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Gaël Perdriau : « Les investisseurs ont retrouvé confiance en Saint-Etienne »

Loire le 17 mai 2017 - Daniel Brignon - Actualités

Gaël Perdriau : « Les investisseurs ont retrouvé confiance en Saint-Etienne »
Daniel Brignon

A mi-mandat, le maire de Saint-Etienne fait le point sur les réalisations pour la plupart engagées. Le plus spectaculaire des résultats se loge dans l'habitat avec une dynamique parlante : 300 mises en chantiers en 2016.

Vous avez inscrit en tête de vos objectifs de ce mandat le développement économique et de l’emploi. Or on a vu à l’échelle de l’agglomération l’emploi se contracter de 800 emplois annuels, de 2008 à 2013. Quelle stratégie avez-vous engagée pour redynamiser ce secteur ?

La perte d’emplois est à mettre en relation avec la perte de population. Pour redynamiser l’économie nous avons mis en œuvre plusieurs politiques, en premier lieu en direction de l’enseignement supérieur en vue de développer et valoriser nos atouts et savoir-faire.

60 M€ seront investis d’ici 2020 pour développer le campus universitaire. C’est important pour recruter du personnel qualifié et faire émerger des porteurs de projets.
Deuxième point : je me suis battu pour avoir le label French tech, obtenu sous la double dénomination Design tech et Manufacturing. C’était loin d’être gagné. Voici maintenant des écosystèmes en capacité de se développer.

Mon combat pour le statut de métropole qui porte entre autre la compétence économique place l’agglomération dans une position plus visible au niveau national. Insuffisamment reconnue comme telle, la métropole stéphanoise nous place dans un dialogue direct avec l’Etat et la Région, sans intermédiaire.

Nous avons eu par ailleurs une démarche commerciale plus offensive auprès des entreprises pour favoriser les implantations sur le territoire, et fait le choix d’aller pour cette prospection vers l’Aderly, l’agence de développement économique lyonnaise, en accord avec Gérard Collomb.

Aujourd’hui nous avons en discussion une trentaine de dossiers dont trois plus mûrs qui représentent plusieurs centaines d’emplois. Encore faut-il pouvoir les accueillir, pour cela nous avons engagé une politique foncière pour anticiper ces arrivées, qui manquait jusque-là, et avons fait évoluer la position stratégique de Métrotech tournée vers une spécialisation trop marquée. Elle a été élargie. Enfin, nous participons aux salons nationaux pour « vendre Saint-Etienne ».

La sécurité était pour vous une priorité. Vous aviez prévu de doubler l’effectif de la police municipale. Qu’en est-il à mi-mandat ?

La stratégie économique se pense à moyen et long terme, en revanche il y avait une politique urgente : reconquérir l’espace public de la ville sur des mission de sécurité et de propreté. Autrement dit créer un environnement agréable.

La décision a été prise dès l’élection d’armer la police municipale, d’armes à feu, flash ball taser, caméras. Quant à l’effectif nous sommes à 60 % de l’objectif du doublement. Nous avons multiplié par deux le nombre de caméras de surveillance, professionnalisé ces métiers de police municipale. Les agents sont aujourd’hui heureux d’avoir des consignes claires. Ils ne recevaient auparavant pas d’ordres ou des ordres contradictoires. Ils ont aujourd’hui des consignes sans ambiguïtés.

Et  la propreté ?

Nous avons recruté 30 cantonniers, repositionné l’amplitude horaire de leur intervention. Ils s’arrêtaient à 14 h maintenant c'est à 20 h. Ils ont été dotés de matériel nouveau, plus performant et nous avons créé une brigade d’intervention rapide pour éradiquer les encombrants laissés dans la rue et effacer les tags. Je dois ajouter que les agents municipaux font bien leur travail.

Une deuxième phase de notre action va être initiée cet été. A l’aide d’une brigade en civil, assermentée, nous allons verbaliser nos concitoyens jetant des papiers, des mégots ou laissant leurs chiens se soulager sur la voie publique.

J’ajoute que nous avons rendu gratuits les sanitaires publics qui ont vu leur utilisation depuis multipliée par sept. Nous avons prévu par ailleurs à terme d’en doubler le nombre.
Si la propreté n’est jamais totalement acquise les habitants reconnaissent une amélioration. Je reste néanmoins très modeste et très humble sur le sujet, mais déterminé.

