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Entretien avec Michel Destot : Grenoble, la Métropole, la France, l’Europe

Isère le 14 novembre 2014 - Caroline Thermoz-Liaudy - Région grenobloise - article lu 1055 fois

Depuis le mois de mars, vous avez abandonné la plupart de vos mandats.

Vos journées de député sont-elles toujours bien remplies ?

Beaucoup de députés ne sont que député ! Lorsque j’étais aussi maire de Grenoble il s’agissait une situation particulière où j’étais très pris. Mais je n’ai pas moins d’heures de travail aujourd’hui qu’hier, c’est juste fait de façon différente. J’ai plus de travail de réflexion, d’écriture et de proposition. J’avais souhaité ce changement d’abord par ce que c’est un engagement politique de ne pas cumuler les mandats, ni dans le temps (3 mandats à la tête de Grenoble c’est déjà beaucoup), ni dans leur nombre. En plus, indirectement, en étant maire de Grenoble j’ai été président du conseil national des missions locales, ou encore de l’association des maires des grandes villes, et j’ai eu des responsabilités au parti socialiste… Aujourd’hui ma vie est toute aussi pleine, mais avec des temps de plus grande liberté pour réfléchir, et pour mon jardin plus secret : famille, culture et montagne.

Aujourd’hui, comment agissez-vous pour la valorisation  du territoire isérois et grenoblois ?

Le premier aspect de ma présence et de mon engagement c’est que les gens continuent  de m’interpeller, pour savoir pourquoi je suis parti. Ils m’appellent d’ailleurs toujours monsieur le maire. Et ils viennent ici à la permanence me parler de leurs problèmes d’emploi, de logement… Etant maire je m’étais toujours obligé de recevoir mes concitoyens, pour tenter de les comprendre et pour vérifier qu’il n’y a pas d’injustice.

Quel regard portez-vous sur les 6 premiers mois de mandat d’Éric Piolle ?

Je ressens de l’incompréhension et de l’inquiétude. Je le dis sans agressivité. Mais sur la forme, il y a beaucoup de confusion et certains diraient d’amateurisme. Maintenant, il est temps de passer de l’amateurisme au professionnalisme. Sur le fond, c’est ensuite une série de décisions incompréhensibles, sinon que pour faire le contraire de l’équipe Destot. Faire passer le Tour de France, ce n’est pas une décision politique de droite ou de gauche. Idem pour les 3 jours cyclistes…surtout pour quelqu’un qui aime le vélo.
Les caméras : nous avons mis en place une vidéosurveillance avec une éthique et un conseil d’éthique. Ils ont voulu supprimer les caméras, ça a été un tollé, résultat on attend et on laisse se détériorer le matériel.
Quant aux ZAC, prenez l’exemple de l’Esplanade. On ne déclasse pas la sortie autoroutière…encore une fois pour des écologistes… On va diminuer le nombre de logements, et tout ça au terme d’une révision du PLU qui va demander plusieurs années. C’est un recul dans le domaine social, c’est un recul pour le BTP qui est en crise, et c’est moins d’activité économique. Nous étions arrivé à faire de Grenoble une métropole grâce au dynamisme, et aujourd’hui, on nous dit : ce n’est pas notre truc !

Eric Piolle a souvent dit que sur les sujets tels que GEG, ou sur la « gestion approximative » des finances, votre majorité était responsable. Que répondez-vous ?

Sur ces sujets, il faut dire la vérité. Sur les finances, ils doivent savoir qu’il y a un budget dit primitif, et un compte administratif qui fait l’analyse une fois l’année écoulée. Ce que nous avons fait est exactement dans les clous, non du budget prévisionnel mais de ce compte administratif… comme toutes les années. C’est comme ça. Sur le mandat il n’y a pas eu de variations importantes au point de mettre en danger la ville de Grenoble. L’endettement a diminué, l’épargne nette a progressée. Et puis on n’annonce pas comme ça que l’on va faire 10 M€ d’emprunt : on doit faire les emprunts nécessaires au fur et à mesure, et on regarde en cours d’année où on en est.
On est toujours héritier d’une situation. Moi-même j’ai eu un héritage particulier, et j’ai fait le travail de façon digne, sans passer mon temps à dire que c’était la faute de mon prédécesseur. J’ai fait ce que mon équipe et moi avions décidé.

