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Grenoble: chacun sa recette face aux grands problèmes

Isère le 22 février 2014 - Caroline Thermoz-Liaudy - Région grenobloise - article lu 1248 fois

140 personnes étaient réunies le 19 février dernier, pour le premier débat organisé conjointement par le Club de la Presse de Grenoble, et le site Internet d’information Place Gre’Net.

Face à l’arène, les 6 candidats (ou représentant des candidats) : Philippe de Longevialle (Centre- Modem), Jérôme Safar (PS – PC – Go Citoyenneté – Cap 21 – PRG), Denis Bonzy (Société Civile), Eric Piolle (EELV – PG – Ades – Alternatifs – RC), Richard Cazenave (numéro 3 sur la liste UMP-UDI de Matthieu Chamussy), et Alain Breuil (second sur la liste FN de Mireille d’Ornano). L’idée de la soirée : confronter les programmes des prétendants, et affronter un public armé de questions toujours pertinentes. Un second débat était prévu mercredi dernier à l’auditorium de la chambre de l’agriculture de l’Isère, sur d’autres thèmes majeurs : la prévention et sécurité, la vie culturelle et associative, et l’action sociale.

Economie et Emploi : Grenoble, plus qu’une plateforme high-tech ?

La soirée a débutée fort avec un rappel des chiffres du chômage, en hausse en Isère et sur Grenoble. Sur l’économie et l’emploi, c’est à Jérôme Safar d’ouvrir le débat, et de déclarer qu’en matière d’économie, « Non seulement il ne faut pas changer de stratégie, mais il faut renforcer le modèle qui existe déjà. » Et d’ajouter qu’il n’y a pas que le modèle des hautes technologies qui trouve sa place : « Benoît Hamon estime qu’en matière d’artisanat, le modèle grenoblois est celui qu’il faut développer partout en France». Un avis en partie partagé par Eric Piolle, qui estime cependant que la diversification n’est pas assez importante et encore trop tournée vers les technologies. Et par Philippe de Longevialle « nous n’arrivons pas à traduire la richesse produite localement, en emplois moins qualifiés ou en emplois de services ». Denis Bonzy a lui un avis plus tranché : « Dans la situation nationale, il faut considérer que l’aide publique aux entreprises est nécessaire, mais cela est moins vrai dans l’agglomération grenobloise, où il faut s’occuper du commerce de proximité. »

Est ensuite venu le moment de parler d’industrie : « Ce secteur souffre des problèmes de compétitivité que rencontre l’industrie nationale » explique Richard Cazenave. « On doit se rappeler de l’hécatombe industrielle de Grenoble avec la chute des papeteries ou de Neyrpic », surenchérit Alain Breuil, avant d’ajouter quelques minutes après : « Le Hight-Tech se délocalise comme le reste », et d’être contré par Messieurs Cazenave : « On délocalise moins l’industrie quand elle est proche de la recherche », et De Longevialle : « Pourquoi les entreprises chinoises ne viendraient-elle pas s’implanter à Grenoble, la délocalisation va dans les deux sens ».

Fiscalité : qui pourra faire baisser les impôts locaux ?

Après le premier tour de table, le combat était donc lancé, mais il ne s’agissait que du premier round, et le second sur la fiscalité n’a pas calmé les esprits. Avec dans le personnage principal : le 1000 feuilles administratif et les doublements de compétences commune-agglomération. « Il faut rééquilibrer les taux de la taxe d’habitation et de la foncière. Des taux en hausse car Grenoble a beaucoup d’équipements. Mais il faut revoir le mode de gestion, et ne pas oublier que certaines compétences ont été transférées à la Métro. » Commence Ph. De. Longevialle, suivie de l’intervention très remarquée du candidat du Front National. « Il faut faire des économies, renouveler moins souvent le matériel de la mairie, mais aussi faire des choix difficiles, en limitant l’aide aux associations ou au CCAS. Si on ne fait pas d’économies, on devra augmenter encore les impôts ». Ce fut ensuite au tour de Jérôme Safar d’attaquer : « L’impôts que nous payons aujourd’hui, c’est aussi la dette colossale accumulée il y a 25 ans »… Suivi d’une grosse réaction de Richard Cazenave, dont le parti était directement concerné par l’attaque. « Notre programme ne changera pas tous les deux ans, et nous n’oublierons pas de supprimer à la ville les emplois que nous aurons déjà transféré à la Métro. »

Déplacements : Comment faire sauter les bouchons ?

