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Grands projets : dérapages incontrôlables ?

Loire le 25 avril 2015 - Emilie Massard - Actualités - article lu 190 fois

Grands projets : dérapages incontrôlables ?
Georges Rivoire

Si les grands projets ne font aujourd'hui pas forcément partie des priorités des collectivités locales, qui vont plutôt à l'économie, pendant de nombreuses années certaines villes n'ont pas lésiné sur les investissements, dont certains budgets initiaux ont dérapé. Les projets d'envergure sont-ils voués à dépasser les budgets ?

Le Musée des Confluences de nos voisins lyonnais est bien souvent cité en exemple des projets pharaoniques qui ont explosé leur budget. Passée de 60 à plus de 250 M€, il faut dire que la note a fait un sacré bond. Dans la Loire comme ailleurs, les collectivités locales font aujourd’hui face à des restrictions budgétaires et les grands projets se font plus rares. Mais par le passé, jusqu’à il y a quelques années, certains projets ont coûté cher, et ont parfois encore des conséquences douloureuses aujourd’hui.

L’exemple le plus éloquent est celui de la restructuration de l’hôpital de Roanne. Lancée dans le cadre du plan de rénovation « Hôpital 2017 » initié par le gouvernement en 2003, la réhabilitation de l’hôpital roannais a mis deux fois plus de temps que prévu pour se terminer, et le budget alloué a connu presque le même delta : 148 M€ au lieu des 83 M€ annoncés au départ. La faute à un pilotage défaillant du projet, selon un rapport de la chambre régionale de la Cour des comptes, qui pointe également l’absence d’intervention de l’ARS chargée de superviser les travaux alors qu’elle était informée des retards et des difficultés du chantier. Pour la Cour des Comptes, pas de doute, on a vu trop grand. « Ce surdimensionnement, par rapport aux besoins et à l’activité, fondé sur des appréciations erronées, dès l’origine du projet, a entrainé un doublement des délais de construction, ainsi que d’importantes révisions de prix », estime le rapport. L’hôpital paye toujours aujourd’hui le prix de ces dépenses, puisqu’avec 173 M€ de dette il a été placé sous administration provisoire, avec fermeture de lits et suppression de personnel à la clef.

Des dérapages inéluctables ?

Bien souvent, ces grands projets sont initiés par des responsables politiques sur le long terme, sous-estimant parfois l’investissement de départ et n’étant pas sûr de voir la fin du projet s’ils ne sont pas réélus. Entre le début du projet et sa livraison, il se passe souvent plusieurs années, et les besoins initiaux sont inévitablement modifiés par des procédures, des évolutions règlementaires ou technologiques, etc. C’est le cas du projet de rénovation du stade Geoffroy Guichard, qui a coûté au final 78 M€, soit 20 millions de plus que le montant initial. Et le temps est en partie responsable, puisque Saint-Etienne Métropole, maître d’ouvrage du projet, invoque la révision annuelle des prix pour expliquer en partie cette hausse. Le projet a également évolué au fur et à mesure du chantier, et des travaux non prévus au niveau du PC sécurité, des tribunes visiteurs ou encore la pose de clôtures escamotables pour les kops ont aussi fait gonfler la note. Un avenant de 3 M€ a également été signé pour réaliser le musée des Verts. Un surcoût qui peut donc sembler justifié avec une consolation puisque ce sont en partie des entreprises locales qui ont bénéficié de cette activité supplémentaire.

Alors les dérapages budgétaires des projets de grande envergure sont-ils inéluctables ? Il y a des aléas que l’on ne peut pas éviter, dépendant de l’environnement géographique. On peut citer la construction de la Maison de l’Emploi à Saint-Etienne, qui a été suspendue pendant plusieurs mois car l’immeuble voisin menaçait de s’effondrer, occasionnant un surcoût de plusieurs millions d’euros. Il semble pourtant qu’il y ait quelques écueils qui pourraient être évités pour limiter les dérapages, notamment au moment de calculer le budget prévisionnel. Le maître d’ouvrage se retrouve parfois à sous-estimer l’investissement de départ, faute d’un service dédié à ce genre de projet, ou pour emporter la décision auprès des instances de délibérations.

Emilie Massard

Limiter la casse

Si les gros projets sont voués à déraper compte tenu des délais de mise en œuvre, il existe cependant quelques outils qui permettraient de limiter les risques. Instaurer des clauses incitatives dans la phase de conception et dans la phase de réalisation, avoir un service dédié au suivi des grands projets, investir dans un bon "programmiste", faire un vrai travail de définition des besoins, se tourner vers la conception-réalisation, etc., sont des conseils qui sont souvent donnés aux maîtres d’ouvrage pour limiter les risques de dérapage.



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