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François Dubet, sociologue : « Il faut définir ce que nous avons en commun »

Loire le 23 novembre 2015 - Louis Thubert - Société - article lu 134 fois

François Dubet, sociologue : « Il faut définir ce que nous avons en commun »
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Le sociologue François Dubet est invité le 20 novembre pour une conférence-débat au château de Goutelas. Le thème de la soirée : l'inégalité, que le directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) a scruté pendant sa carrière universitaire.

Votre livre le plus récent et la conférence qui l'accompagne s'intitulent La préférence pour l'inégalité. De quelle inégalité parlez-vous ?

Des inégalités en général, et notamment économiques, dont on observe le retour. C'est la conséquences des mécanismes économiques de la globalisation, mais pas que. Je crois qu'il y a aussi des inégalités qui ne procèdent pas directement de ces mécanismes mais plutôt des stratégies de chacun d'entre nous. Par exemple, les inégalités urbaines ne sont pas liées à l'évolution des relations économiques entre la France et la Chine.

On peut parler des inégalités scolaires également : les parents choisissent l'option inégalitaire en inscrivant leurs enfants dans les meilleures écoles, les meilleurs collèges... même si chacun est en principe attaché à l'égalité. Nous sortons d'une longue période, entre 1900 et 1980, pendant laquelle il y a eu une baisse de l'inégalité. Cela provient de choix collectifs, comme l'Etat-Providence... Ce sentiment de solidarité est en train de décliner.

D'où vient ce déclin ?

La solidarité repose sur des mécanismes sociaux et des représentations collectives. Pendant longtemps, chaque citoyen dépendait des autres. La mondialisation a touché ce sentiment. Il y a une deuxième raison : nous avons vécu dans une société homogène, ce n'est plus le cas actuellement. D'ailleurs, toutes les nations du monde ont perdu leur homogénéité culturelle. La crise de la représentation politique aggrave également cela. Tous ces mécanismes sont cassés, mais le désir de solidarité existe toujours. Il est en ce moment surtout incarné par des partis politiques dits « populistes », qui veulent retrouver le vieux monde d'autrefois. Or,  si on veut retrouver un peu d'égalité sociale, avec un écart entre les plus riches et les plus pauvres qui soit limité, il faut reconstruire des mécanismes

Comment faire revenir plus de solidarité ?

D'abord, cela passe par les citoyens, qui sont tout de même assez généreux. Quand, lors des événements récents, plus de 120 personnes sont tuées, on a le sentiment qu'il y a un mouvement de solidarité quand les gens sont dans la rue. Ensuite, cela passe par les institutions et les politiques.

Il faut reconstruire une vie démocratique, faire cesser cet état de défiance et redonner de la lisibilité au système de redistribution français, où chacun a le sentiment qu'il donne trop et ne reçoit pas assez. Tout le monde pense que l'école, le système de santé, de retraite... sont gratuits. Ils ne le sont pas, mais je suis favorable à ces mécanismes de redistribution, voilà pourquoi il faut leur redonner de la transparence. Et il faut retrouver ce que nous partageons. Nous sommes tous différents, mais il faut définir ce que nous avons en commun.

Propos recueillis par Louis Thubert

 



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