C’est dans cette ambiance électrique qu’a commencé l’épineux débat sur les déplacements, avec une question piège des animateurs aux élus : combien coûte un ticket de tram sans réduction (la réponse étant 1€60) ? Résultat : 3 bonnes réponses sur 6, Denis Bonzy l’estimant à 1€80, et messieurs Breuil et Cazenave à 1€30. La question suivante portait justement sur la gratuité potentielle du réseau TAG. Non pour Ph De.Longevialle et Alain Breuil, tous deux favorables à une tarification progressive et adaptée, mais qui trouvent la gratuité non pédagogique : « Le transport en commun est un service public. Si on le paye, on est plus attentif à sa qualité ». Point de vue que n’est pas loin de partager J.Safar : « la gratuité, c’est ce qui est payé par le contribuable et non par l’utilisateur ». Le candidat PS propose en revanche une gratuité pour tous durant les pics de pollution, proposition qui n’a pas trouvé de contradicteur, même si M.Piolle souhaite aller plus loin, avec une gratuité « dès les premiers signes de pollution ». Richard Cazenave, prône pour sa part le zonage, « et la gratuité dans l’hyper centre, afin de simplifier l’usage et de faire en sorte que les grenoblois basculent plus facilement vers les transports en commun. »
Après des échanges sur l’accès par le train, l’inévitable possibilité de transport par câble. A Jérôme Safar de débuter : « Je ne suis pas certain que cela réjouisse tout le monde de voir de grands poteaux de 10m de haut s’implanter devant leurs fenêtres, avec un passage régulier de passagers pour observer ce qui se passe chez eux », commence-t-il, même s’il ne se montre pas complètement hostile à une proposition qui peut-être bonne dans certaines conditions explique-t-il, en rapellant qu’il serait facile de le monter ici, à côté du leader mondial Poma. « Pourquoi le transport par câble serait-il intéressant en Italie, aux Etat-Unis, en Amérique du Sud et en Asie, et qu’il ne le serait pas chez nous ? » renchérit Alain Breuil, suivie de Richard Cazenave : « Il faut toujours insérer la possibilité du transport par câble car elle est beaucoup moins chère que le tramway, et tout aussi efficace, en restant moins polluant que la voiture ».
Aucun candidat n’a évoqué les déplacements en vélo avant qu’une question ne vienne du public, même si au final tous avaient un avis sur la question. Idem pour la question d’accessibilité, sur laquelle tous les candidats ont trouvé un point d’accord : le travail réalisé jusque-là est très bon, et il est à élargir à l’ensemble de l’agglomération. Concernant le stationnement, on note la bonne remarque de M. De Longevialle : « Plus de place de parking, c’est inciter à plus de voitures, et ce n’est pas la meilleure façon de désengorger la ville. La question des bouchons de la Porte-de-France est logique : c’est une entrée de ville, et la vitesse de circulation change. Mais on peut prévoir des Plans de déplacement en Entreprises (PDE), ou des horaires de travail décalés pour étaler le flux de voitures. » Et d’ajouter à propos du réaménagement du Rondeau et de l’A480 « Je ne suis pas pour augmenter le péage de Voreppe, qui revient à faire payer aux utilisateurs de la voie Grenoble-Lyon, les travaux de Grenoble-Gap. Il faut les faire payer par tous ».

Urbanisme et Logements : Construire, c’est bien. Rénover c’est mieux !

La question du logement a une nouvelle fois soulevée des désaccords entre les candidats. Et alors que Grenoble n’est pas en reste en matière de logement social, et présente un bilan conforme aux prévisions imposées, Jérôme Safar explique : « C’est l’agglomération qui a besoin de construire des logements, et il faut que toutes les communes assument leur responsabilité. » Sur la question de la construction, tous les acteurs ne sont pas d’accord, et le mot ne tarde pas à être lâché : bétonisation ! Bétonisation dont on accuse régulièrement l’actuel adjoint à l’urbanisme, qui n’est autre que Philippe de Longevialle ! Celui-ci se défend à coup de formule : « La bétonisation n’est qu’une vue de l’esprit. »
Richard Cazenave de son côté a soutenu que « la rénovation a jusqu’ici été un échec. La priorité doit être mise sur la rénovation du bâti existant, des copropriétés privées comme publiques. » Avant de terminer sur un argument choc de son programme, qui n’était pas un secret, la suppression du projet d’aménagement de l’Esplanade en cas de victoire le 30 mars.
Sur le sujet du logement, cette proposition aurait pu être la plus remarquée, sans l’intervention du numéro 2 du Front National qui a fait fortement réagir le public en proposant que « la nationalité française soit prise en compte en matière de priorité d’attribution des logements sociaux. »

Se garer à Grenoble

Il existe à Grenoble 11 000 places de stationnement public payantes et 66.000 gratuites, auxquelles on peut ajouter 30.000 places privées, soit un total de 1,2 place/habitants, ramené à 0,8 place/habitant si on ne compte que le stationnement public.

Les bouchons en chiffres

80% des travailleurs grenoblois font moins de 10km pour aller travailler. Malgré tout, Grenoble est la 4ème ville la plus embouteillée de France. Chaque grenoblois passe en moyenne 39 heures/an dans les embouteillages.

Caroline Thermoz-Liaudy
Photos : Jacques-Marie Francillon



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