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A Grenoble, « la culture doit participer à l'effort collectif »

Isère le 15 janvier 2015 - Caroline Thermoz-Liaudy - Culture - article lu 1163 fois

A Grenoble, « la culture doit participer à l'effort collectif »
Caroline Thermoz-Liaudy - « Pour le happening, libre à chacun de manifester comme il le souhaite »

Nouveaux équipements, nouveau partage des subventions, nouvelle politique… depuis que la nouvelle majorité a pris ses quartiers à l'hôtel de ville de Grenoble, la politique culturelle a vu ses habitudes changer. Le point avec Corinne Bernard, adjointe en charge de la culture.

Quelle est votre réaction face à la décision des Musiciens du Louvre-Grenoble (MDLG) d’annuler leurs concerts de janvier à Grenoble, et de faire un concert « happening » devant la mairie (NDLR, qui a été finalement reporté en raison du contexte national) ?

Nous sommes un peu étonnés de ce choix médiatique. Le concert prévu à la MC2 se jouait à guichet fermé avec 998 places pré-vendues. Ils se sont privés de recettes et en ont privé la MC2. Le choix qu’ils font pour 2015 ne correspond pas à ce qu’a dit M. Lamy lors du conseil d’administration du 5 décembre. Effectivement, le budget des MDLG passent de 3,7 M€ à 3,2 M€, et il nous semblait qu’on pouvait avec cette somme construire un budget sans tout annuler. Ils ont des réserves importantes, des placements, l’année 2015 aurait pu se faire de la façon prévue. Pour le happening, libre à chacun de manifester comme il le souhaite sous réserve des autorisations à avoir, mais c’est l’incompréhension.

Etes-vous à l’origine de cette décision concernant les MDLG ?

Etant adjointe à la culture depuis avril 2014, je dois gérer un budget et définir des objectifs culturels. On est forcément impacté par l’austérité imposée par le gouvernement, puisque la ville perd 5,5 M€ pour 2015. Sur le budget de la culture, qui est le 3e actuellement, je dois gérer les subventions avec 600 000 € en moins. Il est vrai que  pour protéger l’ensemble des acteurs culturels qui seraient en difficulté, je n’ai pas souhaité appliqué un moins 10 % à tout le monde. Cela aurait mis énormément d’associations, d’artistes et de compagnies en danger. On préfère faire supporter l’effort par ceux qui ont des réserves.

Les MDLG n’auront donc aucune subvention en 2015 ? On parle de suppression ou de baisse de l’enveloppe ?

Cette association touchait de la part de la ville 438 000 € par an ainsi que la mise à disposition de locaux de répétitions équivalents à 105 000 €. J’ai annoncé le 5 décembre qu’ils n’auraient pas de subvention, mais qu’on leur laisse l’équivalent de 105 000 € de mise à disposition des locaux et des fluides. C’est un choix politique parce qu’ils peuvent faire sans nous, et parce qu’on préfère avec moins d’argent, accompagner 10 ou 20 Minkowski en émergence à Grenoble, plutôt qu’un qui a les moyens de faire sans cette subvention.

L’orientation politique de la mairie est claire. A partir de maintenant, les artistes locaux et en émergence seront favorisés au détriment parfois des artistes nationaux. Là encore, soutenez-vous cette position, et en êtes-vous à l’origine ?

Ce n’est pas comme ça que je le formule. C’est plutôt que lorsqu’on a moins de dotations de l’Etat, on doit revenir aux compétences municipales, et à ses missions de service public. Tout ce qui est compétence de l’Etat, c’est à l’Etat de le formuler. Les MDLG ce n’est pas un orchestre municipal, c’est un orchestre international. M. Minkowski assure un festival à Salzbourg, un autre à Aix-en-Provence… Dans l’exercice budgétaire imposé, on rend à l’Etat ses missions et on assure les nôtres : accompagner la création. On le fait par exemple dans le cadre du conservatoire qui accueille 2 000 élèves et auditeurs et qui suit sur l’année scolaire 7 500 élèves. Au niveau de la masse salariale, c’est 6,6 M€, et ce sont des budgets qu’on n’a pas baissé. Pas de baisse non plus des aides aux orchestres universitaires, ou à la MC2 et au musée de Grenoble.

On ne connaît pas encore le budget 2015 et le débat d’orientation n’a pas eu lieu, mais on devine que la politique culturelle va devoir supporter une grande partie de la baisse de dotations ? En tant qu’adjointe à la culture, trouvez-vous logique que ce secteur soit plus touché que d’autres ?

La majorité a travaillé pendant tout le dernier trimestre, à cet exercice difficile qui nous est imposé. Il faut remettre dans le contexte : la ville a une fiscalité élevée (top 10 des villes de cette taille), est aussi dans le top 10 des villes de cette taille les plus endettées, et on a pris l’engagement de ne pas augmenter les impôts. Donc, après avoir baissé nos indemnités, supprimé les voitures pour les élus, repris en régie le Palais des Sports pour que cela coûte moins cher aux Grenoblois, on doit faire ce débat d’orientation budgétaire. Il faut protéger les plus précaires et les plus faibles en ne touchant pas au budget de l’action sociale, du CCAS et de la santé. La culture est le 3e budget de la ville et j’espère qu’il le restera, mais on doit participer à l’effort collectif qu’on nous impose.

On a inauguré cette semaine la nouvelle salle de musiques actuelles « La Belle Electrique ». Le maire soutient qu’il aurait mieux valu restaurer l’existant plutôt que de créer de nouveaux équipements. Partagez-vous l’avis d’Éric Piolle ?

Effectivement, le patrimoine grenoblois (pas uniquement culturel d’ailleurs) est dans un triste état. On récupère une collectivité qui a un patrimoine dans un état déplorable. Il y a à Grenoble des salles de théâtre, comme à Prémol ou à l’espace 600, où on démonte des sièges pour mettre des seaux pour ne pas que les spectateurs reçoivent de l’eau sur la tête. L’ancienne municipalité a fait un choix sur La Belle Electrique, et nous allons nous inscrire dans la continuité tout en étant contents d’avoir cette salle, car elle est vraiment magnifique, elle va offrir une qualité pour les musiques actuelles à la hauteur de l’auditorium pour les musiques classiques. De plus on va enfin avoir une salle de 1 000 places qui manquait à Grenoble.  Mais ce choix n’était pas forcément le meilleur, car la restauration du patrimoine est importante.

Propos recueillis par Caroline Thermoz-Liaudy



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