Le plus spectaculaire de cette première moitié de mandat est la redynamisation de l’habitat. Et vous avez réorienté la construction vers l’habitat individuel. Est-ce payant ?

Il s’agissait de donner de l’attractivité pour gagner en nombre d’habitants. Nous avons les structures qui le permettent.

La réflexion m’a amené à constater qu’il n’y avait pas à Saint-Etienne une offre adaptée à la recherche des habitants. Devant la vacance importante, il y avait une certaine frilosité à proposer du neuf de standing. Or les gens vont la trouver ailleurs dans la première ou deuxième couronne. Pour les reconquérir, dès 2014 j’ai pris la décision de libéraliser les tropéziennes et nous avons depuis, plus de 50 permis de construire par an.

Nous avons identifié une quinzaine de  terrains, à Séverine, Beaulieu, Marandinière, Côte-Chaude, Saint-Victor, où des investisseurs ont pu proposer du petit collectif de qualité ou des maisons individuelles. Les résultats ont été rapides : plus de 70 % des appartements, maisons ou lots ont été acquis sous deux mois. Cette dynamique a convaincu les promoteurs qui désormais investissent à Saint-Etienne, et rejaillit sur le marché de l’existant ancien.

Nous comptions 30 mises en chantier en 2013, nous sommes à plus de 300 en 2016.

Vinci investit 80 M€ à Châteaucreux, Bouygues 20 M€ rue de la Montat, Apsys avec Steel au Pont de l’Ane plus de 100 M€. Cela ne s’est pas vu depuis longtemps. On observe un regain de confiance des investisseurs. Le travail a payé.

Vous avez démoli beaucoup aussi ?

Pour accompagner cette politique, ce sont 1 000 logements sociaux supprimés et 1 000 logements privés sur le mandat. De 2015 à 2017, 5 ha ont été libérés à Michel-Rondet, Bergson, le Soleil, la gare… Les bailleurs sociaux sont orientés aujourd’hui sur la rénovation de qualité. Plus de 3 000 logements sociaux seront ainsi rénovés d’ici 2020.

Y a t-il des quartiers à revitaliser tels que Saint-Roch aujourd’hui ?

Le quartier Saint-Roch fait la liaison de la Charité qui doit connaître une mutation et le site Tréfilerie où seront investis 30 M€. L’EPA va consacrer à Saint-Roch 3 M€ d’ici 2020, somme qui sera doublée ou triplée ensuite. Il fait partie des quartiers abandonnés auxquels on avait donné aucun signes d’intérêt, comme Le Soleil par exemple.

Le Soleil va être innervé de la troisième ligne de tram. C’est aussi un enjeu de développement pour ce quartier ?

Le chantier du tramway va démarrer et répond à un besoin de desserte et de diversité des transports, mais en effet représente aussi un projet urbanistique très fort sur le foncier libéré reconverti en résidentiel et artisanat. On sait l’impact de ce mode de transport sur des quartiers en déshérence.

Vous estimez à 757 le nombre d’ouverture de commerces depuis le début du mandat. N‘y en a-t-il pas autant qui ont fermé ?

Le commerce a été une priorité, car c’est un élément d’animation de la ville très fort et un vecteur d’emplois à part entière.

De 2008 à 2014 l’emploi salarié du commerce stéphanois a baissé de 8 %. On note dans cette période, selon le rapport ouvertures/fermetures, un solde négatif de 350 commerces.
Agissant sur la tranquillité de l’espace public, à travers la redynamisation des associations de commerçants, un travail de démarchage des enseignes, nous avons renversé le solde ouvertures/fermetures, qui est entre 2014 et aujourd’hui positif de 269 commerces exactement.

De grandes enseignes ont pourtant quitté le centre-ville, comme Roche Bobois, la Fnac ce mois-ci…

Concernant ces deux enseignes, les décisions ont été prises avant 2014. Les contraintes du plan de circulation mis en place pendant le dernier mandat ont grossi d’un tiers le nombre des rez-de-chaussée vacants. Concernant la Fnac je m’en suis entretenu avec Alexandre Bompard, le choix de quitter le centre-ville était lié au bail avec le propriétaire des galeries Dorian, et à un chiffre d’affaires en difficulté. Stratégiquement, l’entreprise souhaitait se rapprocher de Darty et voulait répondre à l’évolution des habitudes de consommation.

