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Grenoble - Eric Piolle : l’élu face à l’actionnaire

Isère le 11 juillet 2014 - Caroline Thermoz-Liaudy - Région grenobloise - article lu 1401 fois

Grenoble - Eric Piolle : l’élu face à l’actionnaire
Eric Piolle (D.R.)

L’histoire a commencée dimanche 6 juillet dernier, par un pavé dans la marre lancé par l’UMP.

Le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle aurait-il des liens avec une société dédiée à la gestion des risques financiers, dont des clients sont basés dans des paradis fiscaux ? La fédération UMP de l'Isère dénonce les pratiques de la société Raise Partner qui permet aux professionnels de la finance d'évaluer les risques liés à leur stratégie d'investissement. Eric Piolle en est administrateur et actionnaire minoritaire (- de 0,5%). La droite ne s’est donc pas gênée pour souligner les liens commerciaux de l'entreprise avec des clients basés sur l'île de Guernesey et aux îles Caïmans, considérées comme des paradis fiscaux. Un détail qui discrédite peut-être celui qui durant la campagne municipale disait vouloir « boycotter les banques qui pratiquent les paradis fiscaux ».
Après l’annonce, l’actuel maire de Grenoble a déclaré à l’AFP : « Je n'ai aucun souci avec ça. J'assume totalement ». Il aurait également exclu une quelconque cession de titres de cette entreprise dont il fut l'un des co-fondateurs en 2001 et dans laquelle travaille son épouse. Et d’ajouter : « Raise Partner a été créée pour introduire de la régulation dans des opérations financières, j’assume d'avoir participé à la création d'une société dont les objectifs sont en continuité avec mes engagements: travailler au cœur du système sans en être prisonnier ». Il précise au passage que l'entreprise n'a jamais versé de dividendes, et qu’il n’avait pas tenté de dissimuler cette information qu’il avait publiée en janvier dernier dans sa déclaration de patrimoine.
Une position qui n’a certes rien d’illégal, mais les oppositions grenobloises dénoncent le décalage entre les activités privées et le discours public. Pour Jean-Claude Peyrin, président de l’UMP 38, la position à adopter est radicale. « Après les révélations du site UMP38  sur la duplicité et les mensonges d’Eric Piolle qui prétend boycotter les paradis fiscaux et commerce avec eux,  ses premières réponses embarrassées  et affligeantes n’apportent aucune explication de nature à éclairer le dossier.  Répondre qu’il n’était pas au courant alors qu’il est actionnaire fondateur de la société, que sa conjointe en est directrice est évidemment inacceptable.  Répondre qu’il «  ne regarde pas leurs clients »  est une provocation par rapport à ses déclarations enflammées sur la régulation de la finance, l’économie réelle et solidaire et son engagement de maire de boycotter les banques qui ont des filiales dans les paradis fiscaux. […] Les Grenoblois doivent lui appliquer  la mesure qu’il préconise : le boycott puisqu’il  faut boycotter tout ce qui commerce avec les paradis fiscaux ".
Côté socialiste, le groupe emmené par Jérôme Safar (rassemblement de gauche et de progrès), a rédigé dès le lendemain (7 juillet), une lettre ouverte au maire de Grenoble. Il y demande des réponses claires quant aux positions d’Éric Piolle, et ajoute que « ses réponses ont jusque-là été désinvoltes » Et de poursuivre « Cette affaire n’a rien d’un scandale mais elle mérite des réponses ».  Au fil de la lecture : «Vous avez plusieurs fois évoqué votre volonté d’exclure les établissements bancaires, concernés par des activités directes ou indirectes dans les paradis fiscaux, des contrats de prêts de la ville de Grenoble. Or aujourd’hui, l’actionnaire individuel Éric Piolle ne semble pas s’émouvoir outre mesure de posséder des actions de sociétés qui ont sans doute des liens avec ces mêmes paradis fiscaux que l’élu Éric Piolle a choisi de dénoncer avec force. Est-ce compatible? » Jérôme Safar soulève alors une autre question : « Raise Partner faisant partie de Minalogic, qui perçoit des subventions des collectivités locales et territoriales, n’avez-vous pas pris le risque d’un conflit d’intérêt ? », Non sans conclure par une allusion à la condamnation d’Alain Carignon : « Les Grenoblois ont déjà connu par le passé les dissimulations d’un maire qui a durablement terni l’image de la ville entre 1983 et 1995. » Ambiance.

Caroline Thermoz-Liaudy



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