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Fête du livre de Saint-Etienne : Anne Berest « aime penser à tous les hasards qui pourraient se produire... »

Loire le 19 octobre 2014 - Florence Barnola - Agglomération stéphanoise - article lu 781 fois

Avez-vous déjà participé à la Fête du Livre de Saint-Etienne ? Non malheureusement ! Les souvenirs sont donc devant moi. Que vous inspire l’événement ? J’aime qu’il comporte le mot « fête », c’est une jolie promesse. Quelle marraine allez-vous être ? Tout d’abord je suis très honorée ! J’espère donc être une marraine festive, parce qu’il faut que ce soit joyeux de célébrer la littérature.

Avez-vous déjà participé à la Fête du Livre de Saint-Etienne ?

Non malheureusement ! Les souvenirs sont donc devant moi.

Que vous inspire l’événement ?

J’aime qu’il comporte le mot « fête », c’est une jolie promesse.

Quelle marraine allez-vous être ?

Tout d’abord je suis très honorée ! J’espère donc être une marraine festive, parce qu’il faut que ce soit joyeux de célébrer la littérature. C’est un sursaut nécessaire, vital. Et pour donner envie aux gens de continuer à lire des livres, dans un monde où tout nous en distrait, je crois que l’allégresse est de mise.

L’un des thèmes de la Fête du Livre est « les mots en scène », ce qui a une certaine résonnance avec votre parcours …

Je suis romancière, avant tout. Ce métier m’a conduit à faire d’autres choses passionnantes, des collaborations avec des réalisateurs sur l’écriture, des apparitions (on dit des silhouettes, j’aime cette expression) dans des films... mais mon monde, c’est le roman.

Pensez-vous que tout roman peut se lire à voix haute ? Est matière théâtrale ?

La réponse est non. A priori non. Or c’est justement là que cela devient très intéressant.  Lorsqu’un dramaturge réussit une gageure : mettre en scène une matière textuelle qui ne devrait pas fonctionner sur scène. Et que cela devienne du théâtre.  Ça c’est dingue !

Votre roman Sagan 54 semble construit comme un scénario. L’avez vous pensé comme une fiction cinématographique?

Je viens du théâtre, par ma formation universitaire puis mon premier métier (j’ai travaillé cinq ans au Théâtre du Rond-Point) . Et comme tous les gens de ma génération, j’ai été très nourrie par le cinéma et la télévision. Donc il est normal, je crois, que cela se ressente dans mon écriture. Mais je crois qu’il s’agit là d’une chose assez générationnelle : il est normal que pour les « jeunes » auteurs, l’influence de l’écriture cinématographique rejaillisse dans la fabrique de nos livres.

Le titre de votre livre est-il une référence à Elvire Jouvet 40 ?

Pas du tout ! Je n’y avait pas pensé !  Consciemment en tout cas. Non, j’ai choisi ce titre parce que je voulais quelque chose de très sobre. Françoise Sagan avait le génie des titres. « Bonjour Tristesse », « La Chamade » « Un certain sourire » etc.  Ils sont tous beaux et poétiques.

Avec Sagan 54 vous réussissez le difficile exercice de surprendre avec un sujet extrêmement médiatisé, une icône de la littérature qui a fait déjà couler beaucoup d’encre….

Merci. En effet, il existe de nombreuses biographies, passionnantes d’ailleurs, sur Françoise Sagan. Je les ai toutes lues pendant mon travail d’écriture. Mais je fais une chose un peu différente : c’est un roman. Donc forcément, la forme propose autre chose.

Vous jonglez entre le récit de ce que vous vivez en 2014 et ce qu’a pu vivre Françoise Quoirez en 1954. Soixante ans vous séparent et pourtant vous êtes comme des siamoises.…

J’ai vécu une expérience très particulière pendant l’écriture du roman. Vous savez, vos personnages, vous les habitez et ils vous habitent. Mais là, il s’agissait de « vivre » avec quelqu’un de chair et d’os, même si elle est morte. Pour moi, elle était là, vivante, à mes côtés.

Les deux histoires parallèles permettent plusieurs lectures possibles : être au cœur de la création, du processus d’écriture. Avez-vous dû dépasser une pudeur pour vous mettre à nue ?

J’ai dû écrire le livre en très peu de temps. En septembre le fils de Françoise Sagan m’a demandé de faire ce travail sur sa mère... pour une parution au printemps. C’était quasiment impossible à faire ! Donc je n’ai pas eu le temps de réfléchir. J’ai sauté dans le livre comme du haut d’un plongeoir. J’ai fermé les yeux et en avant ! Il faut beaucoup d’inconscience pour faire certaines choses.

On découvre une Sagan généreuse, d’une incroyable liberté… Elle est en avance sur son temps. Vous sentez-vous en décalage avec votre temps ?

Je me sens en décalage avec beaucoup de choses. Avec mon temps peut-être. Mais vous savez, dans notre monde, quiconque a le rêve fou d’écrire des livres est un être anachronique.

Que reste-il de Sagan en vous ?

Cette phrase que je me répète sans cesse : « Il ne faut avoir peur de rien. Sauf de la peur. » Parce que moi j’ai peur de tout.

Vous sentez-vous plus proche de Mademoiselle Quoirez ou plus de Sagan la sulfureuse ?

Oh... disons qu’à mon âge, je me sens plus proche de la femme que de la jeune fille ! Heureusement non ?

Le passage de la voyante reste mystérieux. Pensez-vous que vous avez aidé Sagan à se libérer de sa souffrance ?

Le passage de la voyante est absolument vrai ! Je crois que c’est Sagan qui m’a aidée à me libérer de mon chagrin. Moi j’ai simplement essayé de lui rendre hommage.

Votre précédent roman, Les Patriarches, avait été sélectionné pour le prix Sagan, Denis Westhoff vous a demandé d’écrire ce livre sur sa mère… Croyez-vous aux hasards ?

Oui, je crois aux hasards. Le hasard est un vertige, une promesse que la vie est sans certitude, imprévisible. J’aime penser à tous les hasards qui pourraient se produire... mais ne se produisent pas.

En quoi Bonjour tristesse est-il toujours moderne ?

Bonjour Tristesse est toujours moderne parce que c’est de la littérature. Et que la littérature est intemporelle. Quand à l’auteur, elle continue de fasciner les gens parce qu’elle était libre. Même si les femmes libres finissent toujours par en payer le prix.

Propos recueillis par Florence Barnola

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