Nous avons eu en revanche de belles réussites d’arrivées d’enseignes en centre-ville : Adidas, Monoprix, Bagelstein… que nous n’avions pas. Comme le logement, le commerce est une politique qui demande du temps. Un solde positif de 269 commerces j’estime que c’est pas mal même si ça reste fragile du fait de l’évolution des modes de consommation. Le commerce de centre-ville a aussi la responsabilité de s’y adapter en termes d’horaires d’ouverture par exemple.

Le centre commercial Steel ne va-t-il pas concurrencer et contribuer à vider le centre-ville ?

Dédié au équipements de la maison et à l‘habitat, Steel va accueillir des enseignes qui ne se trouvent pas en centre-ville. L’enjeu de Steel est de pouvoir garder à Saint-Etienne le pouvoir d’achat qui s’évapore dans les grands centres de la région : Givors, La Part-Dieu, Confluence. Le projet est de retenir à Saint-Etienne une clientèle de l’ordre de 600 000 consommateurs de la région stéphanoise, mais aussi de la plaine et de la proche Haute-Loire.

L’idée est de faire de Steel une destination, à 2 km du centre-ville. Nous sommes en train de réfléchir avec Apsys sur des synergies possibles avec le centre-ville, des complémentarités innovantes.

En matière de culture, quelles nouveautés ?

Nous avons donné les moyens aux talents émergents de se révéler à Saint-Etienne, via l’accueil et l’accompagnement des acteurs locaux de l’art vivant à l’ancienne Comédie et des arts plastiques à l’ancienne école des Beaux-Arts.

L’Euro réussi l’année dernière consacre Saint-Etienne parmi les sites incontournables des grands rendez-vous sportifs. Allez-vous en tirer parti ?

Saint-Etienne est une ville sportive et il n’y a pas que le foot même si on est très attaché à ce vecteur de communication majeur.

Nous aurons très prochainement à Saint-Etienne le grand départ du critérium du Dauphiné, que nous accueillons pour la troisième fois. Ceci après avoir reçu le tour de France en 2014 et Paris-Nice en 2015. Ce sera non seulement un événement sportif mais aussi une très grande fête. Mais il n’y a pas que les événements que nous promouvons, tout le reste de l’année nous donnons pour le cyclisme des moyens à l’Ecsel. Nous avons investi 800 000 € dans une piste BMX.

Nous soutenons également les autres disciplines : le pôle France de gymnastique féminine, l’athlétisme qui tiendra des championnats de France à Saint-Etienne en 2019, le rugby... Nous sommes dans la short list des candidats retenus pour recevoir une demi-finale du Top 14 en 2018 et sommes candidats à recevoir des épreuves de foot aux JO de 2024 si la candidature de Paris est retenue.

Allez-vous vendre le stade à l’ASSE qui y voit le moyen de redynamiser le club ?

En quoi l’achat du stade permet-il de répondre à cette question ? C’est la question à laquelle j’attends une réponse.
L’achat du stade n’est pas un objectif en soi. La question à laquelle j’attends une réponse est : pour faire quoi ? Après on pourra avancer.

Quels projets nouveaux annoncez-vous pour le reste du mandat ?

Poursuivre les projets engagés. L’immobilier, l’emploi, l’attractivité sont des politiques de longue haleine, jamais terminées, qui s’inscrivent dans la durée.

En avez-vous les moyens ?

Nous n’avons pas augmenté la fiscalité et malgré la baisse de 17 M€ des dotations de l’Etat qu’on n’avait pas prévue, nous avons tenu bon. Pour retrouver un équilibre après ce retrait brutal de l’Etat, il aurait fallu augmenter la fiscalité de 21 %. Nous avons trouvé en interne les économies. Il a fallu beaucoup de rigueur.

J’ajoute que nous avons désendetté la ville des 55 M€ et fait passer la part d’emprunts toxiques de 26 % en 2014 à 5 % aujourd’hui.

Propos recueillis par Daniel Brignon



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