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Grenoble : Esmonin évacué et démantelé... et après ?

Isère le 06 août 2015 - Caroline THERMOZ-LIAUDY - Société - article lu 770 fois

Grenoble : Esmonin évacué et démantelé... et après ?
Sebastien Baudouin-collectif plein soleil - Lors du démantèlement

C'est une triste saga vieille de plusieurs mois, voire années, qui a peut-être pris fin le 29 juillet dernier avec le démantèlement et l'évacuation du bidonville Esmonin à Grenoble. Après l'émotion sur le camp, quels sentiments pour les riverains ?

Il abritait quelque 300 personnes, plus selon les riverains, dont de nombreux enfants. Le bidonville Esmonin a été évacué tôt le matin du 29 juillet par un important dispositif de police, à la demande de la municipalité de Grenoble, avec l’aide des services de l’Etat.

Les habitants du camp, qui faisaient l'objet d'un arrêté d'évacuation pris par le maire le lundi précédant l’intervention, n'étaient plus que 142 dont 70 mineurs à l'arrivée des forces de l'ordre. Placés dans des cars, ils ont été acheminés dans différents endroits de la ville en vue de leur relogement. Une cinquantaine de personnes devait être hébergée par la mairie tandis que 54 autres dont 33 mineurs ont été prises en charge par les services de l'État. Six adultes en « situation irrégulière » ont été placés en centre de rétention administrative en vue d'être expulsés. « L’ensemble des personnes évacuées ont pu être accompagnées individuellement et se sont vues proposer des solutions de relogement. Personne ne dormira à la rue ce soir et dans les jours à venir  », annonçait le maire dans un communiqué le soir même des faits. « L’évacuation du bidonville était inévitable et nécessaire : les personnes étaient exposées à des périls inacceptables. La priorité de la Ville de Grenoble est de ne pas interrompre la scolarité des 200 enfants du bidonville, c’est la raison pour laquelle l’évacuation intervient durant l’été ». 

Pour sa part, Jo Briant, porte-parole du Cisem (Coordination Iséroise de solidarité avec les étrangers migrants) s’il reconnaît l’absence de violence physique, dénonce la violence symbolique de l’expulsion. Puis en milieu de matinée, des pelleteuses ont commencé à détruire les habitations de fortune. Quelque 135 policiers et gendarmes mobiles avaient été déployés devant le camp, pour une évacuation qui selon la mairie s’est faite « dans le respect des personnes et de la loi ». Installé dans un quartier périphérique de Grenoble, près du centre commercial « Grand Place », le bidonville Esmonin, suscitait de fortes tensions avec le voisinage depuis plusieurs mois. Le démantèlement de ce camp avait été annoncé à la mi-mai par Éric Piolle qui avait dit vouloir garantir « la sécurité des populations », des « réseaux mafieux » s'y étant développés.

Ce mercredi 29 juillet, les riverains se sont montrés soulagés. « Ça faisait plus d’un an que ça durait. On ne peut pas être insensible à leur situation, mais la proximité du camp nous posait des problèmes quotidiens. La saleté, la mendicité… c’était tous les jours », explique Hélène. De son côté, Sébastien Baudouin, à l’initiative du collectif « Plein Soleil » est méfiant. « C’est ce que l’on souhaitait pour mettre fin aux nuisances directes telles que la prostitution, les trafics d’armes ou de métaux, les altercations… Le site reprend son aspect d’il y a 2 ans. Mais la situation peut de nouveau s’inverser très rapidement. D’une part, parce que sur le terrain il y a encore 70 personnes, contrôlées par le CCAS, qui logent sur l’ancienne aire d’accueil. La Ville a labouré tout autour pour éviter une nouvelle installation massive, mais nous restons vigilants. D’autre part, parce que nous avons découvert un compte-rendu de réunion entre la Ville et une association, qui envisage que cette même zone soit occupée régulièrement par des caravanes. Or, c’est une aire de passage, réservée aux gens du voyage, pas à une habitation permanente ». 

« II ne s’agit pas de racisme »

Une option qui serait difficile à supporter pour les riverains réunis sous ce collectif qui se veut apolitique, même si cela n’est pas assez reconnu. « Pour peu que l’on parle des problèmes d’hygiène ou de sécurité, on nous oppose toujours des arguments politiques. Mais il ne s’agit pas de racisme comme certains le disent, nous voulons simplement retrouver le bien-être de notre quartier. La difficulté que nous rencontrons c’est que pour Eric Piolle, le campement est un problème pour les demandeurs d’asile, mais pas pour les riverains. Du coup, nous ne sommes pas assez écoutés et on a le sentiment que les choses se font en douce. […] Pourtant il est évident que nous ne sommes pas insensibles au sort des personnes qui occupaient le bidonville, mais notre quotidien aussi était devenu difficile.»

Un argument que semblait entendre le groupe « Rassemblement de Gauche et de Progrès » (Socialistes et apparentés), qui écrivait dans un communiqué au lendemain de l’évacuation : « cette évacuation était indispensable, inéluctable mais trop tardive […] Une urgence pour les riverains qui subissaient cette terrible situation depuis plus d'un an, une urgence pour la population grandissante de ce camp qui vivait elle dans des conditions sanitaires déplorables. »

Caroline Thermoz-Liaudy
 



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