Fermer la publicité

Environnement - Vénerie : les blaireaux au cœur d’un litige

Loire le 04 janvier 2014 - Xavier Alix - Actualités - article lu 668 fois

Environnement - Vénerie : les blaireaux au cœur d’un litige
En 1997, le Conseil d'Etat a reconnu le statut de gibier au blaireau et qu'une double période de chasse ne remettrait pas en cause l'équilibre biologique (© Frapna Loire)

Nos blaireaux ligériens au cœur d’un litige entre l’État et des associations dont la Frapna.

Comme chaque année la CDCFS (2) s’est réunie la veille de l’été dernier pour décider des dates d’ouverture de la chasse 2013/2014. Commission à laquelle participent l’État, des représentants d’agriculteurs, la Fédération de chasse ainsi que des associations environnementalistes. L’arrêté qui en est issu peut décider pour certaines espèces, si cela est jugé nécessaire d’une période complémentaire au printemps et à l’été. C’est ainsi que lors de sa dernière réunion le 19 juin, la commission a décidé d’ajouter une période complémentaire du 1er juin au 15 juillet 2014 autorisant des équipages certifiés par la Fédération de chasse (il y en aurait 55 dans la Loire) à pratiquer la vénerie sous terre sur les blaireaux au moment où les petits sont dépendants de leur mère mais avant que ceux-ci ne se risquent à grignoter des récoltes : maïs, vignes...

« De la barbarie dans cette pratique »

Pour la Frapna Loire, « il y a déjà la barbarie de cette pratique, estime son directeur environnement Raphaël Delpi, rappelons qu’il s’agit d’acculer l’animal et les petits à l’aide de chiens lâchés dans les terriers et aux sorties bloquées. On se fie ensuite aux aboiements pour creuser et extirper les blaireaux à l’aide de pinces… Quand les animaux ne sont pas massacrés dans le terrier, on finit le boulot à l’extérieur à l’arme blanche ou avec les chiens. » La Frapna assure que si les blaireaux posent réellement problème, il est possible de les déplacer loin des cultures, en pleine forêt par exemple : « technique utilisée dans le nord-est de la France, explique R. Delpi, une association comme la notre pourrait très bien y participer. Le blaireau est omnivore : il vit bien loin des cultures. » Mais au-delà de la nature même de la vénerie, l’arrêté pris par la préfecture ne se justifie pas au yeux de l’association : « l’an passé, nous avions convaincu qu’il n’y ait pas de période complémentaire. Nous avons donc demandé les arguments de ce revirement, précise Tristan Richard, juriste de la Frapna, on parle de risque sanitaire pour le bétail sans démontrer si le blaireau est bien à l’origine de contamination et n’est pas contaminé par le bétail lui-même. Par rapport à une éventuelle explosion de population, les chiffres transmis par la Fédé de chasse donnent 3 000 individus mais datent de… 2006 ! » Là où les chasseurs invoquent un prélèvement de 7 % en moyenne pour un taux d’accroissement de 25 %, la Frapna estime ce dernier à 15 %. Enfin, sur dégâts aux cultures, « 19 cas ont été présentés pout le département mais aucun réel travail d’estimation. »

« Pas le fait du prince »

Pas de doute pour la Frapna : l’État aurait cédé « au lobby de la chasse et des paysans » : « c’est juste culturel, un loisir plus qu’une nécessité, pense T. Richard, dans la plupart des pays limitrophes à la France, le blaireau est protégé et ils ne semblent pas en souffrir ! » Contactée, la DDT (Direction départementale des territoires) tient à souligner que cette décision « n’est pas le fait du prince » mais motivée par des arguments et prise dans le cadre d’instances, suite à un vote majoritairement au sein de la CDCFS. En revanche, l’Etat refuse de donner sa version sur les arguments de la Frapna sous prétexte que l’affaire est en jugement… La Frapna est en effet solidaire d’un recours déposé en août par une autre association, Aspas. Le jugement est espéré pour avant juin mais les écologistes n’hésiteront pas à faire valoir la possibilité d’un référé de suspension…


Xavier Alix

(1) Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature

(2) Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide