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Exclusion : Annaïg Abjean au rapport

Rhône le 16 novembre 2014 - La Rédaction - Actualités - article lu 1344 fois

Exclusion : Annaïg Abjean au rapport
(D.R.)

Association régionale, la Mrie a été créée en 1992 par « une conjonction de volontés audacieuses issues des pouvoirs publics », de responsables professionnels, de partenaires sociaux, d’associations et d’experts, pour susciter un dialogue autour des actions de lutte contre l’exclusion.

Elle est financée essentiellement par l’Etat, la Région et les huit départements rhônalpins, et est destinée à transmettre les informations sur l’exclusion à partir d’une collecte de données et à les analyser.
« Notre rôle est de produire une connaissance qui procède d’une réalité et n’est pas théorisée, et qui soit mobilisatrice pour l’action. Quelles actions mener derrière ? Comment concevoir la précarité dans son ensemble et pas uniquement dans son état monétaire ? », s’interroge Annaïg Abdjean. Après des études à Sciences Po Lyon, la jeune femme a travaillé en Egypte pour le Haut Commissariat aux réfugiés pendant cinq ans, puis s’est occupée du centre de promotion familiale de Noisy-le-Grand, avant d’arriver à la Mrie en 2009 et d’en prendre la direction en 2013.
« La pauvreté m’interpelle au sens de la dignité, de la justice sociale. Il faut la placer dans un contexte plus global que celui du seuil financier de 977 € par mois qui indique si l’on est pauvre ou pas. Mais on sait bien que cela ne fonctionne pas comme ça ! La première question est de savoir à qui on est utile et comment on participe à l’œuvre collective et pour cela, il faut une vie digne. Tout passe par le reflet de la personne dans la société. Je ne pense pas que l’individualisation des parcours soit une solution. Cela va bien au-delà de la citoyenneté. »
Un travail collectif doit alors se mettre en place, avec des démarches à double sens au sein desquelles le bénéficiaire devient un partenaire, un véritable acteur de sa vie. Car il semblerait que la pauvreté et la précarité aient atteint un certain plancher depuis le choc de la crise de 2008, en dépit des inégalités qui continuent d’augmenter. « Les pauvres sont de plus en plus pauvres et cette grande pauvreté résulte du cumul des précarités », constate Annaïg Abjean, qui s’offusque devant un état des lieux qui recense 18 % des enfants en situation de pauvreté. L’école est l’un des chemins de la réussite et le diplôme reste le marqueur pour l’accès à l’emploi. « Mais il faut considérer la personne dans son environnement. Les enfants qui ont l’ancrage du milieu de leurs parents réussissent mieux à l’école. Il faut valoriser le milieu social dont les pauvres sont issus pour qu’ils puissent avoir une fierté. » Une fierté qui commence avec l’emploi, avec le sentiment d’être utile et d’avoir une reconnaissance au sein de la société.
La pauvreté n’est pas un parcours linéaire ; elle peut, certes, toucher tout le monde, mais pas de la même façon car certaines sécurités, telles que la famille, les diplômes, les capacités intellectuelles et culturelles, protègent. Aussi quand on nait dans une famille pauvre, le terrain est plus propice à un avenir précaire. Mais un phénomène nouveau se dessine. Les réseaux se développent et la solidarité nationale de pauvre à pauvre est aujourd’hui évidente.
Annaïg Abjean s’appuie sur des chiffres : « 17 % des personnes qui touchent le RSA en Rhône-Alpes sont hébergés par des tiers et 80 % d’entre eux ont reçu de l’aide alimentaire par leurs proches. Même entraide pour les gardes d’enfants. Cette notion de solidarité est complètement occultée, on a tendance à n’évoquer que l’assistanat, la fraude, le vol. Dans nos études, on est interpellé par cette fraternité naturelle entre les plus précaires d’entre nous. » Une note d’espoir pour ceux qui luttent contre la précarité et un appel aux volontés politiques pour construire une conscience collective.

A. G.-P.



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