A posteriori, si vous aviez su que Jérôme Safar n’arriverait pas à convaincre les Grenoblois, auriez-vous fait le choix de vous représenter ?

On ne refait pas l’histoire avec des « si ». Je m’étais engagé à ne pas cumuler les fonctions dans le temps. Je m’étais engagé à ce que Grenoble devienne une métropole, et je souhaitais qu’une équipe nouvelle puisse s’installer, non pas pour un mandat, car le travail va être long, mais pour plusieurs, et je ne me voyais pas repartir pour 2 mandats. Les sondages étaient bons, et nous ont encouragés. Le contexte national et la particularité grenobloise n’ont pas joué en notre faveur.

Sur quels points de vigilance porterez-vous votre attention en ce qui concerne la future métropole ?

C’est un peu moi qui ai obtenu cette métropole au niveau national. En tant que député, je vais me battre pour sa réussite, pour que les compétences nouvelles et les périmètres nouveaux tirent vers le haut, et pas vers le bas. Il y a un travail énorme de négociation et d’anticipation pour que les transferts de compétences se fassent dans les meilleures conditions et en faveur de la métropole de demain. Il faut aussi dans les négociations qu’on ait déjà la vision d’un périmètre géographique plus large.

Au niveau national, le gouvernement et le Président de la République sont dans une situation difficile. Que doivent-ils faire avant la fin du mandat ?

Une majorité de Français a l’impression qu’il n’y a pas de cap ou que le cap n’est pas clair, que la France est divisée politiquement y compris au sein de la majorité, et qu’il n’y a pas de résultat. C’est ce que montrent les sondages, même si la réalité est plus complexe. François Hollande a toujours réaffirmé le cap, en disant que le marqueur c’est l’emploi. Malheureusement les résultats ne sont pas encore là. Pour redresser la situation pour le gouvernement comme pour le PS, il faut un cap, et une vision. Je dis : oui au débat, non à la fronde. Je suis d’accord avec Martine Aubry qui dit qu’il doit y avoir débat, et qu’il faut écouter tout le monde, nationalement comme localement. Il y a un génie allemand, un génie américain, et un génie français. L’idiotie que nous faisons c’est de dire, faisons comme les Allemands, ou les Américains. Non, il faut faire comme les Français, mais en corrigeant ce qui nous freine. Seules deux choses peuvent nous libérer : la décentralisation et l’Europe, car l’Etat nation aujourd’hui ne peut plus tout faire. La France s’est créée sur l’entité France, en ne jouant pas assez sur les entités territoriales. Aujourd’hui, on avance puisqu’on en est à l’émancipation des métropoles. L’autre aspect, c’est l’Europe. Mais pas une Europe qu’on laisse à d’autres, il faut s’engager, et être plus actifs. Et surtout être dans le suivi des décisions. Sur les 300 Md€ d’investissement qui vont être détaillés par Junker, il faudra que la France trouve des retombées intéressantes. Il faut se battre sur les thèmes sur lesquels se feront ces investissements. Et quand on aura choisi ces thèmes, il faudra des gens à Bruxelles, à Paris et en province pour suivre les retombées de ces différents investissements.
Tout ce qui permet de redonner espoir et qui se marque par des résultats tangibles va dans le bon sens. J’avais fait d’ailleurs une proposition au président de la République il y a quelques semaines. J’attirais l’attention sur le fait, que comme il n’y avait pas eu de résultat, et que les sondages ne sont pas bons, on pourrait remobiliser sur le plan éducatif (qui était un engagement de campagne). Il y a 140 000 jeunes chaque année qui sortent du système scolaire sans qualification ni diplôme, et sur le plan économique, autant de gens qui ne seront pas utiles pour l’activité du pays. Je proposais donc de faire du décrochage scolaire une grande cause nationale. Comme pour Jacques Chirac en son temps pour la sécurité routière, cela permettrait d’agir et d’avoir des résultats chiffrés d’ici 2017.

Propos recueillis par Caroline Thermoz-Liaudy



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