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Fantin-Latour à fleur de peau

Isère le 22 avril 2017 - Elisabeth Laverdant - Expositions

Fantin-Latour à fleur de peau
Rmn-Grand Palais (Musée d'Orsay)/Photo Hervé Lewandowski - Coin de Table met en scène Verlaine et Rimbaud. Fantin-Latour s'inscrit en vrai témoin de son temps

Aucune exposition ne lui avait été consacrée depuis 1982. L'injustice est aujourd'hui réparée grâce à l'exposition « Fantin-Latour à fleur de peau », actuellement au Musée de Grenoble. Elle rassemble les natures mortes et les célèbres portraits de l'artiste. Mais elle lève également le voile sur une partie de son travail.

« Il peint des fleurs comme des portraits » selon Guy Tosatto, directeur du Musée de Grenoble. Fantin-Latour, artiste d’origine grenobloise est mis à l’honneur jusqu’au 18 juin au travers d’une exposition qui pose « le regard d’aujourd’hui » sur cet artiste plein de contradictions.

Tout commence très tôt pour ce jeune peintre. En 1850, il n’a que 14 ans lorsqu’il intègre l’atelier parisien d’Horace Lecoq de Boisbaudran. Il a appris le dessin sous la houlette de son père. Fantin passe de nombreuses heures au Louvre où il exerce une activité de copiste. C’est là que se forge aussi sa sensibilité au beau, au classique. En 1854, il peint Le Songe, sa première composition d’imagination. Mais le succès n’est pas encore au rendez-vous. Cependant, poussé par des amis anglais, il réalise ses premières natures mortes. Elles constitueront pour lui un exercice d’observation apprécié ainsi qu’une source de revenus non négligeable.

Un artiste « attachant »

« Fantin a une sensibilité qui le conduit à la modernité », explique Guy Tosatto. Et pourtant, pétri de contradictions, le peintre ne se ralliera jamais au mouvement impressionniste. Comme les artistes qui constituent ce mouvement naissant, Fantin-Latour est cependant un témoin privilégié de son temps. Mais lui, refuse de peindre en plein air. Il veut révolutionner la peinture en suivant la voie des portraits de groupe. L’atelier aux Batignolles, hommage appuyé à Edouard Manet, le père de l’impressionnisme, est très bien accueilli. En 1872, il peint Le coin de table qui immortalise alors Verlaine et Rimbaud. Le poète a publié son célèbre Bateau Ivre l’année précédente. Ce refus de l’impressionnisme, cette contradiction entre modernité et classique, pour Guy Tosatto, « construit quelque chose de singulier et d’inclassable. Tout cela le rend très attachant ».

Mais si on connaît bien ce peintre, c’est notamment pour ses natures mortes. Cette partie de son œuvre est importante. En effet, on compte aujourd’hui plus de 500 toiles dans la maison familiale de Buré dans l’Orne. Pourtant à l’époque, la nature morte est considérée comme un travail alimentaire. Pour l’artiste, c’est le contraire. L’exercice lui apporte beaucoup de satisfaction. « Il y a une fidélité à la vérité, à la nature », commente Guy Tosatto. Mais le portrait constitue pour Fantin-Latour l’occasion de récolter des éloges. Il déteste les portraits de commandes et se tourne vers de nouveaux modèles. Il apparaît comme un portraitiste de famille. Sa femme Victoria Dubourg et sa belle-sœur sont ses modèles. « Il y a une froideur dans les personnages, mais la sensualité, elle passe dans les fleurs », souligne le directeur du musée.  

L’exposition lève le voile sur une partie méconnue du travail de l’artiste. « C’est une dernière période un peu étrange », confie Guy Tosatto. Les visiteurs pourront en effet découvrir une collection inédite de photographies. Un fond photographique donné par sa veuve en 1921 et qui renseigne sur la manière dont Fantin-Latour était amené à travailler. Il s’agit en effet de photographies de nus. A l’époque, il était difficile de trouver des modèles. C’était aussi un homme pudique. On comprend donc mieux l’usage de ces photographies dans son travail. Décidément, c’est un artiste plein de facettes différentes que les visiteurs peuvent découvrir. Un artiste bien plus complexe qu’il n’en a l’air.

Elisabeth Laverdant

Fantin-Latour à fleur de peau. Jusqu’au 18 juin au Musée de Grenoble, 5 place Lavalette à Grenoble.

Une exposition à plusieurs mains

Fantin-Latour à fleur de peau a été réalisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais (Rmn) et le Musée de Grenoble. Il s’agit d’une collaboration avec le musée d’Orsay. « Quand on nous a proposé de participer, on a été partant », raconte Guy Tosatto. Une organisation à plusieurs qui a sollicité trois commissaires d’exposition. Laure Dalon pour la Rmn-Grand Palais. Xavier Rey, conservateur au musée d’Orsay et Guy Tosatto pour le Musée de Grenoble. L’exposition a d’abord été présentée au Musée du Luxembourg, du 14 septembre au 12 février.



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