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Frédéric Dufour, un lyonnais à la tête de Ruinart

Rhône le 24 novembre 2014 - La Rédaction - Actualités - article lu 2530 fois

Lorsqu'il quitte Lyon, Frédéric Dufour laisse une ville « fermée sur elle-même, peu attirante et n'offrant guère de lieux pour sortir, une ville où l'on recevait beaucoup chez soi, où l'on n'allait pas au restaurant et surtout une ville complexée par Paris ».

Trente ans plus tard, le président de Ruinart découvre une métropole ouverte sur le monde. « Pendant longtemps, je suis resté discret sur mes origines lyonnaises. Aujourd’hui, je les revendique avec fierté, surtout à l’international où la ville est connue pour son inscription au patrimoine de l’Unesco, sa gastronomie et ses événements culturels ».
Il a fallu moins de trente ans à Frédéric Dufour pour changer de registre, sans oublier quelques fondamentaux, comme la discrétion, la gestion en bon père de famille, propres à la culture lyonnaise. On n’abdique pas ses origines. Surtout lorsqu’elles s’enracinent dans la tradition industrielle et les immeubles du boulevard des Belges qui, longtemps, ont abrité le pouvoir économique de la ville.
C’est là que cet élève des Maristes est né, en 1962. Dix ans plus tard, ses parents déménagent à Saint-Romain-en-Gal où son père, industriel spécialisé dans le traitement des déchets textiles, avait ouvert une usine. Commencent les allers-retours quotidiens avec Lyon où sa famille revient s’installer, place Antonin-Poncet.
Bac, Prépa Maths Sup et Maths Spé au Lycée du Parc lui ouvrent les portes de Supaéro, à Toulouse et à Paris. Frédéric Dufour fait son service militaire à l’état-major de la Marine. « J’ai eu la chance de passer deux mois sur un chasseur de mines au large de la Grèce et trois semaines dans un sous-marin ». De retour à la vie civile, il reprend le « chemin de l’école » pour faire un 3e cycle, option finance internationale, à HEC. Nous sommes en 1988. Le monde économique est tourné vers les marchés financiers triomphants. Il succombe au chant des sirènes, d’abord à New York, où la jeune recrue du Crédit Agricole reste six mois, puis à Paris.
Après un an, il jette l’éponge et entame un voyage de quatre mois à travers l’Europe et l’Asie, particulièrement la Thaïlande, Hong Kong, la Malaisie et Singapour. A l’époque, Frédéric Dufour ne savait pas qu’il allait revenir dans ce continent qui a changé le cours de sa vie. Au retour, il intègre Arthur Andersen où il fait du consulting pour les grands groupes de consommation alimentaire et du luxe à l’international. Après plus de sept ans de conseil, il devient l’interlocuteur privilégié du groupe LVMH, alors en pleine ascension. En février 1996, il intègre Moët Hennessy, d’abord dans la division Europe, puis en Asie, plus précisément à Hong Kong où il débarque en juillet 1997.
La crise asiatique rattrape cet homme d’action qui relève le défi. Les événements lui donnent raison. L’économie du continent repart, la Chine décolle, ouvrant une période faste. Après huit ans, ce père de deux enfants, nés à Hong Kong, a le mal du pays. En 2005, cet amateur de bourgognes rouges reprend ses habitudes à Paris au sein de LVMH où il est notamment nommé directeur international de Veuve Clicquot. En 2011, le friand de bonnes tables (de préférence étoilées) obtient son bâton de maréchal avec la direction générale de Ruinart, la prestigieuse marque de champagne.
Disert sur son parcours, Frédéric Dufour retrouve ses automatismes de Lyonnais pure souche lorsqu’on l’interroge sur cette griffe qui figure dans le top 5 des champagnes, loin de Veuve Clicquot et Moët & Chandon mais en compétition avec Roederer et Laurent Perrier. La « grosse petite maison », fondée en 1729, fête cette année le 250e anniversaire du premier champagne rosé. L’occasion pour lui de revenir dans sa ville natale, de manière professionnelle, pour décliner une gamme élaborée avec du chardonnay et du pinot noir, dont il défend les couleurs à l’international.
Lorsqu’il prend les commandes de Ruinart, l’international ne représente que 25 % des ventes. Aujourd’hui, l’export pèse 45 %. « Dans les dix prochaines années, je compte renverser la tendance et vendre 65 % de notre production à l’étranger ». Un défi à la mesure des ambitions de ce sportif invétéré qui, à cinquante ans, vient de se mettre au kitesurf.

Antonio Mafra



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