaires familiales ou juge d’application des peines, Henry Helfre a effectué deux années en tant que vice-président du TGI de Lyon, avant de vite revenir au tribunal d’instance de Saint-Etienne, avec le grade de conseiller à la cour d’appel de Lyon. « J’ai fait tout le contraire de ce qu’il fallait pour un avancement rapide dans la carrière », s’amuse-t-il, sans regret. Ce spécialiste de Napoléon a préféré cultiver sa passion pour la philosophie et l’histoire.
Membre du Rotary club de Saint-Galmier, il donne régulièrement une conférence sur l’humanisme. « Cela m’a servi pour éclairer mon jugement sur le père Riffard (accusé d'avoir hébergé des demandeurs d'asile dans son église du quartier de Montreynaud puis relaxé, Ndlr) en considérant que l’on est tous frères sur cette terre dont on est pas propriétaire », déclare celui pour qui la sensibilité à la misère humaine et la solidarité aux autres s’inscrivent dans la tradition familiale. « Ma mère chapeautait une dizaines d’associations caritatives », affirme-t-il.

« Dans le civil, on recherche une solution »

« A la différence de collègues qui mettent en avant le principe la locution latine dura lex sed lex (la loi est dure mais c’est la loi), toute ma vie j’ai essayé de statuer en droit, mais aussi en équité, en regardant qui est de bonne foi et qui ne l’est pas », explique le sexagénaire, confessant avoir conservé une certaine candeur après quatre décennies de pratique professionnelle. « J’ai préféré le civil, car on ne se limite pas à une sanction, mais on recherche une solution », déclare ce juge du siège qui déplore la « perte des valeurs chrétiennes ». Le magistrat doit, selon lui, être capable d’empathie, pour se mettre à la place de l’autre, quel qu’il soit, et d’accepter humblement de ne rien tenir pour établi. « Comme en philosophie où il y a beaucoup de questions et peu de réponses », souligne-t-il.
Ce juge stéphanois de 63 ans s’enorgueillit par ailleurs d’avoir été le seul à participer, ces dernières années, à la conviviale Revue du barreau de Saint-Etienne, organisée une fois l’an par les avocats. « C’est pas forcément bien vu par les confrères, mais l’humour est une façon de faire passer beaucoup de choses », conclut-il.

Denis Meynard


Le goût de l’écriture

Outre la rédaction obligée de ses jugements, Henry Helfre, dont la mère était correspondante de l’hebdomadaire, alors diocésain, L’Essor, ne répugne pas à manier la plume pour d’autres causes. En sortant dans sentiers battus. Ainsi, un de ses articles dans La Gazette du Palais, disserte sur « l’abus de jouissance » en matière de baux d’habitation, à propos d’une locataire dont les voisins sont réveillés par ses manifestations de plaisir en pleine nuit, est expulsée de son appartement par l’office HLM Cité Nouvelle. En octobre 1990, il manifeste son attachement au parler stéphanois en rédigeant en « gaga » le descriptif d’une altercation conduisant deux habitants de Terrenoire devant le tribunal d’instance de Saint-Etienne qu’il préside.



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