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Elections départementales / Pierre Martin : « Les femmes de droite seront les grandes gagnantes »

Isère le 26 février 2015 - Eric SEVEYRAT - Politique - article lu 668 fois

Elections départementales   /  Pierre Martin : « Les femmes de droite seront les grandes gagnantes »
Adeline Gailly - Pierre Martin

Entre le changement de mode de scrutin et l'impopularité du gouvernement, ces élections départementales soulèvent d'importants enjeux aussi bien nationaux que locaux. Décryptage des attentes et des stratégies de chacun avec Pierre Martin, politologue au laboratoire Pacte de l'IEP (institut d'études politiques) de Grenoble (CNRS, FNSP).

Quels sont les enjeux pour la gauche en Isère ?


Pour le parti socialiste, l'enjeu majeur sera de conserver le Conseil général, ce qui sera très difficile. Le deuxième enjeu est la candidature d'André Vallini, qui n'est pas seulement conseiller général sortant mais aussi et surtout membre du gouvernement. L'enjeu n'est donc pas simplement local mais aussi national, s'il n'est pas réélu. Le troisième point est l'affrontement des socialistes et des écologistes et leurs alliés à Grenoble. Le PS ayant perdu la municipalité, l'objectif sera de reprendre le dessus. C'est possible que l'on assiste à un duel EELV-PS au second tour. Or, le PS aura besoin des voix du reste de la gauche pour pouvoir l'emporter. Enfin, pour le parti communiste, leur but sera de conserver leur position à Saint-Martin-d'Hères, à Échirolles. Pour cela, il a besoin du soutien du PS.

Y a-t-il un enjeu particulier pour la municipalité en place ?

Pour les écologistes et le Rassemblement citoyen, l'enjeu premier est de remporter les quatre cantons de Grenoble. Il s'agira d'une sorte de référendum sur l'action municipale, un an après. Ce sera très observé au niveau national. S'ils gagnent, on pourra dire que le Rassemblement citoyen fonctionne. Dans l'agglomération, leur rapport de force est à confirmer. Ils devront affronter des alliances PS-PCF.

La concurrence à gauche peut-elle profiter à la droite ?

Non, l'agglomération grenobloise est beaucoup trop à gauche. L'UMP essayera tout de même de reprendre le Conseil général. L'autre enjeu pour eux sera de retrouver une implantation sur Grenoble en essayant d'accéder au second tour. Ils chercheront aussi à éviter qu'il y ait des élus FN, notamment dans le Nord-Isère. Ce dernier essayera de faire un score important voire d'arriver au second tour dans certains cantons mais ce sera difficile pour eux d'avoir des élus.

Quel est le résultat attendu à l'échelle nationale ?

Au niveau national, le PS ne peut pas ne pas perdre car ils ne sont plus dans l'opposition et en plus le pouvoir est impopulaire. Ils peuvent simplement espérer limiter les dégâts. La question essentielle est : qu'est-ce qui restera de la remontée de la cote de popularité du gouvernement du mois de janvier ? Mais les pertes seront lourdes, de toute façon, car ils ont beaucoup à perdre. L'UMP et l'UDI seront les grands gagnants de ces élections. Le FN, lui, cherchera à confirmer sa percée des élections européennes. S'il arrive à faire plus de 20 % des suffrages, cela confirmera son succès.

Le changement de mode de scrutin aura-t-il des conséquences majeures ?

Bien sûr. Le mode de scrutin paritaire va surtout changer les résultats. Les grands gagnants seront de grandes gagnantes. Les femmes de droite seront les grandes gagnantes. D'autant que l'UMP et l'UDI avaient tendance à faire moins de place aux femmes parmi les élus que la gauche. Cela leur permettra d'avoir une plus grande visibilité. Elles vont prendre plus de place dans ces partis qu'elles n'en ont actuellement. C'est un phénomène exceptionnel qui est en train de se produire avec la parité obligatoire.

Quelles sont les attentes des électeurs ?

En zone urbaine, les électeurs ne perçoivent pas l'enjeu de cette élection. Pour eux, la politique locale c'est la municipalité. En zone rurale, le Conseil général a plus de pouvoir car les communes ont une dépendance financière à son égard et les citoyens le savent. Ils voteront pour les personnes qu'ils connaissent, si le maire de leur commune se présente, par exemple. Ils ont besoin de candidats implantés qui les défendent. C'est pour cela que l'on parle de scrutin de notables. Ce sera un handicap pour le FN qui a très peu d'élus. Leur électorat aura tendance à voter pour un candidat UMP ou divers droite qu'il connaît.

Le résultat aura-t-il un impact sur les élections régionales de décembre ?

C'est certain. Il y aura des conséquences, mais il est difficile d’en savoir plus aujourd’hui. Il y a trop d'éléments à prendre en compte. Imaginons que cela provoque une telle crise au PS que le président soit obligé de changer de gouvernement. Cela aurait un impact direct sur les élections régionales. Est-ce que les pertes de conseils généraux vont conduire les socialistes de la région à rechercher plus d'alliances ou au contraire à durcir les rapports avec le reste de la gauche ? On ne peut pas savoir. La constitution des listes régionales peut être impactée si le Rassemblement citoyen fonctionne de nouveau en Isère. Les départementales peuvent servir de test à des stratégies, surtout à gauche.

Adeline Gailly



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