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Faut-il avoir peur des nanotechnologies ?

Loire le 10 avril 2014 - Daniel Brignon - Agglomération stéphanoise - article lu 613 fois

Faut-il avoir peur des nanotechnologies ?
René-Yves Fillit, l'un des 80 scientifiques adhérents au club NanoMicroTechnologies, promoteur des nanotechnologies (D.R.)

Un point de définition d’abord les nanotechnologies s’intéressent à quoi ? A l’échelle du nanomètre, soit le milliardième de mètre, si vous préférez le millionième de millimètre.

Un point de définition d’abord les nanotechnologies s’intéressent à quoi ?

A l’échelle du nanomètre, soit le milliardième de mètre, si vous préférez le millionième de millimètre. Nous avons acquis les moyens de caractérisation à cette échelle avec notamment la diffraction des rayons X, qui nous permettent de mesurer de distances interatomiques jusqu’au nanomètre, et même en deçà jusqu’au 10 000e de nanomètre.

Quel est l’intérêt de descendre à cette échelle ?

L’intérêt est d’aller jusqu’à l’élément fondamental, la brique élémentaire qui forme la matière et aussi tout le monde vivant. Toute la matière est réalisée à partir d’un nombre limité d’atomes différents, environ une centaine. C’est leur agencement qui va déterminer les propriétés des cellules ou des cristaux qu’ils composent. L’objectif premier est de comprendre la matière dans sa constitution fondamentale, puis de savoir fabriquer et utiliser des microstructures pour différentes applications.

Pour miniaturiser les objets ?

La microélectronique basée sur la science des monocristaux nous offre des possibilités considérables de miniaturisation, mais ce n’est pas le seul intérêt des nanotechnologies. Elles nous permettent par ailleurs d’améliorer les propriétés de résistance et de fiabilité des matériaux. Dans un acier les cristaux qui le constituent mesurent entre 10 et 100 microns. Si l’on déforme cette matière on peut réduire les cristaux à quelques nanomètres et dès lors ses propriétés s’en trouvent parfois renforcées. Vous avez dans les pneus de votre voiture des fils d’acier conçus ainsi, constitués de nanocristaux qui leur confère une résistance et une fiabilité inégalées. La grande potentialité des nanotechnologies réside dans l’amélioration de la fiabilité des matériaux.

Et sur le plan médical, il ne s’agit pas de résistance ?

Sur le plan médical les nanotechnologies ouvrent un champ de possibilités d’action extrêmement ouvert et prometteur. A l’échelle du nanomètre les nanoparticules ont la capacité de franchir la barrière de protection de la cellule et d’aller au cœur du noyau, offrant ainsi une capacité nouvelle d’agir, à la manière d’un virus. Les nano-objets sont en quelque sorte des virus artificiels, ayant cette capacité à se répandre, mais la propriété nouvelle de soigner.

D’où le danger qui leur est reproché ?

On a fait parfois le procès des nanotechnologies suite au problème que l’on a rencontré avec l’amiante. L’amiante est une roche naturelle constituée de fines lamelles de nanocristaux, ayant de ce fait cette propriété de dispersion et la possibilité de traverser les barrières cellulaires, d’où leur capacité de nuisance. Les nano-objets que l’on peut fabriquer ont ce même pouvoir de pénétration, de dissémination, et donc aussi de nuisance, s’ils ne sont pas parfaitement contrôlés. On y veille. Il y a des normes très strictes renforcées encore aujourd’hui par de recherches en biotoxicité et par une obligation de déclaration spécifique pour les industries qui travaillent sur les nanotechnologies et une charte éthique mise en place par la communauté scientifique.

Vous avez confiance ?

On a confiance dans les nanotechnologies qui portent beaucoup d’espoir. Je n’ai pas parlé des perspectives qu’offre la bioélectronique pour le traitement notamment de la maladie de Parkinson, des possibilités offertes par les biocapteurs dans le domaine de la sécurité. Sécurité alimentaire par exemple avec des biocapteurs qui dans un emballage peuvent indiquer la fraîcheur d’un produit en détectant la formation de bactéries. On pourra concevoir des portiques à infrarouge détectant telle ou telle maladie pour éviter les contaminations. Ce ne sont que quelques applications parmi beaucoup d’autres.

Propos recueillis par Daniel Brignon


Les journées annuelles du club

Sur le thème « Nanotechnologies au Service de la Santé », les journées annuelles du club NanoMicroTechnologies se sont tenues à Saint-Etienne les 3 et 4 avril devant un parterre de 70 auditeurs venus entendre 21 intervenants porteurs de recherches académiques ou d’innovations industrielles en nanotechnologies, spécifiquement pour la nano-médecine, le diagnostic, la thérapie mais aussi pour la prévention des risques associés. Les progrès de l’industrie des micro-nanostructures pour les produits du génie biologique et médical occupaient également une place importante dans le programme de ces journées qui se voulaient porteuses d’échanges interdisciplinaires et initiatrices de synergies entre les laboratoires universitaires et les industriels.



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